The American Journal of Social Science and Education Innovations
17
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TYPE
Original Research
PAGE NO.
17-42
10.37547/tajssei/Volume07Issue07-03
OPEN ACCESS
SUBMITED
04 June 2025
ACCEPTED
28 June 2025
PUBLISHED
24 July 2025
VOLUME
Vol.07 Issue 07 2025
CITATION
NSAIRUN L
é
onard Yuyun, ZOBO ONONO Zach
é
e, & MELOUNOU OBAM
Fran
ç
oise. (2025). Parentification, Developpement Et Bien-Etre Du Sujet. The
American Journal of Social Science and Education Innovations, 7(07), 17
–
42.
https://doi.org/10.37547/tajssei/Volume07Issue07-03
COPYRIGHT
© 2025 Original content from this work may be used under the terms
of the creative commons attributes 4.0 License.
Parentification,
Developpement Et Bien-
Etre Du Sujet
NSAIRUN Léonard Yuyun
The University of Bamenda, Cameroon
ZOBO ONONO Zachée
The University of Bamenda, Cameroon
MELOUNOU OBAM Françoise
The University of Bamenda, Cameroon
Abstract:
The study on parentification, development
and well-being of the subject is based on the research
hypothesis that there is a high risk of parentification
within any dysfunctional family and that the markers or
indices of parentification observed in such families have
both positive and negative repercussions on the overall
well-being and on the mental, physical, behavioral and
relational or social states of the individual. Our main
objective is to take a systemic approach to the
functioning and dynamics of pathological families. To
understand the repercussions of parentification on
development, Eric Erickson's psychosocial approach
with its notions of crises and developmental trajectories
and Bowlby's attachment theory, which distinguishes
secure attachment from insecure attachment, served as
a supporting framework. On the other hand, we used
indicators of positive and negative subjective well-being
to understand the psychosocial experience of the
parentified subject. The data for this study were
collected in the South Cameroon region from four
participants based on an interview guide. Based on
thematic analyses, the results show that parentification,
whether it occurs in childhood, adolescence, adulthood,
within the couple or even as a legacy, as is the case with
Désiré, is primarily negative because it not only
anticipates maturity or biopsychosocial hypermaturity,
it distorts the quality of attachment, relationship,
interaction and exposes the subject to vulnerability.
However, parentification also has positive indices not
only in family functioning, but also for the subject,
especially when the subject is encouraged in his family
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system. This promotes a strong capacity to adapt to
threatening situations.
Keywords:
Parentification; development; mental health;
self.
Introduction:
Nous allons commencer par préciser dans
le cadre de cette étude, le sens que l’on donne à la
notion du sujet pour mieux établir le lien entre la
parentification et ses effets non seulement dans le
processus de développement mais aussi sur le bien-être
du sujet. Mais avant tout, nous précisons que cette
étude est inscrite dans le champ de la psychologie de
développement et de handicapologie social. Le handicap
social étant une construction sociale, une production ou
ce handicap qui est créé par la société. Pour Fortin
(2019), la psychologie de développement est une étude
des processus généraux de l’évolution psychologique
individuelle. Ce domaine a pour cet auteur longtemps
été confondu à la psychologie de l’enfant et de
l’adolescent qui vise un
e approche synthétique des
différents aspects du développement de l’enfant à un
âge donné. C’est à partir des années 70, avec le
vieillissement des populations, et des problématiques
liées aux grands âges, que le processus de
développement est considéré dans une perspective plus
large. Celle dite «
vie entière
» allant de la période
prénatale à la mort. Cette première précision nous
permet déjà de comprendre pourquoi dans cette étude,
l’on met l’accent sur la notion de sujet plutôt que celles
d’enfant, d’adolescent, d’adulte ou même de personnes
âgées. Car, cette étude se veut une approche globale
non seulement de la parentification, du bien-être mais
également celle du développement. Elle est une étude
qualitative et la collecte des données s’est faite aupr
ès
de quatre participants. Sur la base des observations
portées sur les interactions, les pratiques parentales, les
comportements et émotions de certains de nos
participations, leurs conditions de vie, ces observations
ont été adaptées aux techniques d’ana
lyse thématique.
La notion du sujet est complexe. Son usage varie en
fonction des disciplines (anthropologie, sociologie,
biologie, psychanalyse, le droit, l’Education, la
médecine, ethnographique), des contextes, des discours
et des représentations. L’on entend si souven
t parler
de : « Sujet vulnérable », « sujet handicapé » (Korff-
Sausse, 2011 ; Scelle, 2010), sujet « hors-normes »,
« sujet cérébral » (Ehrenberg (2002), « sujet déplacé »,
« sujet vivant », « sujet désirant », « sujet parlant »,
« sujet
pensant »,
« sujet
agissant »,
« sujet
adolescent » (Bitogo, 2018), « sujet » éducable pour
désigner certaines personnes ou catégories d’individus
en référence à leur situation et mode de vie, ce qu’ils
représentent, se représentent, vivent, subissent, leur
style, leur mani
ère d’être, d’agir et de se comporter…
etc. Dans des royaumes, on parle de « sujet royal » pour
désigner la garde du roi, un ensemble d’individus ayant
pour principal rôle d’assurer la sécurité totale du roi. Ces
sujets royaux sont parfois pris pour esclaves du roi. Agier
(2012) formule dès lors qu’il faut «
Penser le sujet ».
C’est pourquoi Lecorps (2004) dans le domaine de la
médecine, met en avant l’éducation du patient et
recommande de penser le patient comme un «
sujet
éducable
». Le « sujet », pris au sens de Lecorps se
résume au patient. Cet être en souffrance qu’il faut venir
en aide. Ainsi, deux éléments déterminent l’action du
sujet humain selon lui : la raison rationnelle (plan de la
logique) et raisonnable (niveau moral).
Etymologiquement, le terme « sujet » vient du latin
subjectus, c’est
-à-dire « soumis, assujetti, exposé ». A sa
naissance, l’individu est assujetti car d’abord défini par
son héritage biologique, culturel et social. Il est au cœur
d’une double dépendance p
sychique et sociale. Ensuite,
il s’inscrit dans un processus, une dynamique qui l’invite
à agir et à se construire comme un sujet capable de
réflexivité et d’affirmation de lui
-même pour acquérir
une autonomie dans la société (De Gaulejac, 2009).
