The American Journal of Social Science and Education Innovations
32
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TYPE
Original Research
PAGE NO.
32-58
10.37547/tajssei/Volume07Issue08-05
OPEN ACCESS
SUBMITED
22 July 2025
ACCEPTED
31 July 2025
PUBLISHED
14 August 2025
VOLUME
Vol.07 Issue 08 2025
CITATION
NSAIRUN YUYUN L
é
onard, ZOBO ONONO Zach
é
e, YANA MEVO Pierre,
JUMFON JENUMIANG Hilary, DOBO ZEMPOUANG, & ARMELLE
FORTUNEE. (2025). Decision Sur-Mesure, Suspension Des Inscriptions En
Premiere Annee De These Dans Les Universites D
’é
tat Du Cameroun Et
Repercussions Psychosociales Des Nouveaux Aspirants. The American
Journal of Social Science and Education Innovations, 7(8), 32
–
58.
https://doi.org/10.37547/tajssei/Volume07Issue08-05
COPYRIGHT
© 2025 Original content from this work may be used under the terms
of the creative commons attributes 4.0 License.
Decision Sur-Mesure,
Suspension Des Inscriptions
En Premiere Annee De
These Dans Les Universites
D’état Du Cameroun Et
Repercussions
Psychosociales Des
Nouveaux Aspirants.
NSAIRUN YUYUN Léonard
(PhD)Département of Counselling psychology, Faculty of Education,
The University og Bamenda
ZOBO ONONO Zachée
(University of Yaounde I)
YANA MEVO Pierre,
(University of Yaounde I)
JUMFON JENUMIANG Hilary
(University of Yaounde I)
DOBO ZEMPOUANG
(University of Yaounde I)
armelle fortunee
(University of Yaounde I)
Résumé
Cette étude analyse les répercussions psychosociales des
étudiants suite de la décision gouvernementale sur la
suspension des inscriptions en première année de thèse
dans les universités d'État camerounaises. L’article
s’appuie d’abord du domaine de la psy
chométrie pour
évaluer à l’aide d’un questionnaire d’enquête et d’un
guide d’entretien le degré de l’impact d’une telle décision
sur le bien-être des étudiants. Cette décision est qualifiée
de « sur-mesure
» car, elle prend d’abord en compte la
volonté du gouvernement à reformer et améliorer les
conditions dans lesquelles se déroulent l’enseignement, la
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recherche et la formation des étudiants dans nos
différentes universités. De plus, elle est dite « sur-
mesure » car, soudaine, brusque et ne prend pas
réellement en compte les points de vue des étudiants ou
encore ne mesure pas répercussions psychosociales de
ces derniers. L'article explore comment cette décision,
bien qu'ayant des justifications administratives, impacte
la santé mentale et le bien-être des étudiants ayant déjà
soutenu leurs mémoires de Masters et qui sont malgré
tout motivés à poursuivre leur rêve en thèse de doctorat.
La suspension en thèse dans les universités d’Etat au
Cameroun s’accompagne chez les étudiants en phase
finale du système LMD, des sentiments de frustration,
d'incertitude, de peur, d’abandon quant à leur avenir
académique, et une potentielle dévalorisation de leur
réussite scolaire (Nkoum Me Ndong, 2018). En
s'appuyant sur des concepts de la psychologie sociale
tels que la théorie de la privation relative (Stouffer et al.
1949) et le sentiment d'injustice (Deutsch, 1985), les
approches biopsychosociales en psychologie de la santé,
la recherche à examiner, les conséquences sur le bien-
être mental des étudiants, leur motivation à poursuivre
des études, et leur perception du système éducatif
camerounais. Elle met en lumière la nécessité pour les
autorités de considérer les dimensions psychosociales
dans l'élaboration et l'implémentation des politiques
éducatives, afin d'atténuer les effets négatifs sur les
jeunes et de préserver leur capital humain (Tillon, 2011).
L'article
suggère
également
des
pistes
pour
accompagner les étudiants affectés, notamment à
travers des dispositifs d'orientation et de soutien
psychologique (Guichard, 2009), et plaide pour une
communication transparente et une planification
stratégique à long terme pour l'enseignement supérieur
au Cameroun (Jomtien, 1990).
Mots clés :
répercussions psychosociales ; droit à
l'éducation. Précarité psychosociale,
Abstract
This study analyzes the psychosocial repercussions on
students following the government's decision to suspend
first-year PhD registrations in Cameroonian state
universities. The article first draws on the field of
psychometrics, using a survey questionnaire and an
interview guide to assess the degree of impact of such a
decision on student well-being. This decision is
characterized as "tailor-made" because it primarily
considers the government's desire to reform and
improve the conditions under which teaching, research,
and student training take place in our various
universities. Furthermore, it is called "tailor-made"
because it is sudden, abrupt, and does not truly consider
students' perspectives or measure their psychosocial
repercussions. The article explores how this decision,
despite its administrative justifications, impacts the
mental health and well-being of students who have
already defended their Master's theses and are
nevertheless motivated to pursue their dream of a
doctoral thesis. The suspension of PhD registrations in
state universities in Cameroon is accompanied, for
students in the final phase of the LMD (License-Master-
Doctorate) system, by feelings of frustration,
uncertainty, fear, and abandonment regarding their
academic future, and a potential devaluation of their
academic achievements (Nkoum Me Ndong, 2018).
Drawing on concepts from social psychology such as the
theory of relative deprivation (Stouffer et al., 1949) and
the feeling of injustice (Deutsch, 1985), as well as
biopsychosocial approaches in health psychology, the
research examines the consequences on students'
mental well-being, their motivation to pursue studies,
and their perception of the Cameroonian educational
system. It highlights the need for authorities to consider
psychosocial dimensions in the development and
implementation of educational policies to mitigate
negative effects on young people and preserve their
human capital (Tillon, 2011). The article also suggests
avenues for supporting affected students, particularly
through
guidance
and
psychological
support
mechanisms (Guichard, 2009), and advocates for
transparent communication and long-term strategic
planning for higher education in Cameroon (Jomtien,
1990).
Keywords:
Psychosocial repercussions; Right to
education; Psychosocial precariousness.
Introduction
Le système universitaire camerounais fait face à des
défis majeurs, notamment en termes de capacité
d'accueil et de qualité de l'enseignement. Pour y
remédier, les autorités universitaires ont décidé de
suspendre les inscriptions en première année de
doctorat dans les universités d'État, une mesure qui a
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suscité de vives réactions chez les aspirants doctorants.
Cette décision, motivée par la surcapacité et la nécessité
d'améliorer la qualité de l'enseignement, a des
implications psychosociales significatives pour les
étudiants concernés (Tounekti, 2017).
Selon Nkfusai (2019), le Cameroun connaît une
demande croissante en enseignement supérieur qui
excède largement l'offre disponible, rendant la gestion
de l'accès à l'université d'autant plus cruciale. Dans ce
contexte, il est essentiel d'examiner les répercussions
psychosociales de cette décision sur les nouveaux
aspirants et de réfléchir aux stratégies permettant
d'atténuer ses effets négatifs (Mvesso, 2020).
Contexte de la Décision et Contestation
C'est par l'article n° 23-05325 du 17 juillet 2023 que le
Ministre d'État, Ministre de l'Enseignement Supérieur,
Chancelier des Ordres Académiques, le Professeur
Jacques Fame Ndongo, a rendu publique la décision
ordonnant à tous les recteurs des universités
camerounaises de suspendre immédiatement les
recrutements ou inscriptions en première année du
cycle de doctorat. Cette mesure s'expliquerait par la
faible soutenabilité financière du coût de cette
formation.
Cette décision a généré de nombreuses controverses,
plongeant nombre d'étudiants et d'universités dans une
incertitude totale. Perçue comme une véritable
"psychose" par les pré-doctorants, elle met fin, du moins
temporairement, à leurs aspirations d'atteindre le
dernier cycle du système Licence-Master-Doctorat
(LMD). Le gouvernement camerounais justifie cette
mesure par la volonté de remédier au problème du
préfinancement des soutenances par les étudiants.
Cependant, depuis sa mise en œuvre, aucune étude
approfondie n'a été menée pour évaluer ses
conséquences sur le fonctionnement psychosocial, les
états mentaux, les comportements, les attitudes, les
affects, les émotions et les sentiments des pré-
doctorants.
Malgré un silence apparent et une certaine résignation,
on observe chez ces étudiants de la panique, du
désespoir, du mécontentement, des traumatismes, une
stigmatisation, de la peur et de la frustration. Ce
mécontentement se traduit parfois par des abandons
d'études et une émigration vers des pays où l'éducation
est considérée comme une priorité humaine. Au
Cameroun, cette décision soulève des interrogations sur
la violation des droits à l'éducation et à la recherche,
alors que toute université est censée fonctionner selon
trois principes fondamentaux : l'enseignement, la
recherche et le développement.
Fonkoua (2016), dans son ouvrage Éducation pour tous,
culture et développement, questionne les enjeux et
perspectives de l'éducation dans l'espace francophone.
Il s'était déjà intéressé aux enjeux de l'éducation en
Afrique, concevant l'homme comme le "sujet actif de sa
propre histoire et l'artisan lucide de son devenir" par
une planification de tous les secteurs de sa vie (Fonkoua,
2007). Il s'appuie sur les travaux de Paillet (1971) qui
soutient que la planification repose sur la conviction
qu'il est possible de rationaliser une évolution, d'en
modifier le cours en fonction d'options et de choix
préalables, et de hiérarchiser les urgences. Pour Paillet
(1971), l'optimisme est essentiel pour croire en la
capacité de l'homme à
"réduire les incertitudes de son
histoire, à maîtriser la pesanteur, la fatalité de la dérive
historique".
Atteinte au Droit à l'Éducation et à la Recherche
La décision de suspendre les inscriptions en
première année de thèse au Cameroun soulève des
questions fondamentales sur la violation du droit à
l'éducation et à la recherche. L'accès à l'enseignement
supérieur est un droit fondamental qui devrait être
garanti à tout citoyen, en particulier aux jeunes
Camerounais aspirant à poursuivre leurs études (Biya,
2015). Cette interruption indéfinie peut être perçue
comme une restriction de l'accès à l'éducation,
notamment pour les étudiants issus de milieux
défavorisés, exacerbant ainsi les inégalités sociales et
économiques.
En référence à la Loi n° 98/004 du 14 avril 1998
d'orientation de l'éducation au Cameroun, en son article
2, alinéas 1 et 2, il est stipulé que "L'éducation est une
grande priorité nationale... Elle est assurée par l'État". La
suspension des inscriptions en thèse, voire la négation
du droit à la recherche et à la formation, peut également
engendrer de nouveaux problèmes, notamment en
termes de motivation et de bien-être des étudiants.
Les étudiants privés d'accès à l'enseignement et à
la
recherche-formation
peuvent
ressentir
une
frustration et une déception qui affectent leur
motivation et leur estime de soi (Bandura, 1997). De
plus, cette décision peut provoquer des problèmes de
santé mentale, tels que l'anxiété et la dépression, chez
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les futurs chercheurs qui se sentent exclus ou
marginalisés. Des effets négatifs sur l'estime de soi, la
motivation, les stratégies de résilience, ainsi que des
problèmes psychologiques, sociaux et émotionnels
peuvent également survenir.
L'Apport de la Psychologie Positive
La psychologie positive, un champ de recherche
étudiant les conditions et processus contribuant à
l'épanouissement et au fonctionnement optimal des
individus, des groupes et des institutions (Gable & Haidt,
2005), peut éclairer ces enjeux. Les recherches dans ce
domaine se distinguent par leur approche scientifique
rigoureuse. Elles explorent divers niveaux d'analyse : les
émotions et expériences positives (bien-être, plaisir,
bonheur), les traits positifs (caractère, talent, intérêts)
et les institutions "vertueuses" (Cameron et al., 2003).
La psychologie positive s'intéresse également à la
prévention et à l'enrayement des dynamiques négatives
(Biétry & Creusier, 2015).
L'application de ce champ de recherche
permettrait de mieux comprendre les éléments
compromettant la santé mentale et le bien-être des
étudiants en lien avec la privation de leurs droits. Or, la
loi portant orientation de l'enseignement supérieur au
Cameroun du 16 avril 2001 stipule en son article 2 que :
"L'État assigne à l'enseignement supérieur une mission
fondamentale de production, d'organisation et de
diffusion des connaissances scientifiques, culturelles
professionnelles et éthiques pour le développement de
la nation et le progrès de l'humanité".