Dans le
champ de l’anthropologie, Agier (2012) faisant
par exemple une anthropologie du sujet, conçoit que la
question du sujet peut trouver sa place en
anthropologie comme un tiers concept permettant de
dépasser les sens clivés qu’on attribue aux notions de
«pers
onne» et d’«individu». La «
figure du sujet » pour
ce chercheur permet de dépasser les problématiques de
l’identité qui ont occupé et même obsédé
l’anthropologie depuis ses origines ethnicistes. Mauss
(1950 cité par Agier) formule que l’anthropologie
s’int
éresse depuis longtemps aux différentes théories de
la personne, notion dont le sens va progressivement du
masque, tragique ou rituel, jusqu’au statut social ou
sacré.
En appliquant cette notion au Droit, Poughon (2012)
dans son étude conçoit le sujet comme une personne
juridique. Ainsi pour lui, Plusieurs vocables peuvent être
utilisés pour désigner un être humain
: « l’homme ». Il
désigne, au sens large, tout être appa
rtenant à l’espèce
humaine, aussi bien l’homo sapiens que l’homme de la
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déclaration des droits de l’homme et du Citoyen. Le mot
« individu » sert également à désigner un être humain. Il
renvoie étymologiquement à ce qui est indivisible
matériellement (individuum signifiant « indivisible »), à
quelque chose de concret, un tout reconnaissable.
L’individu désigne le réel, ce que l’on peut toucher,
percevoir par l’expérience. Le mot « personne », enfin,
sert à désigner une abstraction, l’essence même de
l’individu.
Dans un tel contexte, nombreux furent les modèles
théoriques qui se proposèrent d’analyser et de
comprendre la formation de « la subjectivité »de
l’individu. Ces réflexions conduisent à une explosion
notionnelle et conceptuelle. Ainsi, aujourd’hui, parle
-t-
on de moi, d’ego, de sur
-moi, de moi-
idéal, d’idéal du
moi, de soi, de concept de soi, d’image de soi, d’estime
de soi, de soi idéal, de schéma de soi, de soi de travail,
de souci de soi, de personne, de personnalité, de
personnalité de base, d’identité, d’identification,
d’identité sociale, d’identité personnelle, d’identité
professionnelle, de stratégie identitaire, etc ( Guichard,
2000). Vue sous cet angle, l’on distingue au minimum six
grands courants qui marquent l’approche du sujet en
tant que tel au cours du 20ème siècle : Le courant
psychanalytique qui s’est développé à partir des
concepts fondamentaux de libido, de ça, de moi, d’ego,
de sur-moi, de moi-
idéal, d’idéal du moi et
d’identification forgés par Freud,
; le courant
psychologique du soi (self) de William James des année
1890. L’on retient de cette approche de James, les
multiples orientations et conceptions du soi ; le courant
psychologique différentialiste qui s’organise autour de la
notion de personnalité (caractérisée par les attributs,
des traits servant à distinguer chaque type de
personnalité) ;
Les
courants
anthropologiques
culturalistes ou structuralistes auxquels émergent des
concepts d’identité culturelle ou sociale, de personnalité
de base, de structures élémentaires, d’habitus, de
champs ; les courants psychosociaux qui mettent
l’accent sur les dynamiques et stratégies identitaires. Ici,
l’identité se co
-
construit tout au long de vie. L’identité
n’est jamais stable, elle dynamique.
Nous abordons le sujet dans le cadre de cette étude dans
une approche strictement globale ou totale de l’être
humain, raisonnable, sociable, culturel. Le sujet social :
un sujet « modelé » par le social. Les sujets sont dotés
de la capacité de « sortir de soi pour atteindre le monde
» (Fourquet-
Courbet, 2010). L’On attribue au «sujet», de
forme générique, cette capacité d’agir et de se
socialiser. Nous le concevons dans un sens ou Levy
(1995) estime que le sujet peut être envisagé de façon
plus globale et philosophique et sa relation au social
peut être «
une relation des parties au tout et
inversement
». Selon Lévy (1995), «
La marge de liberté
que la société produit en le produisant fait de l’individu,
une fois de plus, un concentré singulier et global à la fois
de la totalité sociale
». Le courant de la psychologie
sociale permet d’aborder la double contrainte
d’autonomisation et d’assujetissement du sujet social
sous l’angle de l’influence. Elle traite de l’interaction
individu / social dans les jugements, attitudes,
comportements,…de l’individu via deux courants de
pensées : l’un estime que le social (pré)détermine
l’individu et est fondamental ; l’autre, davantage
interactionniste, défend l’idée d’une interaction
profonde entre l’aspect social ou culturel et l’aspect
individuel (Fourquet-Courbet, 2010).
Le concept de sujet prend ici le sens d’individuation,
c’est
-à-dire la forme sous laquelle les individus sont
pensés et «construits» par les contextes (sociétés,
groupes, espaces) où leur vie se déroule. Le sujet est
donc désigné comme tout individu, un Moi, une
personne, un « Je » dans son unicité et un nous collectif,
l’autre, l’être humain dans sa globalité capable de
penser, de raisonner, de se socialiser, interagir avec les
autres. C’est pourquoi, l’on parle du sujet parentifié. Ce
sujet nait de l’unio
n homme-femme. Il est donc
impossible de penser un individu sans parents qui
assureraient leur pleine responsabilité.
Les parents en effet, ont pour tâches ou missions
d’élever, de répondre efficacement aux besoins de leurs
enfants, de les éduquer et de les préparer pour la vie
adulte. Ils sont enjoints d’assumer vis
-à-vis de leurs
enfants des responsabilités en matière de santé,
d’éducation, de sécurité et de moralité. De nos jours,
l’on observe dans nos sociétés, nos villes, les quartiers,
des villages, et dans certaines familles certains sujets
(enfants, adolescents et adultes) qui se livrent aux
multiples activités de la vie pour subvenir aux besoins de
leur famille.
En règle générale, la famille est considérée comme le
tout premier lieu d’insertion sociale. Elle joue un rôle
important dans l’ensemble des relations qui lient
chaque membre à soi et au monde tant du point de vue
des relations parents-parent, parents-enfants que dans
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l’ouverture de la famille aux amis et au reste du monde.