Les universités se distinguent par l'importance
qu'elles accordent à la recherche fondamentale et
appliquée. La combinaison de ces deux types de
recherche favorise la résolution de nombreux
problèmes fondamentaux liés aux changements
qualitatifs et quantitatifs de la société (Delansheere,
1992). L'article 6, alinéa 1, de la même loi précise que
l'enseignement supérieur a pour objectif "la recherche
de l'excellence dans tous les domaines de la
connaissance, la promotion de la science, de la culture,
du progrès social, et l'appui aux activités de
développement". Les alinéas 5 et 10 de cette loi ajoutent
que l'enseignement supérieur
"favorise l'innovation, la
création individuelle et collective dans le domaine des
arts, des lettres, des sciences et des techniques…"
et
"contribue au sein de la communauté scientifique et
culturelle nationale et internationale, au débat d'idées,
au progrès de la recherche et à la rencontre des
cultures".
L'université est donc un acteur clé de l'innovation,
de la promotion de la propriété intellectuelle, de la
diffusion des travaux scientifiques et de la
commercialisation des résultats de la recherche.
Désormais, au-delà de l'enseignement et de la
recherche, les universités s'intéressent également au
développement des communautés, comme le précise le
Décret du 19 janvier 1993 en son article 3 : "...toutes les
universités sont chargées de la formation et du
perfectionnement des cadres, de la recherche
scientifique et technique, de l'appui aux activités de
développement, de la promotion sociale, de la
promotion de la science, de la culture et de la conscience
nationale...".
Étude de Cas à l'Université de Yaoundé I
Cette recherche, bien que s'interrogeant sur les
effets psychosociaux de la décision gouvernementale
d'interrompre les inscriptions en thèse, est menée
spécifiquement à l'Université de Yaoundé I et concerne
uniquement les étudiants de la Faculté des Sciences de
l'Éducation ayant déjà soutenu leurs mémoires de
Master et qui se retrouvent sans accès au doctorat. Il
s'agit d'une recherche-intervention visant à mieux
comprendre cette population susceptible de sombrer
dans une vulnérabilité extrême.
Selon Roche (2014), la recherche-intervention se
caractérise par une interaction avec les acteurs du
terrain dans le but de transformer l'objet de recherche
pour mieux le définir. "La recherche-intervention (...) est
avant tout une recherche sur l'action, menée dans
l'action, et a, de manière indirecte, l'action pour
perspective" (Dubost, 1987). Sa particularité majeure
est sa double perspective : épistémique et
"transformative" (Schwartz, 1997). L'objectif est de
produire de la connaissance autour des crises ou
mutations dans le champ professionnel, tout en
espérant une transformation indirecte des pratiques. La
recherche-intervention a donc une intention d'utilité en
produisant "des méthodes, des connaissances, en
identifiant des sources qui donnent matière à des
changements par une transformation des systèmes
d'analyse et des phénomènes de reproblématisation"
(Martinand, 2000).
Les récents développements de la recherche en
éducation ont permis de susciter diverses réflexions
pédagogiques et didactiques, et de proposer plusieurs
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approches novatrices (Rousseau & Langlois, 2003). Ces
nouveaux courants de recherche apportent un
dynamisme et une créativité au monde de l'éducation,
où les préoccupations ne se limitent plus à la recherche
appliquée et fondamentale, mais s'étendent à
l'élaboration de moyens d'intervention pour le milieu
scolaire. Les Presses de l'Université du Québec, sensibles
à ces intérêts diversifiés, proposent d'ailleurs deux
collections : "ÉDUCATION-RECHERCHE" pour ceux qui
s'intéressent à la recherche et "ÉDUCATION-
INTERVENTION" pour ceux qui développent des moyens
d'intervention. Ces collections visent à informer sur les
innovations en éducation et à permettre des choix
éclairés en matière de recherche et de pédagogie.
Conséquences Psychosociales et Motivationnelles
Les répercussions psychosociales de la suspension
des inscriptions doctorales peuvent inclure des effets
négatifs sur l'estime de soi, la motivation et les
stratégies de résilience des étudiants. Ceux qui se voient
privés d'accès à l'enseignement supérieur peuvent
ressentir une perte de confiance en eux-mêmes et en
leurs capacités, ce qui peut affecter leur aptitude à faire
face aux défis (Mvesso, 2020). De plus, des effets
négatifs sur les relations sociales et familiales des futurs
chercheurs sont possibles.
Les étudiants motivés à poursuivre leurs études
supérieures peuvent ressentir une frustration et une
déception importantes s'ils sont privés de cet accès (Deci
& Ryan, 2000). Pour ceux qui sont déjà en situation
d'amotivation,
la
situation
peut
s'aggraver,
compromettant leur capacité à surmonter les obstacles.
Le choix de s'inscrire en thèse peut également être
influencé par des facteurs externes tels que le manque
d'emploi et la possibilité de quitter le pays. Pour certains
étudiants, le doctorat est perçu comme une porte de
sortie ou une opportunité d'émigration (Mvesso, 2020).
Enfin, la quête de compétences et de connaissances
pour réussir sa carrière est une motivation majeure pour
de nombreux aspirants doctorants.
L'école moderne s'articule autour de cinq
domaines généraux de formation :
la santé et le bien-
être,
l'orientation
et
l'entrepreneuriat,
l'environnement et la consommation, les médias, et le
vivre-ensemble et la citoyenneté
. Parallèlement, le
Programme de Formation de l'École Québécoise (PFEQ)
propose neuf
compétences transversales
réparties en
quatre catégories (MEQ, 2006a, 2006b) :
*
Compétences d'ordre intellectuel
: exploiter
l'information, résoudre des problèmes, exercer son
jugement critique, mettre en œuvre sa pensée créatrice.
*
Compétences d'ordre méthodologique
: se
donner des méthodes de travail efficaces, exploiter les
technologies de l'information et de la communication.
*
Compétences d'ordre personnel et social
:
structurer son identité, coopérer.
*
Compétence de l'ordre de la communication
:
communiquer de façon appropriée (p. 13).
Ces compétences sont des "savoirs-agir" qui
reposent sur la mobilisation et l'utilisation efficaces d'un
ensemble de ressources.
Les Quatre Piliers de l'Éducation selon l'UNESCO
La Commission internationale sur l'éducation de
l'UNESCO propose quatre piliers pour l'éducation tout
au long de la vie, considérés comme des composantes
essentielles de la réussite éducative :
*
Apprendre à connaître
: combiner une culture
générale étendue avec la possibilité d'approfondir un
petit nombre de matières. Cela implique également
d'apprendre à apprendre pour profiter des opportunités
offertes par l'éducation continue.
*
Apprendre à faire
: acquérir non seulement une
qualification
professionnelle,
mais
aussi
une
compétence plus large permettant de faire face à de
nombreuses situations et de travailler en équipe.
*
Apprendre à vivre ensemble et à vivre avec les
autres
: développer la compréhension de l'autre et la
perception des interdépendances, dans le respect des
valeurs de pluralisme, de compréhension mutuelle et de
paix.
*
Apprendre à être
: épanouir sa personnalité et
renforcer sa capacité d'autonomie, de jugement et de
responsabilité personnelle. Cela implique de ne négliger
aucune des potentialités de chaque individu : mémoire,
raisonnement, sens esthétique, capacités physiques,
aptitudes à communiquer (Commission internationale
sur l'éducation pour le XXIe siècle, 1999, p. 104).
Le Rapport appuie ces recommandations sur un
constat majeur : "l'éducation formelle tend à privilégier
l'accès à la connaissance au détriment des autres formes
d'apprentissage, et il importe de concevoir l'éducation
comme un tout".
Finalités Éducatives pour une Société Juste
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Pour la Commission, la réforme de l'éducation
doit être guidée par un principe fondamental :
"La
réforme
de
l'éducation
que
nous
entreprenons doit contribuer à l'émergence d'une
société plus juste, plus démocratique et plus égalitaire
et nous permettre de progresser vers une plus grande
humanité. À cette fin, il faut conserver à la mission
éducative toute son ampleur, éviter de l'enfermer dans
les couloirs étroits de la transmission des savoirs et de
l'utilitarisme économique. Et, par ailleurs, il faut résister
à la tentation de déresponsabiliser les autres institutions
au profit de l'école, qu'il s'agisse de la famille, des
entreprises, des lieux culturels ou des Églises"
(Commission des États généraux sur l'éducation, 1999,
p. 4-5).
La Commission propose d'actualiser les finalités
éducatives et de les regrouper sous trois axes :
l'instruction, la socialisation et la qualification. L'atteinte
de ces finalités est le chemin qui conduit à la réussite
éducative.
*
Instruire
est "la tâche première et essentielle
de l'école, du collège et de l'université. C'est une
démarche d'apprentissage guidé pendant laquelle
l'élève acquiert des connaissances, des habiletés et des
attitudes qui lui sont nécessaires pour comprendre le
monde dans lequel il vit, le transformer et continuer à
apprendre tout au long de la vie."
* L'école a une fonction
d'égalisation des
chances
en tant que creuset de la société démocratique.
Si elle ne remplit pas ce volet de sa mission, elle
contribue directement à accroître la fracture sociale.
Cette mission rejoint les piliers "apprendre à vivre
ensemble et avec les autres" et "apprendre à être".
*
Qualifier
est la finalité de la mission éducative
de l'école par laquelle elle est appelée "à prendre en
compte les besoins du marché du travail dans la
formation des élèves, jeunes ou adultes. Cette prise en
compte doit se faire dans une perspective de
développement durable de la société et d'une
intégration réussie des individus dans le marché du
travail afin qu'ils soient en mesure de vivre des
changements importants dans la nature et les exigences
d'emploi au cours de leur vie." Cette mission rejoint le
pilier "apprendre à faire".
APPROCHE
METHODOLOGIQUE
MIXTE
:
QUANTITATIVE ET QUALITATIVE
Cette étude adopte une
méthodologie mixte
combinant les approches quantitative et qualitative
pour appréhender de manière exhaustive
les
répercussions psychosociales de la suspension des
inscriptions en première année de thèse de doctorat
dans les universités d'État camerounaises. Le choix
d'une approche mixte se justifie par la complexité du
phénomène étudié, qui nécessite à la fois une mesure
objective des impacts et une compréhension
approfondie des expériences subjectives des aspirants
chercheurs.
L'approche
quantitative
,
basée
sur
un
questionnaire standardisé, permettra de quantifier
l'ampleur des effets psychosociaux à travers des
indicateurs scientifiquement validés. Elle offrira une vue
d'ensemble des tendances majoritaires parmi la
population
affectée.
Parallèlement,
l'approche
qualitative
, reposant sur des entretiens semi-directifs,
permettra d'explorer en profondeur les dimensions
émotionnelles, les stratégies d'adaptation et les
perceptions individuelles qui ne peuvent être
pleinement capturées par des méthodes quantitatives.
Cette
complémentarité
méthodologique,
recommandée par Creswell et Creswell (2018), permet
une triangulation des données
qui renforce
considérablement la validité interne et externe des
résultats. La combinaison des deux approches offre ainsi
une compréhension holistique du phénomène, alliant la
généralisation statistique à la richesse des récits
individuels.
1.1 Analyse des Données Quantitatives
La population cible de cette étude est constituée
de 400 étudiants ayant validé leur mémoire de Master 2
dans diverses disciplines et universités camerounaises,
et plus précisément ceux de la Faculté des Sciences de
l'Éducation de l'Université de Yaoundé 1, se trouvant
dans l'impossibilité de poursuivre leurs études
doctorales suite à la décision ministérielle. Cette
population présente des caractéristiques particulières :
il s'agit d'individus ayant atteint un niveau avancé de
formation universitaire, nourrissant des aspirations
académiques et professionnelles spécifiques, et se
trouvant brutalement confrontés à une interruption
inattendue de leur parcours.