De plus, la cohésion familiale, ainsi que la complicité
entre frères et sœurs joueraient un rôle dans le
sentiment de bien-être personnel des individus en
rappellent Libion et als. (2007).
En effet, pour certaines familles, la santé individuelle est
une condition pour la santé de toute la famille. L’individu
sain est décrit comme une personne présentant des «
dispositions physiques, une capacité fonctionnelle, un
équilibre mental et des relations sociales
» Astedt-Kurki
et al. (1999). De ce fait, la question qui se pose est de
savoir : peut-on envisager un individu sain dans une
famille ou il y a inversion des rôles parents-enfants ? La
parentification qu’elle survienne à l’enfant, à
l’adolescence et même à l’âge adulte n’a
-t-elle pas des
effets aussi positifs que négatifs non seulement pour la
personne, sa famille, ses relations avec les autres mais
aussi et surtout dans son bien-être global ? Dans une
famille où l’enfant est parentifié, la
relation avec les
parents est souvent déséquilibrée. Le parent, souvent en
raison de difficultés personnelles (maladie, troubles
psychologiques, dépendance, ou stress chronique,
handicap), s’appuie sur l’enfant pour recevoir un soutien
émotionnel ou une aide fonctionnelle. Cette inversion
des rôles affecte profondément la qualité de la relation
parent-
enfant. Il est dont évident d’interroger la
dynamique familiale et le fonctionnement de ce type de
famille.
Dans certaines familles, la parentification ne se limite
pas à la cellule familiale immédiate. Les relations avec la
famille élargie, comme les grands-parents, les oncles et
tantes, peuvent également être influencées par la
dynamique de parentification. Hooper (2007) a étudié
comment le soutien social et familial peut modérer les
effets négatifs de la parentification. La parentification
n’est jamais pathologique en soi nous rappelle Goff
(2006). Ce phénomène peut avoir des répercussions
positives ou négativ
es sur le sujet selon qu’il soit de
courte ou de longue durée, enfant, adolescent ou
adulte.
Barnett et Parker (1998) pensent par exemple que,
l’adolescence est marquée par une période dans
laquelle des tâches développementales fondamentales
du sujet doivent être résolues. Mais, la parentification
semble avoir un impact négatif sur celles-ci. Or pour sa
part, Titzman (2012) pense que la parentification à
l’adolescence peut renforcer les liens avec les parents et
aider à la résolution des tâches développementales
spécifiques, mais elle peut également compliquer cette
période stressante car l’adolesc
ent est responsable du
reste de la famille en plus de ses propres
problématiques (Taillard 2018). En effet, lors de la
transition
enfant-
adolescence,
l’impact
de
la
parentification se ressent grandement.
Cette phase de vie, nouvelle pour l’individu, est
marquée par l’apparition d’une multitude de besoins.
De Boeck (2021) dans son étude exploratoire portant sur
des manifestations et de la perception du processus de
parentification chez un jeune adulte en couple constate
que, le processus de parentification joue un rôle
important dans les comportements adoptés par le
« jeune adulte » parentifié dans la relation duelle de
couple. Il s’appuie des travaux de Haxhe (2019) qui
dénonce l’inversion des rôles parent
-enfant au
détriment du bien-
être de l’enfant.
Dans de nombreuses circonstances, la parentification
est tout à fait fonctionnelle et permet à l’enfant de
s’identifier à une image du bon parent qu’il pourra
devenir. En effet, le processus de parentification,
lorsqu’il est une expérience transitoire ou s
i la
reconnaissance des parents vient en retour valoriser
l’enfant, cela peut devenir un facteur de maturation
acceptable. Dans ce sens, l’enfant peut y gagner une
légitimité constructive et apprendre à aborder des
situations difficiles. Mais par contre nous rappelle
également Le Goff (2006) si la parentification se
construit sur une longue durée et, surtout, si elle n’est
pas reconnue, elle devient un véritable fardeau pour
l’enfant qui n’a plus le temps de s’occuper de lui et de
recevoir. En terme de « do
nner et recevoir », l’enfant
donne plus que ne le voudrait son âge, ses compétences,
ses besoins et ses désirs. Il est alors envahi par la
culpabilité de ne pas réussir à devenir le « bon parent »
dont ses parents ont besoin et de ne pas rester le « bon
en
fant » qu’il aurait aimé être et dont les parents ont
aussi besoin.
L’on peut observer que, la parentification est un
processus qui ne concerne pas que la relation parents-
enfants, mais également exister au sein d’un couple de
façon plus ou moins équilibrée. Cette situation peut être
bien vécue par les partenaires qui peuvent se trouver
satisfaits que l’un d’eux apparaisse comme « plus adulte
» que l’autre. Cela peut devenir un élément favorisant la
rupture ou, au contraire, une relation fusionnelle. Mais
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souvent s’il n’y a pas rupture, ni fusion, un troisième
partenaire est recruté pour favoriser l’équilibre
relationnel. C’est le plus souvent un enfant qui prend la
place de parent afin de maintenir l’unité familiale et
tenter de reconstruire la confiance. Pour évaluer
l’impact négatif ou positif de la parentification, il semble
important d’apprécier les qualités d’authenticité et de
réciprocité de la relation parent-enfant en souligne Le
Goff (2005).
Le phénomène de parentification concerne l’enfant
lorsque celui-ci est amené à exercer des rôles qui ne sont
pas les siens. Il incombe donc à l’enfant « parentifié »
des tâches diverses telles que venir arbitrer les conflits
parentaux, consoler et prendre soin de son parent ou de
ses frères et sœurs ou encore préparer le repas,
s’occuper de corvées domestiques, être responsable du
budget ou encore servir de confident. Ces différentes
responsabilités, souvent peu adaptées à son âge et à son
degré de maturité
, peuvent être à l’origine de détresse.
L’enfant aura alors du mal à s’individualiser et à évoluer
positivement, les besoins de ses proches devenant alors
plus importants que ses propres besoins. Par contre,
dans le conflit de loyauté, l’enfant se sent par
tagé entre
ses deux parents et croit possible de perdre l’un ou
l’autre. L’enfant n’est plus libre d’exprimer sa loyauté
envers un parent en présence de l’autre (Wallerstein et
Kelly, 1980). Il se sent alors embarrassé en présence de
l’un ou de l’autre de
ces parents. Il est alors partagé
entre l’amour qu’il éprouve envers ses deux parents.
C’est pourquoi Byng
-
Hall (2007) articule qu’il faut
soulager le fardeau des enfants parentifiés sein des
familles.
Si l’on se limité seulement au cas enfant, nous pouvons
conclure avec Barbett et Parker (1998) que les enfants
qui jouent des rôles parentaux peuvent être vus soit
comme montrant des compétences précoces, soit
comme privés d’enfance. Par extension avec l’i
ndividu
dans sa globalité, l’on peut conclure que les individus qui
jouent un rôle parental peuvent montrer certaines
incompétences et sont privés de leur autonomie. La
parentification est alors perçue comme un processus
pathogénique et nocif pour le bon développement de
l’individu. La proposition de Walsh (1979) amène à
distinguer les différentes formes de parentification en
fonction de leur niveau. Ainsi il est possible de distinguer
une parentification «
comme parent
» pour ses parents
ou pour la fratrie, d’une parentification «
comme époux
» ou «
comme confident du parent ou du grand-parent
»
pour reprendre cette fois les propos de Le Goff (2005).
Le Goff (1999) présente les bases conceptuelles du
processus de parentification. L’auteur souligne que, la
parentification est une notion ancienne datant du début
des thérapies familiales alors que celles-ci même étaient
influencées par la psychanalyse et la théorie de la
relation d’objet. A cette époque, la théorie des systèmes
n’était pas encore adoptée comme cadre de référence
dans les thérapies de famille. La parentification est
aujourd’hui une notion connue mais très peu utilisée
dans les pratiques quotidiennes, dans le monde en
générale et au Cameroun en particulier. Elle apparait
très largement comme un axe majeur de recherche
thérapeutique. D’après Le Goff, les travaux dans ce
champ de recherche sont peu nombreux comme si cette
notion, une fois form
ulée n’a suscité aucune curiosité
(Heck & Janne, 2011).
La parentification est un phénomène méconnu mais
l'importance du repérage de ce processus pour le
développement de sujet dans sa globalité est cruciale. Il
s’agit d’une situation où un enfant se voit attribuer des
responsabilités et des rôles normalement dévolus aux
parents ou aux figures d’autorité. Au lieu de vivre une
enfance normale, insouciante, ces enfants endossent
des responsabilités adultes, prenant soin de leurs frères
et sœurs, s’occupant des tâches du quotidien ou même
soutenant émotionnellement leurs parents. Ce
phénomène fait référence à un processus où les enfants
sont contraints de prendre soin de leurs parents ou des
membres de la famille en assumant des rôles de parents,
de confidents, ou de soutien émotionnel.
L’importance accordée dans cette étude est de voir les
causes du phénomène de parentification en contexte
Camerounais actuel et les conséquences à cours, à long
terme de cette forme de maltraitance de l’enfant dans
son processus de développement. Cette étude attire
notre curiosité de chercheur sur l’absence des travaux
dans ce domaine et pourtant, au quotidien, l’on peut
voir la souffrance que vivent certaines personnes de
s’occuper de leurs proches malades, handicapé,
orphelin, tout seul or la famille africaine se veut très
élargie. Bien que certains auteurs (Boszormenyi & Spark,
1973 ; Heck & Janne, 2011 ; Le Goff, 2005) attirent déjà
notre attention en mettant l’accent sur l’impact à la fois
constructif et destructif de ce phénomène sur le sujet,
notre ap
proche tient d’abord compte sur cet éclairage
que donne les théoriciens des thérapies familiales mais
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se décline légèrement de cette conception.
Les travaux de Taillard (2018) retracent le contexte
d’usage de la notion de parentification. Pour lui, de part
d’Earley et Cushway (2002), le terme d’ «
enfant parental
» est utilisé pour la première fois par Minuchin et ses
collaborateurs en 1967 pour définir ces enfants qui, à
cause de situations socio-économiques précaires,
assument des responsabilités parentales à la maison.
Pourtant, le terme « parentification » fait son apparition
des travaux de Boszormenyi-Nagy et Sparks en 1973
(Earley & Cushway, 2002 ; Taillard, 2018). Dans la
littérature, ces termes sont utilisés avec des synonymes
comme «
inversion des rôles », « donneur de soins », «
enfant parentifié », « enfant surchargé
», etc. (Hooper et
al, 2011).
Au sens de De Boeck (2021), c’est en 1932 que Ferenczi
fait une première référence à un «
processus de
nourrisson savant
» (P.10). Il désignait par ce terme tout
enfants dont la maturation est trop rapide. Ces travaux
de
Ferenczi
permettent
de
questionner
le
développement de l’enfant influencé par des tâches qui
lui sont attribuées dès son jeune âge. Il associe ce
processus à des mécanismes de défense survenus après
des violences ou négligences parentales. Ce phénomène
est également désigné de progression traumatique
psychologique. La parentification tant alors à désigner
un moment de la vie ou l’enfant, par le surpoids des
charges anticipe précocement son développement ou
même, les facteurs développementaux de ce dernier se
trouvent restreignant : le corps ou capacités physique, la
taille, le raisonnement mature, le comportement,
réaction, prise de décision, manières de faire, mode et
style de vie, choix de compagnies, les états mentaux.
C’est dans ce sens que Minuchin (1967) utilise, quant à
lui, le terme d
’«
enfant parental
» pour désigner un
enfant qui, par un contexte économique défavorisé,
assume certaines responsabilités au sein du foyer
familial (De Boeck, 2021).
En 1973, Boszomeniy-Nagy définit la parentification
comme «
une distorsion subjective des relations où l’un
des deux partenaires, souvent un enfant, devient un
parent pour l’autre
». Elle se définit comme l’attribution
d’un rôle parental à un ou plusieurs enfants dans le
système familial, entraînant une perturbation des
frontières
intergénérationnelles
(Karpel,
1976 ;
Anaudeau & Berdoulat, 2021). Si l’on se rejoint à
Minuchin (1974) et Sparks (1973) qui avancent que, le
processus prend place dans toute forme de relation
dans laquelle le parentifiant éprouve le besoin d’une
relation infantile. Nous comprenons avec ces auteurs
que, la parentification ne serait pas une pathologie en
soi : elle peut même être bénéfique si elle n’est pas
disproportionnée et si les besoins et compétences de
l’enfant sont pris en compte.