Pour garantir une représentativité optimale de
cette population hétérogène, un
échantillonnage
stratifié probabiliste
a été retenu. Cette technique
permet de diviser la population totale en sous-groupes
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homogènes (strates) selon trois critères principaux : la
discipline académique
(sciences exactes, sciences
humaines, sciences sociales) et
le genre
. Le choix de ces
critères de stratification repose sur l'hypothèse que les
répercussions
psychosociales
pourraient
varier
significativement selon ces variables.
La taille de l'échantillon
a été déterminée à l'aide
de la formule de Krejcie et Morgan (1970),
spécifiquement conçue pour les populations finies.
La formule est la suivante :
Où :
* n est la taille de l'échantillon
* N est la taille de la population
* Z est la valeur de la variable aléatoire
standardisée (généralement 1,96 pour un niveau de
confiance de 95%)
* \sigma est l'écart-type de la population (à
estimer ou utiliser une valeur conservative si inconnu)
* E est la marge d'erreur (ou l'erreur type) (0,05)
Après application de la formule, le calcul
mathématique aboutit à un
échantillon de 196
individus
, considéré comme optimal pour assurer une
marge d'erreur de 5% avec un niveau de confiance de
95%. La sélection aléatoire au sein de chaque strate
garantit l'équité du processus et minimise les biais de
sélection, tout en permettant des comparaisons inter-
groupes significatives lors de l'analyse des données.
L'instrument quantitatif
principal de cette étude
est
un questionnaire structuré
soigneusement élaboré
pour
capturer
les
multiples
dimensions
des
répercussions
psychosociales.
Ce
questionnaire
comprend quatre sections principales
: identification du
sujet, crise de l'éducation au Cameroun, interruption
brutale des inscriptions en première année de thèse de
doctorat et répercussions psychosociales.
Avant son administration à grande échelle, le
questionnaire a subi un
pré-test rigoureux
auprès de 30
individus présentant des caractéristiques similaires à la
population cible mais non inclus dans l'échantillon final.
Ce pré-test a permis de vérifier la compréhension des
items, la cohérence interne des échelles (alpha de
Cronbach > 0,75 pour toutes les échelles), et d'apporter
les ajustements nécessaires à la formulation des
questions.
Les données quantitatives recueillies par
questionnaire ont été analysées à l'aide du logiciel
SPSS
("Statistical Package for the Social Sciences", version 20),
un outil de référence pour l'analyse statistique en
sciences sociales. Le traitement des données a suivi une
progression méthodique en trois étapes :
*
Analyses descriptives fondamentales
: calcul
des statistiques de tendance centrale (moyennes,
médianes) et de dispersion (écarts-types, étendues)
pour les variables continues, et distributions de
fréquences pour les variables catégorielles. Ces analyses
permettent de dresser un portrait général de la
population étudiée et des principaux indicateurs
psychosociaux.
*
Analyses inférentielles plus sophistiquées
:
tests t pour échantillons indépendants et ANOVA à un
facteur pour comparer les scores moyens entre
différents sous-groupes (par exemple, selon le genre ou
la discipline), analyses de corrélation (Pearson pour les
relations linéaires, Spearman pour les relations
monotones) pour examiner les associations entre
variables, et régression linéaire multiple pour identifier
les facteurs prédictifs des scores de stress, anxiété et
dépression.
*
Analyses
secondaires
exploratoires
:
identification de profils types parmi les répondants à
l'aide de techniques de classification comme l'analyse en
clusters.
Tout au long du processus, une attention
particulière a été portée aux conditions d'application
des tests, à la gestion des valeurs manquantes et à la
correction des problèmes de multicolinéarité lorsque
nécessaire. Les résultats ont été interprétés avec
prudence, en distinguant toujours les corrélations
statistiques des relations causales.
L’analyse des données révèle une prédominance
des étudiants de nationalité camerounaise, qui
représentent 73,5 % de l’échantillon, contre 26,5 % pour
les étudiants tchadiens. Cette forte représentation
camerounaise peut s’expliquer par la localisation
géog
raphique de l’établissement ou par une politique
d’accès facilitée pour les nationaux. En ce qui concerne
l’année d’inscription en Master, les résultats montrent
des tendances différentes selon la nationalité. Les
étudiants camerounais se sont majoritairement inscrits
N = (z² x σ²) / E²
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39
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entre 2020 et 2022 (46,5 %), suivis de la période 2022-
2023 (30,6 %) et enfin de ceux inscrits avant 2020 (22,9
%). Cela témoigne d’un flux constant et croissant
d’étudiants camerounais au fil des années, avec une
légère baisse récente. Pour les étudiants tchadiens, la
tendance est inversée : une grande partie (40,4 %) s’est
inscrite avant 2020, ce qui montre une présence plus
ancienne dans le programme, tandis que les inscriptions
récentes (2022-2023) représentent 34,6 %, indiquant un
regain d’intérêt. Le
creux observé entre 2020 et 2022 (25
%) pourrait être lié à des difficultés d’accès ou à des
facteurs conjoncturels.
Perceptions sur les Fonctions et la Signification de
l'Éducation
Fonctions de l'Éducation
De manière générale, les répondants perçoivent
l'éducation avant tout comme un moyen d'élever
l'homme (dominant pour 32,6% des répondants
Camerounais et 5,6% des Tchadiens), suivi par l'acte de
formation (23,6%) et l'acte d'enseignement (22,2%). Les
autres fonctions, telles que le partage des connaissances
ou la fonction d'apprentissage, sont moins citées. Cette
hiérarchie des réponses met en lumière une
représentation dominante de l'éducation comme un
vecteur de transformation humaine et sociale.
Signification de l'Éducation au Cameroun
Tableau croisé Nationalité * Selon vous en
quoi renvois l’éducation ?
Selon vous en quoi renvois l’éducation ?
Total
Un
processus
d'apprentiss
age
Transmission
de
connaissance
ou de savoir
Un droit
fondamenta
l
Un enseignement
inculqué en
fonction des
disciplines
Transmission de
connaissance ou
de savoir et Un
droit fondamental
Natio Camer
Effectif
58
54
22
10
0
144
The American Journal of Social Science and Education Innovations
40
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The American Journal of Social Science and Education Innovations
nalité ounais
e
% compris dans
Selon vous en
quoi renvois
l’éducation ?
68,2%
84,4%
73,3%
62,5%
0,0%
73,5%
% du total
29,6%
27,6%
11,2%
5,1%
0,0%
73,5%
Tchadi
enne
Effectif
27
10
8
6
1
52
% compris dans
Selon vous en
quoi renvois
l’éducation ?
31,8%
15,6%
26,7%
37,5%
100,0%
26,5%
% du total
13,8%
5,1%
4,1%
3,1%
0,5%
26,5%
Total
Effectif
85
64
30
16
1
196
% compris dans
Selon vous en
quoi renvois
l’éducation ?
100,0%
100,0%
100,0%
100,0%
100,0%
100,0%
% du total
43,4%
32,7%
15,3%
8,2%
0,5%
100,0%
La majorité des répondants (45,8%) considèrent
l'éducation comme un processus d'apprentissage. La
transmission de savoirs vient en seconde position. L'idée
que l'éducation représente un droit fondamental est
également présente, bien que dans des proportions
moindres. Le concept d'enseignement inégal par
discipline est très peu cité. Ces perceptions révèlent que
l'éducation est vue principalement comme une
démarche active de construction de connaissances et de
transmission, tout en soulignant une conscience critique
sur ses insuffisances en matière d'égalité ou de droit
fondamental.
Objectifs de l'Éducation
L'objectif le plus pertinent de l'éducation est perçu comme le développement de l'État, cette opinion étant
The American Journal of Social Science and Education Innovations
41
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majoritaire (31,9%) parmi les répondants Camerounais
et prédominante (25%) chez les Tchadiens. La
promotion des valeurs culturelles et le vivre ensemble
sont également des objectifs importants. Globalement,
les répondants valorisent le rôle de l'éducation dans le
développement de l'État, avec quelques nuances dans
les priorités secondaires.
Rôle de l'Éducation pour l'Homme et dans la
Société/l'État
Une majorité significative des répondants (43,1%)
perçoivent l'éducation avant tout comme un outil de
développement des capacités intellectuelles et morales.
Près d'un tiers (31,3%) estiment qu'elle vise à
développer les connaissances universelles, tandis que le
développement des capacités physiques est un aspect
minoritaire. Une très large majorité (88,2%) affirme que
l'éducation a un rôle crucial dans la société et dans l'État,
confirmant son importance comme levier de
transformation sociale et politique.
Dynamique des Inscriptions et Soutenances en
Master
L'analyse des données d'inscription en Master
révèle une prédominance des étudiants camerounais,
avec une augmentation notable des inscriptions entre
2022 et 2023. Les étudiants tchadiens, bien que moins
nombreux, montrent une répartition plus équilibrée de
leurs inscriptions au fil des années. Concernant les
soutenances, les étudiants camerounais sont également
majoritaires, avec une concentration des soutenances
ou prévisions de soutenances entre 2023 et 2024. Ces
tendances suggèrent une dynamique d'achèvement des
études plus forte chez les étudiants camerounais.
Perceptions sur la Décision Ministérielle et les Missions de l'Université
Opinion sur la Décision du Ministre
La majorité des étudiants désapprouvent la décision du
Ministre, la considérant comme non fondée ou
minimale (73,6% des Camerounais et 71,8% des
Tchadiens). Ce sentiment général d'injustice ou
d'incompréhension est largement partagé.
Missions Fondamentales de l'Université
Une majorité significative des répondants (72,9% des
Camerounais et 63,2% des Tchadiens) estime que
l'université ne répond pas pleinement à ses trois
missions fondamentales (enseignement, recherche,
développement) c’est à dire Licence, Master, Doctorat.
Ce constat suggère un déficit de performance
institutionnelle
perçu
par
les
étudiants,
particulièrement en termes d'enseignement de qualité
et d'insertion socioprofessionnelle.
1.2 Analyse des Données Qualitatives : La
Recherche en Sciences de l'Éducation
La recherche en sciences de l'éducation
se définit
comme l'ensemble des théories et démarches
scientifiques ayant pour objet tout ou partie des
éléments concourant à l'acte éducatif. L'acte éducatif,
quant à lui, est toute activité visant un apprentissage
systématiquement orienté et organisé dans un cadre
déterminé. Il répond essentiellement à une intention, un
désir ou un projet d'apprendre, qu'il s'agisse d'un
contenu académique ou culturel, d'une technique ou
d'un style de vie et de relation avec l'environnement
physique et humain (Van der Maren, 1988). Notre
analyse porte d'abord sur ce champ de recherche, car
elle s'inscrit dans les sciences de l'éducation et se veut
une forme de recherche-intervention.
Selon Marcel (2016),
la recherche-intervention
en sciences de l'éducation
s'accompagne d'un réel
changement, car elle prend en compte la démarche
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42
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The American Journal of Social Science and Education Innovations
sociale. Les travaux de ce chercheur visent
principalement à repenser la relation entre la recherche
en éducation et les demandes dont elle fait l'objet. Il est
donc nécessaire d'entreprendre des actions positives en
faveur de l'innovation et de la recherche-intervention en
sciences de l'éducation, lesquelles sont au cœur du
changement social. Thievenaz (2019), s'appuyant sur la
théorie de l'enquête de Dewey (1938), conçoit que cette
théorie a suscité un intérêt renouvelé dans les sciences
humaines et sociales, y compris en sciences de
l'éducation et de la formation, en soulevant des
problématiques actuelles qui traversent des champs de
pratique tels que l'éducation, la formation et le travail.
Les sciences de l'éducation émergent de la
variabilité des "contextes". Il s'agit d'abord de la
dimension spatiale
, issue des travaux des géographes
qui, à partir des années 1950-1960, a servi de premier
cadre à un certain nombre d'analyses éducatives
territorialisées (Gumuchian & Mériaudeau, 1980). Puis
,
la dimension sociologique
des contextes éducatifs a été
mise en évidence par les travaux de Bourdieu et
Passeron sur la "reproduction" dans les années 1960-
1970, le facteur social s'imposant rapidement comme le
plus important facteur contextuel influençant la réussite
scolaire dans son ensemble (Bourdieu & Passeron,
1970). À partir des années 1980,
la dimension politique
des contextes éducatifs a été introduite, d'abord par les
politiques éducatives territorialisées, puis par les
politiques d'aménagement du territoire éducatif
(Charlot, 1994 ; Derouet, 1992 ; Van Zanten, 2001). Ces
premières
analyses
des
politiques
éducatives
territorialisées ont été rapidement suivies par l'étude de
la dimension institutionnelle éducative, qui, en matière
contextuelle, repose principalement sur l'étude des
"effets-maître", "effets-classe", "effets-établissement"
et "effets-circonscription" (Duru-Bellat & Mingat, 1988 ;
Bressoux, 1994), dont les impacts sur la réussite scolaire
ont été successivement identifiés et mesurés.
Les chercheurs en sciences de l'éducation
soulèvent et questionnent des problématiques
multiples et variées. Parmi les principaux problèmes
rencontrés dans l'organisation de la formation des
chercheurs en éducation, on trouve les questions du
statut des sciences de l'éducation
face aux disciplines
contributives, de la compétence des pédagogues dans
ces disciplines et de leur capacité à valider non
seulement les modèles et théories empruntés, mais
aussi l'emprunt lui-même. Il est également question
d'abandonner une position dogmatique cherchant une
légitimation par une fausse scientificité pour accéder, en
pratiquant une rupture par rapport aux exigences et aux
séductions de l'action, à la recherche d'une
connaissance toujours ouverte et problématique. Le
chercheur universitaire établit des rapports avec les
acteurs du milieu pour qu'ils participent à sa recherche.
Boucher (1994) rappelle que la recherche en
éducation est un phénomène assez récent au Québec.
Des chercheurs ont tenté d'ériger une science de
l'éducation en utilisant des méthodes et démarches de
recherche issues des sciences de la nature. Selon Van
der Maren (1996), cette recherche d'inspiration
positiviste n'est pas compatible avec l'étude des réalités
du monde de l'éducation, ces dernières étant trop
variables, complexes et difficilement reproductibles.
Jusqu'ici, affirme Van der Maren (1980), la
recherche en sciences de l'éducation aurait surtout été
une recherche
sur l'éducation plutôt qu'une recherche
pour l'éducation
. Il préconise en conséquence une
recherche de la connaissance qui soit plus
compréhensive qu'explicative, et qui dégage des
conditions visant la constitution d'une discipline au
bénéfice de l'éducation. Il propose de "rejeter les
modèles et les notions liés à des conceptions qui ne
respectent pas les caractéristiques fondamentales de la
situation éducative (étudiée)" (p. 39) et de privilégier les
recherches et les théories qui recourent "aux catégories
interprétatives des praticiens, c'est-à-dire à leur
manière d'identifier et de nommer ces problèmes
(problèmes de recherche en éducation)" (p. 40).
La Nécessité d'une Réforme dans les Universités
d'État du Cameroun : Crise Sociétale et Éducative
Des études questionnent
la pertinence des
réformes LMD au Cameroun
, notamment en analysant
les qualités personnelles et professionnelles des
diplômés employés dans les entreprises formelles. C'est
à l'initiative des chefs d'État de la Communauté
Économique et Monétaire des États d'Afrique Centrale
(CEMAC) que le Cameroun a souscrit, en mars 2006, à
l'application du système LMD (Licence, Master,
Doctorat) dans les universités et établissements
d'enseignement supérieur de la zone CEMAC. Cette
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43
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réforme s'inscrivait dans le sillage du processus de
Bologne, "conduit à la hussarde" pour reprendre les
propos de Charlier et al. (2009). Introduit dès 1998 par
quelques pays d'Europe, le système LMD a pris effet au
Cameroun dès la rentrée académique 2007/2008.
C'est
par l'arrêté n°18/00035/MINSUP/SG/DDES
du 28 janvier 2018
que cette réforme est organisée au
Cameroun, avec pour principal objectif de "produire des
diplômés
polyvalents, dotés
des
compétences
nécessaires à leur insertion sociale et professionnelle".
Outre l'enseignement et la recherche, l'université
camerounaise est également appelée à contribuer au
développement. Selon
la circulaire ministérielle n°
07/003 MINSUP/CAB/IGA/CE du 19 octobre 2007,
l'enseignement supérieur doit "aider à la construction
des États modernes en formant et en développant les
ressources humaines nécessaires dans tous les secteurs
de la vie et de l'activité nationale".
Il s'agit là d'une très belle initiative pour le
gouvernement camerounais de repenser une nouvelle
réforme éducative centrée sur l'émergence de l'État à
travers la recherche, l'enseignement et la formation. En
effet, quarante-six ans après le lancement de la
première université camerounaise (Université de
Yaoundé I créée en 1962), les pouvoirs publics inscrivent
les réformes LMD dans un contexte mondial de
globalisation des échanges et de promotion d'une
économie du savoir, ceci dans le but de repenser le
système universitaire ainsi que les programmes et
méthodes
d'enseignement
(Ministère
de
l'Enseignement Supérieur, 2018).
C'est précisément le sens qu'accorde Njiale (2009)
dans ses travaux en formulant l'"urgence d'une réforme
de l'école au Cameroun" qui serait source d'héritage et
de globalisation. Il met l'accent sur les facteurs qui
expliquent la crise éducative en contexte camerounais.
Sa thèse défend l'idée que les systèmes éducatifs
africains, de peur "d'un effondrement total, sont placés
devant l'urgence de réformer pour être à la hauteur de
la mondialisation". Car la mondialisation de l'école est
un élément nouveau à prendre en compte dans la
définition des politiques éducatives.
Ainsi, l'école et la crise scolaire réinterrogent la
qualité de la gouvernance et l'efficacité du pilotage
scolaire au Cameroun, compte tenu de la décision
gouvernementale d'interrompre pendant une période
donnée les inscriptions en première année de thèse
dans les dix universités d'État camerounaises. Pour
comprendre ce qui pose problème, il faut peut-être
recourir à l'histoire du Cameroun, ou mieux, à l'histoire
de son école, laquelle interroge le contexte scolaire, ses
mutations, son idéologie et sa culture. L'école n'est pas
qu'idéologie, elle est aussi culture partagée et
ouverture. Elle dispense les savoirs et les valeurs
universelles, reflète l'esprit ou la philosophie d'une
société.
Il n'est pas évident de parler d'une crise scolaire
et de réfléchir sur d'éventuelles réformes sans
interroger l'histoire scolaire. Celle-ci nous permet de
comprendre le pourquoi, le comment, le qui, l'où, le
quoi, etc., afin d'élaborer un protocole de mise en
réforme. À titre d'exemple, Baba-Moussa et al. (2014) se
sont déjà penchés sur les fondements historiques de
l'éducation en Afrique. Comprendre notre passé est
donc "capital pour une meilleure réforme scolaire. Car le
contexte socioculturel africain repose sur des
fondements
d'ordre
historique,
philosophique,
socioculturel dont une correcte appréhension permet
de comprendre la finalité de l'éducation traditionnelle
dans l'Afrique d'hier, mais également de définir de
nouvelles perspectives pour une éducation des adultes
et des jeunes prenant appui sur des besoins en mutation
permanente et des aspirations pour un développement
durable centré sur l'homme africain" (p. 24).
Si étymologiquement, le terme "crise" trouve son
origine dans le mot grec krisis, qui signifie "décider",
"distinguer" ou encore "jugement" (Lagadec, 1991 ;
Paraskevas, 2006). Selon Hermann (1972), c'est "une
situation menaçant les objectifs prioritaires des centres
de décision, restreignant le temps de prise de décision
et survenant de manière inattendue". Quatre
dimensions fondamentales sont à prendre en compte
dans la survenue d'une crise : les causes, les
conséquences, la prévention et l'action (Shrivastava,
1990). La crise se caractérise par sa nature inattendue,
sa faible probabilité d'occurrence et ses conséquences
potentiellement dévastatrices. Selon Hermann (1963),
elle surprend les individus, restreint le temps de réponse
et menace les objectifs prioritaires des organisations.
La décision du gouvernement camerounais de
suspendre les inscriptions pour une période
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indéterminée n'est donc pas un fait du hasard. Selon
Zack, "cette décision prise par le gouvernement [...] peut
être pour que les choses soient un peu plus nettes et
plus claires et pour un meilleur suivi des doctorants.
Pour qu'il y ait du changement pour la formation des
étudiants, car, dit-on : il n'y a pas de fumée sans feu". La
crise est donc un événement rare mais à fort impact, à
caractère disruptif, impliquant des ruptures brutales et
des dysfonctionnements en chaîne nécessitant une
attention immédiate. L'annonce officielle en juillet 2023
de suspendre les inscriptions en thèse a été une réelle
surprise pour les pré-doctorants. Zip témoigne à ce sujet
: "J'ai cru que c'était une blague car jusque-là, c'était
inimaginable. Mais comme rien n'est impossible au
Cameroun, ça s'est avéré vrai."
La crise éducative au Cameroun
touche tous les
niveaux d'enseignement (primaire, secondaire et
supérieur). "Nous avons constaté depuis un bout la crise
effective du système éducatif camerounais. Cette crise
s'est aggravée lorsqu'elle a atteint le niveau supérieur."
La crise de l'enseignement supérieur au Cameroun a
pour principale conséquence de compromettre non
seulement l'avancement de la recherche, mais aussi de
constituer un obstacle majeur au développement de
l'État. Les propos de Zack le confirment lorsqu'il affirme
: "la crise... Or, l'enseignement, c'est faire des
recherches pour approfondir les connaissances reçues
et voir comment on peut utiliser ou explorer ses
connaissances pour le développement de l'État, de la
personne ou de la société. Car, si l'étudiant ne parvient
pas à appliquer les enseignements que nous offre
l'éducation, il ne saurait les appliquer en société." Toute
crise a donc effectivement des causes et des
conséquences.
C'est pourquoi Njiale (2009) pense que, pour
comprendre la crise scolaire au Cameroun, il faut
d'abord recourir à son histoire. Pour ce chercheur,
l'histoire de la scolarisation au Cameroun est
intimement
liée
d'abord
à
l'entreprise
de
l'évangélisation chrétienne, puis au projet de la
colonisation. C'est de là que commence la crise scolaire
en contexte et c'est de là que devraient partir les projets
de réforme. Cette dernière dimension permet de
constater que la crise scolaire au Cameroun débute avec
les trois systèmes coloniaux, dont l'influence des
idéologies sous-jacentes demeure forte dans les modes
actuels de fonctionnement de l'école. Cette prise de
position de Njiale (2009) s'inscrit dans un contexte : celui
de la crise scolaire des années 1990-2000, qui remonte
elle aussi aux années 1985, époque qui apparaît d'un
intérêt certain dans la compréhension de la crise scolaire
ainsi que des réformes engagées dans les années 2000.
Si l'Histoire est définie comme une trame des
événements du passé nous permettant de questionner
le passé, de comprendre le présent et d'envisager le
futur, alors, pour mieux comprendre la crise scolaire au
Cameroun, il faut reconstruire ce passé, le réinterroger
pour essayer de comprendre les facteurs à l'origine de la
suspension brutale des inscriptions en première année
doctorale dans les universités d'État du Cameroun. Car
cette décision sur mesure prise par le gouvernement
camerounais et le Ministre d'État, Ministre de
l'Enseignement Supérieur, ne reste toujours pas sans
fondement. L'histoire de l'école au Cameroun, le
diagnostic de ses forces et de ses faiblesses, restent
encore à refaire. En effet, dans un monde en constante
mutation, l'école est appelée à se transformer en
s'adaptant aux mutations et aux contextes nouveaux. Il
est donc évident de constater avec Njiale (2009) que le
tout premier facteur qui puisse expliquer la crise scolaire
au Cameroun trouve son fondement dans l'histoire
même du Cameroun.
Selon Marrou (1954), l'histoire est "la
connaissance scientifique élaborée du passé" et en cela,
elle ne saurait être une simple "narration du passé
humain" ou encore "une œuvre littéraire visant à le
retracer" ! L'histoire s'oppose "à ce qui est
représentation fausse ou falsifiée, irréelle du passé, à
l'utopie, à l'histoire imaginaire (...), au roman historique,
aux mythes, aux traditions, aux légendes pédagogiques"
(p. 53). Or, personne ni rien n'explique véritablement les
réelles causes de l'interruption brutale des inscriptions
en première année de cycle de doctorat dans les
universités du Cameroun. Tout est camouflé, ou relève
de l'imagination populaire. D'aucuns évoquent le
manque de financement de la recherche, l'irrégularité
des paiements des directeurs de thèse, le nombre
croissant de doctorants sans emploi, le manque de
politique
entrepreneuriale
favorisant
l'insertion
socioprofessionnelle des docteurs, les mouvements
politiques, et d'autres même une incitation à la rébellion
des étudiants...