Il existe selon Jurkovic (1997) deux fonctions de la
parentification : la fonction émotionnelle (être un
support moral pour le parent) et la fonction
instrumentale (par exemple, donner des soins au
parent). Il décrit ce processus comme adaptatif à la prise
de responsabilité. Il prend donc en considération la
durée et l’étendue de la prise de responsabilité, la juste
reconnaissance de l’enfant et de son style
interpersonnel.
Il
distingue
quatre
pôles
de
responsabilisation sur un continuum : l’infantilisatio
n au
niveau le plus faible, la parentification destructrice, au
niveau le plus extrême et deux entités dites non-
pathologiques
:
la
non-parentification
et
la
parentification adaptée. Walsh (1979), quant à elle, fait
la distinction entre l’enfant parentifié
perçu comme
parent pour ses parents ou pour la fratrie, d’une
parentification «
comme époux
» ou «
comme confident
du parent ou du grands-parents
» et propose un angle de
vue intergénérationnel.
Dit autrement, la parentification ne devrait pas
seulement être étudiée chez l’enfant ou l’adolescent.
Mais au contraire, son étude doit également s’orienter
chez l’adulte, les couples, les personnes âgées. Il
convient même voir une forme de parentification chez
certai
ns sujets comme un don, un héritage, un legs. D’où
la notion d’intergénérationnelle. Car, il peut y avoir
qu’un individu, dès sa naissance trouve un ensemble de
lois, de principes, de directives, de consignes qu’un
descendant de la famille laisse pour qu’u
n membre
prédictif puisse prendre la relève. L’on trouve
généralement ces cas en Afrique en ce qui concerne les
successions. Ici, l’objectif est de conserver un
patrimoine. Le jeune enfant dès sa naissance commence
alors à assumer une charge qui n’est pas
à sa hauteur.
N’est
-ce même pas évident de comprendre pourquoi
Walsh (1979) aborde le processus de parentification
selon la relation générationnelle où il prend place ? A
savoir : de l’enfant aux grands
- parents, aux parents ou
à la fratrie. C’est dans cette même conce
ption que Mika
et al (1987) font également ce type de distinction et
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proposent la parentification comme époux pour son
parent, la parentification comme parent pour son parent
et la parentification comme parent pour sa fratrie. Ces
deux théories se divisent sur le concept d’enfant
-époux.
Pour Walsh, la relation que l’enfant
époux entretien
avec ses parents est érotique avec l’un d’eux et
conflictuelle avec l’autre. Mika et al (1987), quant à eux,
considèrent que dans cette relation, l’enfant est le
confident et/ou le conseiller du parent.
Le Goff (2005) envisage la parentification comme un
processus. En effet, il s’agit d’une réalité clinique
complexe et global s’inscrivant dans l’entièreté des
relations familiales. Ce regard sur ce phénomène permet
d’éviter toute description réductrice : «
l’enfant
parentifié n’est pas toujours un « enfant adultifié » et ses
(ou son) parents ne sont pas des «
adultes immatures
»
(Le Goff, 2005). Suite à cette définition, il propose de
distinguer les facteurs destructifs et les facteurs
constructifs dans la parentification de l’enfant. Cela
signifie, qu’il existe, selon lui, une parentification
constructive et une parentification destructrive.
Haxhe (2019) définit la parentification comme un
processus hollistique basé sur la prise de responsabilit
é́
par l'enfant. La parentification prendrait racine sous
l’influence de plusieurs facteurs (Haxhe, 2019). Selon
elle, ce processus peut prendre place à des degrés
différents. C’est pourquoi, il faut rester attentif afin de
ne pas confondre la parentification avec des processus
tels que l’adultisation, la responsabilisation, la
parentalisation et la délégation. La spécificit
é́
de la
parentification est q
ue l’enfant ne joue pas au parent, il
est le parent. Alors qu’il prend en charge des
responsabilités qui dépassent ses compétences, ses
besoins ne sont pas pris en compte et il ne reçoit pas de
reconnaissance. Elle avance que chaque processus est
interchangeable et/ou peut se combiner à un autre
quand un certain seuil est dépass
é́
. Haxhe dégage sept
variables influençant ces changements et combinaisons
telles que « la demande parentale, l’adéquation aux
besoins de l’enfant, le type de responsabilité́
encourue,
(...) » (Haxhe, 2019, p.115).
Pour Le Goft (2005), la parentification présente une
variété de formes et d’aspects cliniques. Au sein du
système familial, l’on relève deux fonction de la
parentification: d’abord une fonction émotionnelle,
basée sur la médiation, la confidence et le soutie
n moral.
L’enfant peut, notamment, abriter un conflit ou consoler
un parent. La deuxième fonction est instrumentale,
basée sur les tâches matérielles, comme soigner
physiquement un parent ou s’occuper de la
maintenance de la maison. D’après ce qu’on relève
des
travaux d’Anaudeau et Berdoulat (2021), la fonction
émotionnelle et instrumentale sont intimement mêlées,
elles se complètent et se renforcent dans les
nombreuses des. Afin d’y répondre, l’enfant parentifié
peut prendre plusieurs rôles : celui de soigna
nt, d’enfant
«
trop sage et sans problème », « de bouc émissaire »,
«
d’intermédiaire
» ou de « médiateur »
(Boszormenyi-
Nagy, 1972).
La parentification se produit lorsque les parents ont
besoin de l’acceptation, de la compréhension ou du
soutien qu’ils n’ont pu avoir durant l’enfance (Wells &
Jones, 2000). Ainsi, pour Minuchin (1967), l’enfant passe
d’un rôle parentalisé à un rôle parent
ifié quand il occupe
une place d’adulte également au niveau émotionnel et
plus seulement fonctionnel dans la famille (Minuchin et
coll., 1967). La distinction entre le processus
pathologique de la parentification et celui, transitoire,
voire constructeur, de la parentalisation repose sur le
fait, comme le décrivent Heck et Janne (2011), que dans
le processus de parentification l’enfant peut développer
de la culpabilité lorsqu’il craint de «
ne pas être à la
hauteur
». D’autre part, l’enfant, face à la demande
parentifiante, peut ressentir de l’injustice, de la colère,
de l’agressivité envers ses parents (Griot et al. 2013).