The American Journal of Social Science and Education Innovations
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Suspension des Inscriptions en Thèse : Réactions
Ambiguës face à une Décision Non Satisfaisante
Mefeuto et al. (2022) conçoivent, dans une étude,
que l'interruption des cours, par exemple, perturbe les
rythmes scolaires et l'efficacité du système éducatif
camerounais. Ils analysent l'impact des régulations
scolaires sur l'efficacité du système éducatif et
formulent que la régulation scolaire est l'adéquation des
rythmes de vie de l'enfant, du temps scolaire et du
temps socioprofessionnel.
Éducation, Recherche et Formation Universitaire
comme Levier de Développement de l'État
Selon Fonkoua (2003), le développement est "un
phénomène qui, grâce à un processus d'apprentissage,
vise l'amélioration du niveau de vie". Il s'agit ici
d'éduquer les jeunes chercheurs sur les avantages des
activités de recherche, afin de maximiser leur potentiel
intellectuel, ce qui favorise le développement de la
créativité. L'enseignement supérieur, ou mieux
l'université, demeure au cœur de la production de
connaissance et garde sa suprématie comme source
d'innovations.
Selon le rapport de la
Conférence mondiale sur
l'enseignement supérieur organisée par l'UNESCO à
Paris en 1998
, la mission de l'enseignement supérieur
est de servir la personne humaine et la société. Par ses
travaux de recherche et de réflexion, ses programmes
d'enseignement et de formation, ses activités de
coopération et ses partenariats avec divers acteurs
sociaux, l'enseignement supérieur est appelé à
contribuer de manière décisive à ouvrir et à éclairer de
nouvelles voies vers un avenir meilleur pour la société et
la personne humaine, à orienter et à façonner cet avenir.
Le développement des capacités à "explorer le futur" et
à anticiper est essentiel.
Ainsi, la place de plus en plus prédominante que
prennent la connaissance et la recherche dans le
développement social et économique a fait naître une
troisième mission, celle du
rôle de l'université dans le
développement socio-économique
(Etzkowitz et al.,
2000). Il s'agit en fait d'une mission traditionnelle de
maintien, d'avancement et de diffusion du savoir par la
recherche et la création intellectuelle, l'enseignement et
la diffusion des connaissances, selon des modalités
diverses. Elle implique la prise en compte des besoins de
la société et de son développement économique, social
et culturel, ainsi que des grandes tendances mondiales
qui s'annoncent pour les années à venir. C'est pourquoi
Mazy affirme : "La société actuelle est une société
compétitive". Cette mission traditionnelle comprend
aussi la tâche de développer des capacités endogènes, à
s'approprier et à appliquer les connaissances existantes
et à créer de nouvelles connaissances.
Les étudiants sont des inventeurs potentiels ; ils
représentent un flux dynamique de "capital humain" qui
circule sans cesse dans les groupes de recherche
universitaire. Pour Bloom et al. (2006), la recherche
scientifique est une activité intellectuelle. Elle
correspond à un besoin de l'homme de savoir, celui de
connaître et de comprendre le monde et la société dans
laquelle il vit (Revue Scientifique Française, 2006). N'est-
ce pas pour cette raison que Zip énonce : "La recherche
à l'université m'a permis de comprendre beaucoup de
choses. Comprendre certains faits sociaux qu'on croyait
inexplicables, incompréhensibles et qui étaient jusqu'ici
abstraits dans la société. Comprendre et étudier les
comportements des individus, comprendre également
l'importance de la recherche dans un pays qui se veut en
voie de développement. La recherche nous permet
d'explorer de nouvelles problématiques."
Si la recherche universitaire est capitale non
seulement pour le jeune chercheur, mais aussi pour la
compréhension de la société et le développement de
l'État, alors la suspension des inscriptions en thèse de
doctorat dans les universités d'État du Cameroun
montre l'ignorance des membres du gouvernement
quant à la place accordée à la recherche ou même la
volonté de nos dirigeants de maintenir le Cameroun à
l'arrière-plan de la mondialisation. Or, la recherche est
un facteur total de développement.
Cela s'affirme par les propos de Kitieu (1976)
selon lesquels : "la croissance résulte de la recherche et
peut être mesurée à travers le fonctionnement de
l'économie nationale, la croissance de la productivité et
l'amélioration des structures de production". Pendant
longtemps, la recherche a été considérée comme une
activité purement intellectuelle ; elle ne visait ni la
production ni la rentabilité, mais tout juste le prestige. Il
y avait alors une liaison insuffisante entre la science et la
production et entre l'enseignement et l'économie.
Aujourd'hui, avec l'émergence de la société du savoir, la
The American Journal of Social Science and Education Innovations
46
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The American Journal of Social Science and Education Innovations
recherche joue un rôle fondamental. Elle a pour but le
progrès de la science et s'effectue dans les
établissements d'enseignement supérieur. Ainsi, les
résultats de la recherche sont utilisés systématiquement
pour mettre en usage de nouveaux matériaux, produits,
systèmes ou processus permettant d'améliorer la vie
des communautés. Il s'agit pour les chercheurs de
mobiliser leurs connaissances, de faire preuve
d'intelligence et de maîtrise des besoins de leur
environnement.
Au sens de l'UNESCO (1998), lors de la Conférence
sur l'Enseignement Supérieur, il est reconnu que "le XXIe
siècle est celui du savoir : en raison de l'importance et
de la rapidité des changements auxquels nous assistons,
la société est de plus en plus fondée sur le savoir, de
sorte que l'enseignement supérieur et la recherche sont
désormais
des
composantes
essentielles
du
développement culturel, socio-économique...". En
s'inspirant de ces propos de l'UNESCO, l'actuel Ministre
d'État, Ministre de l'Enseignement Supérieur et
Chancelier des Ordres Académiques camerounais,
déclarait : "une Nation dont l'enseignement supérieur et
la recherche sont déliquescents ou moribonds est un
pays voué non seulement à la stagnation, mais aussi à la
régression" (Fame Ndongo, 2009).
Pour cet auteur, l'enseignement supérieur et la
recherche induisent le progrès des peuples par
l'innovation, l'inventivité et la créativité. Car pour lui,
depuis l'Antiquité, la production, la diffusion et le
renouvellement des connaissances constituent les
catalyseurs de l'essor des civilisations. L'Afrique, nous
rappelle encore Fame Ndongo (2009), "fait piètre figure
en matière d'enseignement supérieur et de recherche".
Reprenant Kan, il pense qu'il est donc nécessaire, voire
urgent de promouvoir de manière décisive ce "secteur-
clé", afin de permettre à "l'Afrique de sortir de son
sommeil dogmatique".
Et si tel était son souhait de promouvoir
l'enseignement supérieur et le développement de la
recherche dans les États d'Afrique de manière générale,
le chercheur curieux cherche à savoir pourquoi le
ministre lui-même, étant actuellement ministre de
l'Enseignement Supérieur au Cameroun, s'accorde à
suspendre les inscriptions en thèse dans les Universités
d'État du Cameroun ? L'Afrique en général et le
Cameroun
en
particulier
ont-ils
déjà
arrimé
l'enseignement supérieur et la recherche à la mouvance
de la mondialisation ? Toutefois, si le recours à l'histoire
de l'école en contexte camerounais est une condition
nécessaire pour construire l'avenir, en quoi la recherche
concourt-elle au développement d'une société ou d'un
État ? Si l'éducation et la recherche sont les piliers du
développement,
comment
expliquer
que
le
gouvernement camerounais puisse, pendant une longue
période donnée, suspendre les inscriptions en thèses si
l'on sait que les doctorants-chercheurs soulèvent des
problématiques pertinentes dans les domaines de la
science, l'éducation, l'économie, la politique, la santé, le
droit... et proposent des solutions pour améliorer la
qualité de vie, le bien-être du citoyen ?
En effet,
l'éducation est un droit inaliénable
, et
tout devrait être fait pour son maintien malgré les crises
et les urgences. Rousseau, en prônant les valeurs de
l'éducation, disait : "nous naissons faibles, nous avons
besoin de forces : nous naissons dépourvus de tout,
nous avons besoin d'assistance : nous naissons stupides,
nous avons besoin de jugements. Tout ce dont nous
avons besoin étant grands nous est donné par
l'éducation" (Émile ou De l'éducation, p. 14). Nous
pouvons constater, de cette pensée de Rousseau, que
"l'homme n'est homme que par l'éducation". Dit
autrement, l'éducation est l'essence (nature) ou le
propre même de l'humain. Au sens de Reboul (à préciser
l'année), c'est par l'éducation qu'on apprend à devenir
homme. Un moment clé du devenir humain dont les
principales fonctions sont : élever, enseigner et former.
L'éducation est avant tout une transmission de savoirs,
le savoir lui-même étant un enjeu déterminant pour la
société.
Moumouni (1998), cité dans une étude, ne
manque pas d'affirmer que : "dans toutes les sociétés
humaines, l'éducation et l'enseignement ont toujours eu
pour objectifs fondamentaux de former ceux à qui ils
s'adressent, de façon à les préparer à s'adapter à la vie
sociale, à y jouer les mieux possibles les rôles qui leur
sont ou leur seront dévolus, à développer chez eux toute
qualité, potentialité et capacité individuelle dont a
besoin la société. De manière générale et commune,
l'éducation est définie comme les processus de
socialisation des membres d'une communauté donnée,
afin de leur permettre d'acquérir le savoir, le savoir-être
et le savoir-faire nécessaire à leur vie sociale" (Baba-
The American Journal of Social Science and Education Innovations
47
https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei
The American Journal of Social Science and Education Innovations
Moussa et al., 2014, p. 30).
L'un des grands défis de la société au XXIe siècle
est de mieux gérer les savoirs et les compétences,
principales sources de création de richesses dans une
économie dite du savoir que Saval (2002) conçoit
comme : "l'économie du savoir est une tendance lourde
qui impose de préparer les individus au changement
permanent, les aider à se former en continu, à
développer les compétences et les savoirs pour rester
innovants et compétitifs". Le savoir devient ainsi
l'objectif clé en matière d'éducation et de formation.
C'est une ressource à part entière qui exige un savoir à
apprendre, un savoir former dans des temporalités et
des espaces nouveaux. Nos enquêtes par questionnaire
et par entretien prouvent cette mission fondamentale
de l'éducation : élever, acte de formation. Car,
l'éducation
pour
certains
est
une
relation
d'apprentissage
(43,4%),
une
transmission
de
connaissance ou de savoir (32,7%), un droit
fondamental (15,3%)...
Les données d'entretien semi-directif démontrent
que l'éducation est d'abord une transmission de
connaissance et de valeurs. C'est le sens accordé par
Zack lorsqu'elle dit : "L'éducation est un moyen
d'inculquer
certaines
valeurs
morales,
des
connaissances et savoirs généraux aux personnes. Il faut
passer par l'éducation pour acquérir certaines
compétences et savoir-vivre en société, il faut passer par
l'éducation pour savoir se comporter en société, pour
l'épanouissement de tous, l'autonomie, la culture.
L'éducation nous éloigne de l'ignorance et nous permet
d'être à la hauteur de certaines compétitions." Or, pour
sa part, Zip conçoit que : "l'éducation pour moi sert à
rendre les hommes plus conformes (...). Apprendre à
quelqu'un à faire des choses."
À travers les réponses de nos intervenants, nous
considérons l'éducation comme
une voie royale d'accès
au développement.
L'éducation peut donc avoir
plusieurs fonctions ou objectifs si l'on se réfère aux
propos de Zip et de Zack : d'abord
le développement
personnel.
L'éducation sert à aider les individus à
développer leurs compétences, leurs connaissances et
leurs valeurs et contribue à leur épanouissement
propre. Ensuite, l'éducation joue un rôle de socialisation
car elle aide l'individu à s'intégrer dans la société, à
comprendre les normes et valeurs sociales, mais
également à développer des relations sociales positives.
Meirieu (2000) disait : "l'éducation (...) doit faire
avec (...) et ne pas chercher à reproduire des
contradictions inévitables auxquelles on est confronté
quand on éduque et qui sont la marque de notre
finitude". L'éducation est donc une question d'intention
et de destinée, une situation d'émancipation. Tout
système éducatif est d'abord à l'image de la société qui
a la charge de l'instituer et de l'organiser. L'école au
Cameroun est aujourd'hui face à de nombreux défis à
relever afin d'ajuster sa mission et ses pratiques aux
nouveaux besoins de la société (Mgbwa & Matoué,
2016). Ces défis conditionnent l'intégration du
Cameroun dans l'économie mondiale.
L'Enseignement Supérieur, à travers ses
universités et instituts, est ainsi considéré comme un
moteur de recherche et de formation de cadres de haut
niveau essentiel pour le développement d'un pays. C'est
un nouveau modèle d'éducation qui insiste sur
l'expérimentation, l'action ou l'enseignement par la
pratique (Heinonen & Polkkijoki, 2006). C'est la
professionnalisation des formations, des enseignements
qui consistent à former le jeune à un métier en lui
apprenant progressivement de bonnes pratiques
professionnelles qui s'acquiert par des stages en
entreprise, des travaux en atelier et dans les
laboratoires.
Méconnaissance des Droits à l'Enseignement-
Recherche-Formation : Psychose Intellectuelle des Pré-
Doctorants
La décision de suspendre les inscriptions en
première année de thèse doctorale a généré
une
psychose intellectuelle
chez les pré-doctorants. Comme
en témoigne une personne interrogée : "Mais lorsque la
décision ou la note nous est parvenue que les
inscriptions en première année de thèse doctorale sont
suspendues jusqu'à nouvel ordre, j'ai douté. C'est vrai
qu'au Cameroun rien n'est plus étonnant, mais je me
suis sentie très frustrée. C'est comme si on bloquait ton
rêve, on te bloquait en fait, on t'attachait les mains, mais
en même temps, c'est comme si on poussait les
étudiants à se révolter contre l'État, ou encore d'aller
voir ailleurs. Parce que, si on a fermé au Cameroun, cela
ne veut pas dire qu'on a fermé dans le monde entier.
Cette décision du ministre pour moi est prise pour nous
The American Journal of Social Science and Education Innovations
48
https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei
The American Journal of Social Science and Education Innovations
encourager à fuir le Cameroun."
Précarité Psychosociale : Cas des Étudiants en
Situation de Handicap
La suspension des inscriptions en première année
de thèse de doctorat dans les universités d'État du
Cameroun a des conséquences négatives pour
l'ensemble des étudiants recalés et davantage pour ceux
en situation de handicap. La spécificité de cette
recherche est qu'elle s'inscrit
dans un paradigme
inclusif.
La prise en compte des points de vue des
étudiants en situation de handicap en contexte de crise
de l'enseignement supérieur au Cameroun permet
d'inclure chacun et de comprendre ce qu'il vit, étant
donné que cette catégorie de population est souvent
exclue de tout projet initié par les personnes "valides".
Il y a un risque de vulnérabilité accrue.
Le mot
"vulnérable"
trouve son origine dans le
mot latin vulnus, eris, la blessure ;
la fragilité
est la
disposition à être brisé (frangere). Une personne
vulnérable est donc un sujet qui peut être blessé, par
définition fragile et sensible, de constitution faible ou de
fonctionnement délicat. La personne vulnérable est
celle qui subit une certaine fragilité psychologique,
sociale, corporelle, relationnelle... L'individu vulnérable
connaît une véritable crise à un moment donné de sa
vie. La perte des repères familiaux, culturels, éthiques,
idéologiques, religieux, la détresse économique et la
peur du chômage, l'angoisse de l'avenir, l'absence de
motivation, le rejet des modèles du passé sont autant de
facteurs de vulnérabilité qui rendent fragile.
Les recherches sur la vulnérabilité sont
étroitement liées à l'étude des chocs et aux risques qu'ils
engendrent (Wisner et al., 2004 ; Dauphiné, 2003). Elles
ont pour objectif d'identifier les systèmes, les éléments
d'un système ou les groupes de populations qui sont les
plus exposés aux effets d'une forte perturbation. Selon
Tchouata Foudjio et Nzeugang (2022), la situation des
personnes vivant avec un handicap est une
préoccupation tant de l'éducation que de la recherche
et de la société toute entière. Cette préoccupation est
partagée par tous les ministères dans la mesure où le
lien entre la pauvreté, la situation de handicap et
l'exclusion sociale semble de plus en plus évident. Les
études de Lynch et al. (2004) menées dans les
établissements d'enseignement du Texas aux États-Unis
révèlent que plus de 60% d'élèves ont abandonné les
études sans raison déclarée. Par contre, Noumba (2008,
p. 49) dans son rapport déclare que : "ce sont des raisons
non académiques qui ont le plus justifié l'abandon
scolaire au Cameroun en 2002/2003 (44,45%)". Noumba
(2008, p .49) reconnait plus loin que l’échec ou
l’abandon scolaire des personnes en situation de
handicap peuvent s’expliquer par les facteurs externes à
l’individu. Il précise que certains élèves abandonnent les
études pour des raisons académiques notamment dans
20% de cas pour le coût élevé de la scolarité et dans
21,11% des cas pour des échecs scolaires.
Réformes Éducatives et Impact sur les Étudiants
: Le Cas des Doctorants au Cameroun
Le système éducatif camerounais a fait l'objet
de
réformes régulières,
dont l'une des plus récentes est
celle du
23 août 2018, à travers l'Arrêté
n°227/18/MINESEC/IGE
. Cette réforme vise une
formation complète et professionnalisante des jeunes,
dans le but d'améliorer l'efficacité interne et externe du
système éducatif.
Par ailleurs, le cadre juridique du handicap au
Cameroun repose sur des textes et des lois relatifs à la
protection et à la promotion des personnes
handicapées. À ce sujet, trois lois ont été promulguées
au Cameroun :
* La
Loi n° 83-13 du 21 juillet 1983
relative à la
protection des personnes handicapées, qui se limite à
une considération médicale du handicap et n'aborde pas
de manière claire une perspective sociale.
* Cette loi est amendée, améliorée et enrichie
par la
Loi n° 2010/002 du 13 avril 2010
portant
protection et promotion des personnes handicapées.
Cette dernière appelle la société entière à la solidarité
sociale et permet aux personnes handicapées de
bénéficier d'un ensemble d'aides et d'avantages de la
part de l'État. Par exemple, elle stipule que « les
personnes handicapées reconnues indigentes et
titulaires d'une carte nationale d'invalidité (...)
bénéficient d'une prise en charge totale ou partielle par
l'État, dans les institutions spécialisées et les formations
sanitaires, publiques ou privées en ce qui concerne leur
réadaptation médicale et leur rééducation fonctionnelle
» (Article 22 (1)). Elle stipule également que « l'État
contribue à la prise en charge des dépenses
The American Journal of Social Science and Education Innovations
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https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei
The American Journal of Social Science and Education Innovations
d'enseignement
et
de
première
formation
professionnelle des élèves et étudiants handicapés
indigents » (Article 22 (2)). Cette prise en charge consiste
en l'exemption totale ou partielle des frais scolaires et
universitaires et l'octroi de bourses.
* Depuis le
26 juillet 2018, le Décret n°
2018/6233 du Premier Ministre
a fixé les modalités
d'application de la loi portant protection et promotion
des personnes handicapées. Il met l'accent sur des
dispositions pratiques, notamment l'aménagement des
établissements publics classiques pour faciliter l'accès
des élèves et étudiants handicapés dans les salles de
classe, l'octroi aux élèves et étudiants handicapés de
matériels didactiques appropriés selon la nature du
handicap, et l'installation des élèves ou étudiants
handicapés dans les salles situées au rez-de-chaussée ou
près du tableau en fonction de la nature de leurs
handicaps.
Nul ne peut douter de l'effort que fait le
Cameroun pour inclure les personnes en situation de
handicap dans toutes les sphères de la vie, et
particulièrement dans leur éducation. Cependant, les
initiatives de l'État ou du gouvernement en matière
d'enseignement-recherche sont actuellement vouées à
l'échec. Nous interrogeons ici le fonctionnement
psychologique des étudiants en situation de handicap,
leurs sources de motivation à s'inscrire en thèse et le
sentiment qu'ils éprouvent depuis que les recteurs des
différentes universités du Cameroun ont été notifiés et
ont appliqué la fermeture des inscriptions en thèse
(estime de soi, besoins psychologiques, relations
interpersonnelles et attachement envers l'école).
Impact Psychologique de la Suspension des
Inscriptions Doctorales
Le choc ressenti au moment de l'annonce
publique de cette décision est la première émotion
exprimée. « Mais lorsque la décision ou la note nous est
parvenue que les inscriptions en première année de
thèse doctorale sont suspendues jusqu'à nouvel ordre,
j'ai douté. C'est vrai qu'au Cameroun rien n'est plus
étonnant, mais je me suis sentie très frustrée. C'est
comme si on bloquait ton rêve, on te bloquait en fait, on
t'attachait les mains… J'ai cru que c'était une blague car
jusque-
là, c'était inimaginable… j
e me suis imaginé des
tas de choses… J'ai eu peur » (Zack).
Ainsi, pour Castel (2011),
la vulnérabilité
est un
concept qui s'applique aux cas de pauvreté-précarité,
non du fait du « simple » manque d'argent, mais des
effets boule-de-neige induits : « précariat », insécurité
du présent et de l'avenir, moindre accès à l'instruction,
malnutrition
ou
sous-nutrition,
exiguïté
et/ou
insalubrité du logement, difficultés d'accès aux soins,
surexposition aux conduites à risques et aux professions
dangereuses, etc., d'où une fragilisation de la santé
physique et mentale. Dans son approche, Castel (2011)
montre que l'état de fragilisation impacte négativement
la santé mentale et le bien-être subjectif.
La vulnérabilité peut être considérée, d'après
Rebourg et Burdin (2014), d'une part comme une
circonstance aggravante alourdissant la peine aux fins
de protection de l'intégrité physique des personnes, et
d'autre part comme un élément constitutif d'une
infraction (par exemple le délit d'abus de faiblesse ou
d'ignorance). Le Code Pénal présente ainsi une liste
limitative de six états de faiblesse physiques ou mentaux
permettant de caractériser la vulnérabilité : l'âge, la
maladie, l'infirmité, la déficience physique ou psychique
et la grossesse. Dans cette conception du Code Pénal,
l'infirmité, la déficience physique ou psychique et la
maladie sont les trois caractéristiques de référence
propres aux personnes en situation de handicap. On
peut déjà observer que la personne en situation de
handicap est par nature vulnérable.
Cela nous pousse dès lors à interroger certains
étudiants en situation de handicap sur
leur motivation
à s'inscrire en thèse
. Zip dit : « C'est à la fois pour
renforcer l'estime de soi, à savoir : je peux faire. C'est en
même temps une satisfaction de soi, pour me rassurer
que ce que la personne normale est capable de faire,
moi aussi je peux le faire. De même, ce que les autres
valides ont essayé et n'ont pas pu, moi le handicapé
invalide, j'ai osé et j'ai pu l'obtenir. De plus, c'est surtout
pour la quête de stabilité professionnelle. On veut être
quelque part et pouvoir manger sans quémander. »
L'une des raisons ici est
l'affirmation de soi, l'estime de
soi, la comparaison aux autres (valides et invalides), la
réalisation de soi et l'auto-efficacité personnelle
. « Je
suis en situation de handicap, ma condition m'a
beaucoup motivé pour comprendre plusieurs faits
concernant la personne vivant avec un handicap… c'est
pourquoi j'ai tout fait pour orienter mes travaux de
The American Journal of Social Science and Education Innovations
50
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The American Journal of Social Science and Education Innovations
Master dans le champ du handicap » (Zip).
Cette source de motivation est-elle fonction de
quelque chose ? La personne en situation de handicap
inscrite à l'université se motive en raison de la
fracture
sociale
, de
la discrimination
dont elle est victime, du
mépris social
lié au handicap, de la
stigmatisation
sociale
et de son
aliénation.