La parentification est un phénomène social total au sens
de Meuss (1950). Ses causes sont multiples et ses
conséquences
influencent
positivement
ou
négativement sur le développement du sujet. Elle est
reconnue comme une de forme de maltraitance de
l’individu au sein d’une famille. La maltraitance a des
effets dévastateurs sur le développement émotionnel,
social et cognitif des enfants. Quand ceux-ci sont
négligés ou abusés, ils ont plus de risque de manifester
des troubles de comportement extériorisés comme
l’agressivité de même que les troubles intériorisés à
l’instar de l’anxiété, la dépression.
Ces enfants comme souligne Moss et al (2008) sont
également susceptibles d’avoir un déficit sous plusieurs
plans notamment
: la métacognition, l’autorégulation
cognitive et présentent généralement des retards
scolaires et académiques (Cicchetti & Valentio, 2006).
Les enfants parentifiés et victimes de maltraitance et
autres abus parentaux sont d’autant vulnérables qu’ils
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vivent le plus souvent dans des familles qui cumulent au
sens de Trocmé et al. (2005) plusieurs facteurs de
risques tels : la pauvreté, la détresse psychologique
parentale, les violences conjugales, l’isolement social,
les abandons, les négligences. Ces enfants, à
l’adolescence et à l’âge adulte sont également de plus
en plus à risque car, ils éprouvent outre que ces
situations de vie difficile élucidées plus haut, des
difficultés d’adaptation qui incluent la délinquance, le
décrochage scolaire, la consomma
tion abusive d’alcool
et de drogue de même que les difficultés relationnelles
majeurs pour rejoindre (Egeland, 1997 ; Widom, 2000).
L’expérience de la parentification du sujet au sein de
familles que ce soit à l’enfance, à l’adolescence, à l’âge
adulte ou même au sein des couples s’associe à
l’adoption des conduites parentales négligentes. Des
auteurs tels que : Right et al (2003) montrent que
l’ensemble des problèmes a d’énorme couts sociaux et
économiques pour la société. Toutefois, les travaux de
Cicchetti et Valentino, 2006 montrent que malgré les
expériences de la négligence et d’abus, les enfants
maltraités et donc parentifiés développent un
attachement pour leurs parents. Toutefois, ce type
d’attachement qui se développe entre ces enfants et
leurs parents est de type insécurisant (Larin & al, 2008).
Cicchetti et al. (2006) notent que ces enfants, ont une
proportion d’attachement i
nsécurisant de type
désordonné qui varie entre 55% et 86%. Main et
Solomon (1990) repris par Larin et al. (2008) pensent que
ce type d’attachement se caractérise par des
comportements
contradictoire
d’approche
et
d’évitement à l’endroit du parent et de l’a
ppréhension
en sa présence. D’autres travaux auprès des populations
cliniques et non cliniques ou à risque démontrent
également que, parmi les divers types d’attachement,
l’attachement insécurisant
-désorganisé est le plus à
risque d’être associé à des problèmes d’adaptation
sévères chez des enfants (Dubois-Comtois et al, 2005 ;
Mazzarello & Berthiaume, 2006).
Les travaux de Demogeot et Lighezzolo-Alnot (2014)
mettent l’accent sur l’attachement parent
-enfant et les
difficultés scolaires de l’enfant. L’enfant
-
parental c’est
-
à-
dire l’enfant parent de ses parents pour reprendre
l’expression de Le Goff (2005), dével
oppe un type
d’attachement particulier par rapport aux autres enfants
dont les parents sont dits responsables.
Freud (1926) considère que l’enfant s’attache à sa mère
parce qu’elle répond à ses besoins physiologiques et
satisfait ainsi sa libido. Bowlby (1969) voit dans
l’attachement, un besoin de proximité primaire, distinct
de la libido et non secondaire à la relation de
nourrissage. La théorie de l’attachement jette
un pont
entre les sphères affective et cognitive. Aspects
pourtant capitaux dans le processus de développement
de tout être humain. En effet, Wall et al (1978), avec le
paradigme expérimental de la «
situation étrange
» et le
concept de «
base sécurisante
», ont montré que
l’enfant entreprend d’explorer son environnement
physique quand il sent qu’il éprouve sécurité et confort
auprès d’un des parents. Ces théoriciens d’attachement
convoqués dans cette étude nous amènent à
comprendre en quoi et comment les fonctions
parentales
sont
nécessaires,
capitales
et
incontournables dans le développement du sujet et son
bien être global. La sécurité dans la relation
attachement parent-enfant suppose une proximité et
un contact physiques avec la figure d’attachement.
Toutefois, le sujet parentifié risque de ne pas avoir cette
bonne base de sécurité. Ce qui influencera tôt ou tard
son développement. Or, l’on sait avec Benony (1998)
qu’«
une bonne base de sécurité permet de développer
les fonctions cognitives. De fait, la sécurité autorise la
déstabilisation qui peut être comprise et intégrée ; cette
déstabilisation devient même partie intégrante des
apprentissages cognitifs et mène les sujets au
développement et à l’au
tonomie
».
Le développement du sujet révèle une dynamique
complexe, des interactions réciproques entre l’individu
et son milieu de vie. Ce qui peut influencer
profondément le bien-être psychologique, physique,
émotionnel et relationnel de la personne ou mieux sa
san
té mentale. Pour se développer, l’individu a aussi
bien besoin non seulement de son expérience propre
mais aussi d’autrui ou de son environnement de vie. Le
développement de l’individu n’est jamais fini. C’est dans
ce sens que Bosman (2006) soutient que le
«
développement ne s’arrête pas lorsque l’adolescent a
atteint l’âge adulte
». Il invite de toujours se situer dans
une perspective de développement «
tout au long de la
vie
» de l’individu. Or, bien avant Bosman (2006),
Erickson (1974), concevait déjà le développement du
sujet allant de la naissance à la mort. Erickson (1973)
constate dans son approche psychosociale que, tout
individu, à un moment donné ou à n’importe quelle
période de son développement, risque de développe
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une crise identitaire ou de la personnalité lorsqu’un
stade de son développement a été mal négocié.