« La société assimile la
personne en situation de handicap à des personnes
analphabètes, qui ne peuvent que quémander pour
vivre ou survivre. Quand il y a des appels à candidature
pour des postes intéressants, on ne verra pas des
handicapés postuler parce qu'ils ne sont pas attendus là-
bas, et quand bien même celui-ci ou celle-ci se présente,
les gens se demandent d'où il sort. Vous comprenez
d'abord tout mon intérêt à aller jusqu'au bout. C'est
pour montrer non seulement à mes frères qui sont dans
la même situation que moi, mais aussi à la société que le
handicap n'est pas et ne devrait pas être un obstacle à
notre épanouissement, notre bien-être et à la
réalisation de nos rêves. La personne en situation de
handicap a le droit de rêver, de penser plus. On devrait
nous trouver dans tous les corps ministériels car, avec
son handicap, la personne peut réaliser de grandes
choses » (Mazy).
Cette conception du handicap, cette vision que
Mazy exprime, invite à un changement de mentalité. Il
faut donc pour lui aller au bout pour trouver une place
sociale respectable. L'obtention de sa thèse de doctorat
lui permettrait de montrer en quoi la personne en
situation de handicap est capable. C'est une forme de
sensibilisation pour montrer à ces frères qui vivent les
mêmes difficultés sociales qu'ils peuvent faire mieux
qu'une personne valide.
Toutefois, lorsque ce rêve leur est interdit ou brisé
en mille morceaux, cela suscite en eux un sentiment
d'injustice de la part de l'État.
Une injustice sociale
visant à les maintenir au bas de l'échelle. Lorsqu'ils ne
parviennent plus à atteindre leur objectif, à réaliser leur
rêve, ces étudiants vivent
une frustration totale
qui
peut les amener à se suicider. Car cela renforce leur
sentiment d'inutilité, d'abandon, en ce sens qu'ils
veulent montrer qu'eux aussi sont capables de se
réaliser, de justifier et de faire reconnaître leur
humanité, alors même que la société est incapable de
les considérer comme des êtres humains à part entière.
Ce rêve brisé de postuler en thèse se transforme chez la
personne en situation de handicap en
une perte de sens
,
un
manque de motivation.
« C'est vraiment
décourageant. Même la motivation, on n'en a plus,
même les corrections du mémoire, je suis incapable de
les faire, je ne suis pas engagé. On se dit qu'on va courir
pour aller où ? Mieux vaut réduire la vitesse et aller
lentement en espérant que les choses vont changer. On
est découragé » (Zack). Ici, on n'a plus d'espoir, on
regrette d'avoir passé tant d'années à l'école.
La Recherche comme Source de Motivation et
d'Accomplissement
Pourquoi faire de la recherche ? Que nous
apporte-t-elle ? Quelle satisfaction avons-nous lorsque
l'on parvient à réaliser une activité, que ce soit dans la
recherche ou dans la vie quotidienne ? Répondre à ces
questions, c'est avant tout questionner les sources de
la
motivation scolaire
et préciser en même temps le but
de la motivation dans l'accomplissement d'une activité.
Concernant la motivation, Fenouillet (2009) évoque
l'existence de 101 théories : « Il n'existe pas une seule
forme de motivation. La motivation est avant tout un
terme générique, généralement utilisé à défaut d'une
spécification plus précise sur la nature exacte de la force
qui produit un comportement ou une action. En fonction
du contexte, d'autres termes peuvent être utilisés pour
définir plus précisément la nature de cette force. Les
notions telles que "but", "besoin", "émotion", "intérêt",
"désir", "envie", et bien d'autres encore, peuvent être
utilisées pour une description plus précise » (p. 27).
N'est-ce pas évident de comprendre pourquoi Zip dit : «
Je fais d'abord la recherche pour ma propre fierté, ma
découverte » ?
Ces propos de Zip viennent renforcer cette
pensée de Fenouillet (2009). Car la motivation a toujours
une source, un but, un besoin. Elle vise quelque chose,
un intérêt donné à un moment donné. Elle naît d'une
envie que l'on doit satisfaire. Pintrich (1988, 1989), dans
son modèle, met en relation la motivation scolaire, en
s'appuyant sur le modèle des attentes-valeurs d'Eccles
(1983) et de l'apprentissage de Weinstein et Mayer
(1986). Pintrich (1988, 1989) propose un modèle de la
motivation fondé sur les attentes et la valeur. Selon lui,
la motivation est constituée de deux grandes
composantes :
les attentes
qui renvoient au sentiment
d'auto-efficacité et au sentiment de contrôle, et la
valeur qui est l'orientation intrinsèque ou extrinsèque
The American Journal of Social Science and Education Innovations
51
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The American Journal of Social Science and Education Innovations
des buts et
la valeur
de la tâche, laquelle est elle-même
formée de trois composantes : l'importance, l'utilité et
l'intérêt. Zack dit à ce sujet : « la recherche, c'est à la fois
pour renforcer l'estime de soi, à savoir : je peux faire ».
Or, l'approche sociocognitive de Bandura (1986)
centrée sur la motivation repose sur les théories de
l'apprentissage
social,
comprenant
une
vision
interactionniste de la motivation. C'est la raison pour
laquelle Fenouillet (2009) va penser que « la motivation
désigne une hypothétique force intra-individuelle
protéiforme, qui peut avoir des déterminants internes
et/ou externes multiples, et qui permet d'expliquer la
direction, le déclenchement, la persistance et l'intensité
du comportement ou de l'action ».
Dans leur approche théorique, Deci et Ryan
(1975) démontrent qu'il existe deux types de motivation
:
la motivation extrinsèque et la motivation
intrinsèque
. Or, cette dernière est quasiment
inexistante à l'école. En effet, à l'école, seule la
motivation extrinsèque est présente, et pourtant elle
suppose de la contrainte, ce qui tue l'intérêt de l'élève
pour l'apprentissage. La motivation intrinsèque, quant à
elle, est une clé de la motivation puisqu'elle suppose
l'autodétermination de l'élève (Fenouillet, 2003).
Selon l'approche sociocognitiviste, « la motivation
en contexte scolaire est un état dynamique qui a ses
origines dans les perceptions qu'un élève a de lui-même
et de son environnement et qui l'incite à choisir une
activité, à s'y engager et à persévérer dans son
accomplissement afin d'atteindre un but » (Viau, 1997).
Autrement dit, il s'agit de la perception qu'un élève a de
sa compétence à réaliser une activité scolaire. Une autre
approche, à savoir la théorie de Tennen et Eller, met
l'accent sur
la perception de compétence
. En effet,
selon ces auteurs, la perception de compétence est une
clé de la motivation, et l'échec est le fruit d'un
apprentissage. Deci et Ryan ajoutent à cela que la
compétence est l'un des trois besoins psychologiques
fondamentaux, à savoir le besoin d'autonomie, le besoin
de
compétence
et le besoin de
relation à autrui
(Deci &
Ryan, 2000, 2008 ; Laguardia & Ryan, 2000). Selon ces
chercheurs, la compétence réfère à un sentiment
d'efficacité sur son environnement (Deci, 1975 ; White,
1959). Ce sentiment développe la curiosité et suscite le
goût d'explorer et de relever des défis. Mazy s'accorde
avec cette approche car elle souligne, en lien avec
l'éducation, que : « Il faut passer par l'éducation pour
acquérir certaines compétences et savoir-vivre en
société, il faut passer par l'éducation pour savoir se
comporter en société, pour l'épanouissement de tous,
l'autonomie, la culture ».
La motivation, qu'elle soit intrinsèque ou
extrinsèque, est à la base de l'enseignement-recherche
et de la formation. Selon Zip, « la recherche... pour
approfondir les connaissances reçues et voir comment
on peut utiliser ou explorer ses connaissances ». Le
besoin de découvrir, d'explorer, de développer de
nouvelles connaissances, le besoin même de contribuer
au développement personnel, social et même de son
État, sont les principales sources de motivation des
jeunes qui aspirent à s'inscrire en thèse au Cameroun.
Cependant, cette volonté, cet engagement, cet intérêt
et ce but se heurtent à la philosophie du gouvernement
actuel qui s'avère un obstacle à la participation au
développement national par la recherche.
Le modèle attentes-valeur considère deux
composantes
ayant
des
rôles
distincts
et
complémentaires permettant de bien comprendre la
motivation : les attentes de succès et la valeur accordée
au projet (Eccles & Wigfield, 2002). Les
attentes de
succès
réfèrent aux perceptions qu'un individu a à
l'égard de ses habiletés à réussir dans un domaine et à
réaliser une tâche avec succès. Par contre, la valeur
accordée au projet scolaire renvoie aux raisons qui
amènent la personne à s'engager dans celui-ci. D'où les
propos de Mazy : « c'est surtout pour la quête de
stabilité professionnelle ». Faire de la recherche, c'est
aussi être en quête perpétuelle de stabilité,
d'autonomie et de bien-être.
L'Expérience Scolaire : Lieu d'Expression du Bien-
être
L'école s'ancre dans cinq domaines généraux de
formation
: 1) santé et bien-être ; 2) orientation et
entrepreneuriat ; 3) environnement et consommation
; 4) médias ; 5) vivre-ensemble et citoyenneté.
D'emblée, l'expérience scolaire fait référence au
vécu singulier des élèves à l'école (Charlot, 1999). Cette
expérience repose entre autres sur les relations qu'ils
établissent aussi bien avec le personnel enseignant
qu'avec leurs pairs. Elle tient également compte de
l'influence de la famille (par exemple, ses perceptions,
The American Journal of Social Science and Education Innovations
52
https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei
The American Journal of Social Science and Education Innovations
ses conceptions de l'apprentissage, des savoirs et des
savoir-faire à l'école) (Gauthier, 2007). Dès lors,
examiner l'expérience scolaire des élèves, c'est avant
tout considérer leur point de vue (Dubet & Martucelli,
1996 ; Gauthier, 2007). Dans cette optique, une méta-
synthèse dédiée à la question du bien-être selon la
perspective des élèves du primaire et du secondaire
–
rencontrant ou non des difficultés
–
met en évidence
quatre grandes conditions favorisant le bien-être à
l'école : « des expériences signifiantes (apprentissages
et tâches signifiantes), des environnements flexibles (qui
facilitent les interactions entre pairs, et entre pairs et
enseignants), des relations bienveillantes (entre pairs, et
entre pairs et enseignants), et le développement
personnel (des prises de conscience sur sa progression ;
la possibilité de partager ses opinions sur différentes
problématiques vécues à l'école) » (Rousseau, Laforme
& Giguère, 2022, p. 167). Il est connu que la qualité des
expériences scolaires est sujette à influencer
positivement la réussite des élèves et leur
développement personnel et social (Centre d'analyse
stratégique, 2013 ; Danielsen et al., 2009).
D'abord, qu'entendons-nous exactement par
bien-être à l'école
? Au dire de plusieurs auteurs, le
bien-être scolaire fait référence à « l'évaluation
cognitive et affective faite par l'enfant de son niveau de
satisfaction dans les différents domaines de vie, y
compris à l'égard des expériences vécues en contexte
scolaire » (Bacro et al., 2017, p. 2). Il renvoie également
au plaisir, au bonheur vécu, aux capacités d'adaptation
et à la réalisation de soi des élèves (CSE, 2020). Selon
Papazian-Zohrabian et al. (2018), le bien-être scolaire se
décrit à travers les compétences sociales et
émotionnelles des élèves, la qualité des relations qu'ils
établissent avec leurs pairs et les adultes, de même que
leur sentiment d'efficacité personnelle. Voulant mettre
en
exergue
son
caractère
multifactoriel,
multidimensionnel et systémique, bon nombre de
chercheurs s'accordent à dire que le bien-être scolaire
est tributaire de l'environnement familial, scolaire et
communautaire (Florin & Guimard, 2017 ; Guérette &
Fortin, 2011 ; Robinson et al., 2016).
Amotivation, Sentiment d'Abandon et Mort
Psychique des Pré-Doctorants
La décision de suspendre les inscriptions en thèse
dans les universités d'État du Cameroun a pour
principale conséquence
l'amotivation.