Dans ces travaux, il nous amène à comprendre que, la
vie de l’enfant, de l’adolescent, du jeune adulte et même
des personnes en grands âges est faite de rupture et de
rebondissement. Ce changement aura des répercussions
sur tous les plans de l’existence de
l’homme. Freud
(1923), étudie quant à lui le développement de l’enfant
allant de la naissance à l’adolescence. Le développement
de l’individu se fait donc par étapes. Ces étapes
successives sont à respecter au risque d’enfreindre le
processus humain de développement. En effet, les
différents âges de la vie sont caractérisés par des
transitions spécifiques lesquelles sont négociées par
l’individu au cours de son développement. L’existence
humaine est marquée par une dynamique d’interaction
intrinsèques et extrinsèques tout au long de
développement. Ainsi la détérioration de l’identité peut
engendrer un sentiment de vide et de confusion du sujet
ce qui complique sa capacité à se projeter vers l'avenir.
De plus, l'estime de soi peut être étroitement liée à sa
capacité à satisfaire les besoins des autres, rendant sa
perception de la valeur personnelle dépendante des
réactions des autres. Un développement anormal du
sujet a des conséquences sur le plan personnel,
physique, social, professionnel, amical (trouble de
personnalité, attachement, maturation précoce, déficits
d’attention,
de
langage,
de
communication,
d’interaction avec les autres…). C’est ce constat que fait
Jurkovic (1997) auprès de certains enfants développant
fréquemment un sentiment d'impuissance ou de
tristesse dû à un phénomène de crise d’identité.
Les phénomènes de crise de développement ou de
personnalité peuvent entrainer soit une maturation
précoce ou retardée chez la personne. C’est dans ce sens
que Jurkovic (1997) ajoute que cette maturité
prématurée peut être à la fois une source de force et une
cause de souffrance chez l’individu quand. Le Goff
(2005) parle alors d’
« adultes immatures » et
d’
« enfants adultifiés
». L’adulte immature étant perçu
ici comme celui n’ayant pas atteint toutes ces facultés
normales de développement et qui, au lieu de se
comporter comme tel (adulte), manifeste plutôt des
comportements enfantins, de réactions anormales,
régressives, des attitudes hors-normes par rapport aux
personnes de son âge. Mais l’enfant adultifié est
pourtant perçu comme cet enfant donc la maturité ou le
développement biopsychosocial est anticipé par rapport
à son jeune âge.
Turpin (1944) invitait déjà à penser les troubles de
développement chez certains enfants. Ainsi, Bosma
(2006) dans une étude, fait une introduction de la
psychopathologie développementale. Il constate que
pendant
des
décennies,
les
spécialistes
du
comportement
ont
essayé
de
prédire
la
psychopathologie de l’adulte à partir de certaines
mesures prises à l’enfance. Partant des travaux de
Sroufe et Rutter (1984) sur la prédictibilité qu’ils
considèrent comme la tâche centrale de la psychologie
développementale consistant à comprendre les
manifestations changeantes des patterns d’adaptation
ou d’inadaptation et leurs liens au cours du temps. La
thèse défendue dans son étude est que, pour
comprendre le développement des comportements
inadaptés, la psychopathologie développementale doit
étudier les modes de fonctionnement harmonieux qui
sont perçus en deux phases : la compétence et
l’incompétence, la vulnérabilité et l’invulnérabilité
Garmezy (1974 cité par Bosma (2006). Pour Wenar et
Kerig (2000) la psychopathologie de développement se
caractérise comme une «
entreprise intégrative qui
associe différentes perspective théorique dans un même
cadre pour comprendre le développement de la
personne dans sa globalité
». Wenar et Kerig (2000)
énumèrent des facteurs de risques et de protections de
la
vulnérabilité
qui
expliquent
pourquoi
le
développement se déroule de façon harmonieuse ou
inadaptée. Ces facteurs sont fonction du contexte
(organique, interpersonnel et sociale).
Le développement de l’individu est un long processus
transactionnel qui se caractérise par l’épigénèse, une
complexité et une organisation croissante. Pour ainsi
dire, à chaque étape de développement se caractérise
une nouvelle structure qui émerge de la structure de
l’étape précédente. Ces étapes développementales se
caractérisent par les tâches normatives qui peuvent être
résolues de façon adaptée ou inadaptée. Les
transactions développementales sont à considérer
comme des différentes trajectoires de développement
au cours de la vie. Ces trajectoires peuvent être
harmonieuses comme elles peuvent être caractérisées
par des problèmes et des stagnations, donc
potentiellement porteuses de troubles et de
pathologies. Comme le souligne Bosman (2006), Rutter
(198
9) serait le premier à mettre en œuvre l’importance
des
différentes
trajectoires
successives
du
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développement de sujet allant de l’enfance à l’adulte.
Lannegrand-Willems (2012) dans son étude, traite du
développement de l’identité à l’adolescence en
s’inspirant des travaux d’Erikson (1972). Il présente de
nouvelles propositions théoriques du développement de
l’identité chez l’adolescent et le jeune adult
e, ainsi que
les résultats récents obtenus dans l’étude des
trajectoires développementales de l’identité. En effet la
construction de l’identité ou du soi à l’adolescence a été
étudiée selon deux principaux axes : le développement
du concept de soi (Bariau
d, 1997) et l’approche
théorique d’Erikson (1972) qui demeure une des
références majeures dans le champ du développement
de l’identité à l’adolescence dans différents domaines de
la vie. Dans une conception développementale et
psychosociale, Erikson consid
ère l’identité comme une
synthèse réalisée à partir des éléments du passé
(histoire personnelle), des caractéristiques du présent
(besoins, traits de personnalité, etc.) et des attentes du
futur. Nous trouvons mieux d’adapter cette l’approche
psychosociale
d’Erikson à la théorie de sois possible
formulé par Marks et Lazarus.
Pour sa part, Jeammet (2013) fait une étude centrée sur
le développement de l’individu. Il soutient dans ces
travaux que le développement de l’individu est une co
-
construction permanente à la merci des rencontres. Il
cherche à comprendre quelle est la place de
l’adolescence dans le lien entre les difficultés vécues
dans l’enfance et leurs éventuelles conséquences à l’âge
adulte
? il pense qu’entre les trois phases du
développement de l’individu, l’adolescence est une
période difficile à gérer. Il voit dans
l’enfance, une
période des inquiétudes, souvent camouflées jusque-là
par la protection assurée par l’environnement et par
l’absence de réelle d’autonomie. Les difficultés
affectives et émotionnelles qui se manifestent à
l’adolescence sont, en quelque sorte
, un miroir
grossissant des problématiques humaines. Tout être
humain qu’il soit enfant, adolescent ou adulte d’une
période de vie à une autre peut ressentir un sentiment
de mal-être, une fragilité, une menace contre soi, des
peurs, des frustrations qui auront une influence
considérable sur le développement. Et bien que les
causes du mal-être chez les individus peuvent être
différentes, force est de constater que le résultat est le
même car, on se sent impuissant face à une menace. Or,
comme tous les êtres
vivants, l’individu est programmé
pour réagir activement au sentiment d’impuissance.