En effet, le rêve
d'un nombre important de jeunes pré-doctorants,
engagés au départ à terminer leur dernier cycle du
système LMD à la Faculté des Sciences de l'Éducation de
l'Université de Yaoundé et à obtenir le grade honorifique
de Docteur (Dr) dans différents domaines de recherche
et filières de leur faculté, sont de plus en plus dégoûtés
et déclarent abandonner leur rêve initial. C'est le cas de
Mazy qui dit : « La décision signifie tout simplement que
les étudiants au Cameroun ne doivent plus fréquenter,
ils doivent s'arrêter au niveau Master, ils ne doivent plus
envisager, ni rêver ». La crise de l'enseignement
supérieur au Cameroun, et davantage la décision du
gouvernement camerounais de suspendre pour une
durée indéterminée, est donc au cœur du
sentiment
d'abandon
des étudiants ayant déjà soutenu leur
Master et qui avaient cet engouement de s'inscrire en
thèse. Le cas de Zip en est également une parfaite
illustration. Pour Zip, « plus de rêves, interdiction de
rêver, donc l'école au Cameroun pour nos dirigeants
s'arrête au Master désormais... C'est avec beaucoup de
déception ».
Or, Tomasella (2010) formule que l'abandon
existe sous plusieurs formes : « vertiges, perte du goût,
honte, effondrement de repères ». Il provoque des
ressentis variés, tous douloureux. Le sentiment
d'abandon est source d'« exclusion, humiliation,
maltraitance, rejet, trahison ». Des étudiants interrogés
dans cette étude n'ont pas caché leurs sentiments et
émotions. Certains se sentent trahis, méprisés par le
gouvernement camerounais qui ne cherche pas à
prendre en compte leurs avis. Ils n'ont pas manqué
l'occasion d'affirmer que l'État les manipule et n'a
aucune considération pour ses citoyens. Zip dit : « cette
décision venant de l'État, c'est du mépris total. Le
gouvernement veut dire que nous, en tant qu'étudiants,
n'avons aucune décision, aucune prise de parole et que
nous devrions seulement obéir quand ce gouvernement
a décidé ».
L'abandon le plus radical pour Tomasella (2010)
est la mort, surtout lorsqu'il s'agit de la
« mort
psychique ».
Le sentiment d'abandon est l'expression
d'une souffrance dans la relation de soi-même et de
l'autre. La suspension des inscriptions en thèse de
doctorat est donc une période difficile pour ces
étudiants qui ont l'impression que le gouvernement les
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a abandonnés à eux-mêmes. Ils traversent une longue
période de souffrance psychique, de fragilité morale, de
manque de confiance, d'inconfort, une réelle période
critique, une situation déroutante, étonnante, brusque
et inattendue. Pour Zack, « Cette décision m'a choqué et
me touche encore. Parce que lorsque tu aspires peut-
être au professorat, et que tu termines à peine ton
master, on te dit que c'est bon, tu as beaucoup fait, on a
suspendu, tu comprends que c'est comme si tes efforts
étaient inutiles ». Une telle décision fait que les
étudiants renoncent à leur propre détermination.
Une Décision qui Perdure : Regards Tournés vers
l'Espoir, Résilience et Réadaptation au Stress
Plus la décision perdure, plus le regard est tourné
vers l'espoir. Espoir selon lequel « tout peut changer
d'un coup pour que les choses reviennent à la normale »
(Zack). Longtemps vécus dans l'ombre, en suspens total,
en attente d'une suite favorable, les étudiants recalés
dans leur dernier passage académique (thèse) ont
trouvé d'autres facteurs de motivation favorables au
bien-être :
la résignation.
Parmi les facteurs qui expliquent cette nouvelle
étape,
la collaboration enseignants-étudiants
est à
souligner. Loriers (2012) pensait que « les enseignants,
pour motiver leurs élèves, doivent se montrer eux-
mêmes engagés. Le métier de prof est intense : en cours,
il faut répondre, écouter, se déplacer, écrire, maintenir
l'ordre, éduquer, gérer la dynamique de grands groupes,
évaluer ». Dans un contexte académique et dans une
situation de crise en milieu universitaire, les enseignants
sont les premiers à encourager les « futurs Dr » encore
recalés à ne pas se décourager et à profiter même de
cette situation pour avancer dans leurs travaux.
Certaines approches précisent que la motivation
serait
essentiellement
influencée
par
les
caractéristiques individuelles (par exemple : modèles
nativistes), alors que d'autres indiquent que ce serait
principalement l'environnement qui la prédirait (par
exemple : modèles associationnistes) (Richardson,
1998). La motivation ne serait pas statique (Bourgeois,
2009, 2011 ; Lazowski & Hulleman, 2015), mais est
plutôt déterminée par l'interaction des facteurs
personnels et contextuels. Selon le modèle attentes-
valeur, les facteurs individuels (par exemple :
conception de l'intelligence, interprétation des
performances antérieures, motifs d'engagement en
formation, genre) (Dubeau & Beaulieu, 2020) ne
peuvent, à eux seuls, expliquer l'engagement d'une
personne envers un projet ou, inversement, son
désengagement, pas plus que les facteurs contextuels
(par exemple : état physiologique et émotionnel,
observation des pairs, soutien d'acteurs significatifs,
climat motivationnel) (Dubeau & Beaulieu, 2020), à eux
seuls, ne le peuvent.
Ainsi, lors de notre collecte de données, certains
étudiants affirment avoir reçu un soutien psychologique
des enseignants, des conseils entre pairs, le soutien
familial... « Je me souviens encore des propos d'un
enseignant qui me demandait de ne pas baisser les bras
et qu'un jour, ils finiront par ouvrir les inscriptions en
thèse » (Zip). Et plus loin, Mazy souligne : « mon
encadrant me donne toujours des tâches de lecture, de
corrections de copies des étudiants du niveau licence et
Master 1, et parfois même les TD. Lui et moi avions
commencé mon projet de thèse, la rédaction d'articles
scientifiques ». Les modalités scolaires mises en place
par les personnes enseignantes ou accompagnatrices
contribuent à augmenter l'intérêt situationnel des
étudiants. À cet effet, Hulleman et ses collaborateurs
(2017) rapportent que cette dimension est une
excellente porte d'entrée pour influencer la dynamique
motivationnelle puisqu'elle permet de donner un sens
aux apprentissages réalisés. Dans l'ensemble, le recours
au modèle attentes-valeur permet de dresser un
portrait global de la motivation des jeunes étudiants et
des
déterminants
susceptibles
d'influencer
indirectement la réussite académique.
Suggestions à Court et Long Terme pour
l'Enseignement Supérieur au Cameroun
La situation actuelle de l'enseignement supérieur
au Cameroun, marquée par la suspension des
inscriptions doctorales et les défis rencontrés par les
étudiants, notamment ceux en situation de handicap,
nécessite
une
approche
stratégique
et
multidimensionnelle.
Suggestions à Court Terme
Les mesures à court terme visent à désamorcer la
crise immédiate et à apporter un soutien urgent aux
étudiants affectés.
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➢
Réouverture Immédiate et Transparente des
Inscriptions Doctorales :
* Lever sans délai la suspension des inscriptions
en thèse, en communiquant clairement sur les raisons
de cette décision et sur les nouvelles modalités d'accès.
La transparence est cruciale pour restaurer la confiance
des étudiants et du corps enseignant.
* Mettre en place un calendrier précis pour la
réouverture des inscriptions, incluant des dates limites
claires pour les dépôts de dossiers et les processus de
sélection.
➢
Soutien Psychosocial et Accompagnement des
Étudiants :
* Établir des cellules d'écoute et de soutien
psychologique au sein des universités, particulièrement
pour les pré-doctorants et les étudiants en situation de
handicap qui expriment un sentiment de frustration,
d'abandon et de perte de sens.
* Renforcer le rôle des encadrants et des
mentors
académiques
en
les
formant
à
l'accompagnement psychosocial et en les incitant à
maintenir un lien régulier avec leurs étudiants, même en
période d'incertitude.
➢
Clarification et Simplification des Procédures
Administratives :
* Réviser et simplifier les procédures
d'inscription et de suivi des doctorants pour les rendre
plus accessibles et moins contraignantes.
* Assurer une communication fluide et régulière
sur l'avancement des dossiers et les critères d'évaluation
pour éviter les rumeurs et l'incertitude.
➢
Mesures Spécifiques pour les Étudiants en
Situation de Handicap :
* Prioriser l'accessibilité physique et numérique
des infrastructures universitaires et des ressources
pédagogiques, conformément aux lois existantes (Loi n°
2010/002 du 13 avril 2010 et Décret n° 2018/6233 du 26
juillet 2018).
* Garantir l'effectivité de l'exemption des frais
et l'octroi des bourses, et s'assurer que les matériels
didactiques appropriés sont disponibles et distribués en
temps voulu.
* Mettre en place des mécanismes de suivi
individualisé pour ces étudiants afin de prévenir
l'abandon et de garantir leur bien-être.
Suggestions à Long Terme
Les mesures à long terme visent une réforme
structurelle de l'enseignement supérieur et de la
recherche pour en faire de véritables leviers de
développement.
➢
Refonte Stratégique du Système Doctoral :
* Qualité plutôt que quantité : Redéfinir les
objectifs du doctorat en mettant l'accent sur la qualité
de la recherche, l'adéquation avec les besoins du
marché de l'emploi et la capacité des doctorants à
innover et à contribuer au développement national. Cela
pourrait impliquer une limitation du nombre de
doctorants par directeur de thèse pour garantir un
encadrement de qualité.
* Professionnalisation du doctorat : Intégrer
davantage de modules de professionnalisation
(entrepreneuriat, gestion de projet, communication
scientifique) aux cursus doctoraux pour faciliter
l'insertion des docteurs dans diverses sphères de la
société, au-delà de l'académie.
* Financement durable de la recherche : Mettre
en place un fonds national pour la recherche avec des
mécanismes de financement transparents et réguliers,
incluant des bourses doctorales suffisantes et des
allocations pour les directeurs de thèse, afin de stimuler
la production scientifique et de réduire la précarité des
chercheurs.
➢
Renforcement de la Gouvernance Universitaire
:
* Autonomie et Responsabilité : Accorder aux
universités une plus grande autonomie dans la gestion
de leurs programmes de recherche et de formation, tout
en les responsabilisant sur les résultats et l'impact social
de leurs activités.
* Dialogue multipartite : Instituer des
plateformes
de
dialogue
régulier
entre
le
gouvernement, les universités, le secteur privé, la
société civile et les associations d'étudiants (y compris
ceux en situation de handicap) pour co-construire les
politiques éducatives et de recherche.
The American Journal of Social Science and Education Innovations
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The American Journal of Social Science and Education Innovations
➢
Alignement de l'Enseignement Supérieur sur
les Besoins de Développement :
* Recherche appliquée : Orienter une part
significative de la recherche universitaire vers les défis
nationaux (santé, agriculture, énergie, infrastructure,
etc.) en favorisant les partenariats public-privé et les
centres d'innovation.
*
Culture
entrepreneuriale
:
Intégrer
l'entrepreneuriat à tous les niveaux de l'enseignement
supérieur pour encourager les étudiants à créer leurs
propres emplois et à contribuer à l'économie nationale.
* Internationalisation de la recherche : Favoriser
la mobilité des chercheurs et des doctorants, et
encourager la participation à des réseaux de recherche
internationaux pour enrichir les perspectives et
renforcer la visibilité de la science camerounaise.
➢
Promotion d'une Culture du Bien-être et de
l'Inclusion :
* Formation des personnels : Sensibiliser et
former
l'ensemble
du
personnel
universitaire
(enseignants, administratifs) aux enjeux du bien-être
étudiant et aux spécificités de l'accompagnement des
personnes en situation de handicap.
* Inclusion par le mérite : Continuer à
promouvoir l'inclusion des personnes en situation de
handicap en mettant l'accent sur leurs compétences et
leurs contributions potentielles, plutôt que sur leurs
limitations. L'accès au doctorat est une étape clé pour
leur reconnaissance sociale et professionnelle.
Ces suggestions, mises en œuvre de manière
cohérente et participative, pourraient permettre à
l'enseignement supérieur camerounais de surmonter la
crise actuelle et de s'affirmer comme un moteur
essentiel du développement socio-économique du pays.
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