Nous observons de part cette approche que, dans
certaines familles, certains individus sont submergés par
des troubles psychopathologiques et semblent être
condamnés à la répétition transgénérationnelle; alors
que d’autres résistent à la menace de destruct
ion
psychique et montrent une adaptation relationnelle et
sociale parfois remarquable. Dans le premier cas, c’est
la vulnérabilité du sujet qui apparaît au premier plan. Le
modèle de la vulnérabilité se référant aux séquelles des
traumatismes, aux facteurs de risques et à la
désorganisation psychique face au trauma. Des
individus parentifiés (enfants, adolescents et adultes)
sont un des meilleurs cas de figure de cette catégorie de
personnes dont parle Arnaut (2002). Gaudron et Savard
(2011) attirent par exemple notre attention sur le
développement de l’enfant exposé dans certains
risques. Ils trouvent d’ailleurs des points de repères pour
examiner le développement de l’enfant exposé aux
violences conjugales afin de montrés les conséquences
de ce phénomène dans le processus de maturation des
individus. Ils observent que sur le plan physique, les
enfants exposés aux violences conjugales manifestent
plus de problèmes de santé que ceux non exposés. Ils
souffrent de maladies diverses comme des infections
respiratoires, des insomnies, des allergies, des
problèmes gastro-intestinaux, mais également de
problèmes visuels et auditifs, de même que de retards
de croissance, de maux de tête et de troubles
alimentaires ; les Conséquences sur le développement
cognitif et sc
olaire de l’enfant et surtout, ces auteurs
mettent en exergue, «
le renversement des frontières
entre les microsystèmes
. Cette dernière conséquence se
caractérise par : la parentification et le conflit de
loyauté.
Methodologie
Cette étude se veut une approche systémique des
familles
dites
pathologiques.
Nous
concevons
l’approche systémique comme celle qui n’est ni une
forme de thérapie ni un ensemble de techniques
thérapeutiques. Mais plutôt une façon de saisir la réalité
qui re
connaît l’interaction comme principe fondamental
de tout ce qui vit. Au sens de Balas (2008) adopter une
vision systémique, n’est pas modifier la réalité, mais
plutôt transformer son regard en élargissant son champ
de vision pour s’intéresser à l’informati
on qui circule
dans tous les processus relationnels. Notre étude
conçoit la famille comme un ensemble de systèmes en
interconnexion les uns les autres. Elle nous permet de
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comprendre la dynamique famille et le fonctionnement
des familles parentifiantes. Il s’agit d’une sorte
d’évaluation globale de de famille que Bray (2009)
considère comme une procédure d’évaluation la plus
globale possible afin de s’assurer que l’on ne nég
lige pas
certaines facettes de la réalité familiale qui peuvent
avoir un impact important sur les problèmes à l’origine
de la demande. C’est dans ce sens que l’on a tenu à faire
une approche globale du processus de parentification,
du développement et du bien-être du sujet. Une telle
orientation a pour objectif de comprendre dans un
premier temps les causes de la parentification et d’en
saisir leurs répercussions sur le bien-être global du sujet
et sur son processus de développement. L’article
questionne alors la dynamique familiale et le
fonctionnement des familles parentifiées en tenant
compte des pratiques parentales à l’origine du
phénomène.
L’étude est réalisée au Cameroun, pays d’Afrique
Centrale, dans sa région Sur, du département de la
Mvila, arrondissement de Megong. De type qualitatif, les
données ont été collectées auprès de quatre
participants à l’aide des entretiens semi
-directifs. Selon
Demazière (2008) «
l’entretien est la méthode par
excellence pour saisir les expériences vécues des
membres de telle ou telle collectivité
» (2008). Cette
méthode permet au sens Beaud (1996) en référence aux
travaux de Boutanquoi (2023) «
de faire apparaître la
cohérence d’attitudes et de conduites sociales, en
inscrivant celles-ci dans une histoire ou une trajectoire à
la fois personnelle et collective
». Le choix de cet outil de
collecte des données est d’une grande portée dans la
réalisation de ce travail. Car, pour mieux étudier le
processus de parentification et comprendre ses effets
sur le développement et le bien-être du sujet, il faut
prendre en
compte, l’histoire familiale, les trajectoires
personnelles et collectives qui nous permettent de voir
les moments de crise et de réajustement en terme de
comportement humain, de conduite sociale, attitude,
habitude et autres caractéristiques propres à l’humain
et à son milieu de vie.
Une analyse de type thématique a été opérée. Nos
entretiens, sur la base d’un guide, ont porté sur des
concepts de trajectoires sociales, interactions sociales,
contexte social, des tâches exécutées, de la qualité des
relations au sein de chaque famille, des réactions
interindividuelles, de la Communication/échanges, des
cycles de vie physiologique/moment de crise, des
stratégies d’adaptation ou à la manière de faire face aux
difficultés de trajectoire inter- individuelle, temporelle,
à la position des individus et aux changement de style de
vie de chacun et sur l’histoire de chaque famille.
Notre approche vise à analyser d’une manière ou d’une
autre les causes du dysfonctionnement familial en
référence au phénomène de parentalisation et leurs
impacts auprès de chaque système ou sous-système
familial. Si l’on considère la famille comme un sys
tème
d’individus en interaction, il est nécessaire de prendre
en compte l’onde de choc, de la fragilisation des liens,
de leur rupture, déstructuration, déséquilibre et donc,
l’impact de l’inversion des rôles sur chacun des
membres de la famille et sur le système dans sa globalité
tant au niveau des modalités relationnelles que des
positions assumées par chacun des membres.
Les interactions sont vues dans une logique
processuelle. Ici, le processus d’interaction s’identifie au
sein d’un système familial ou les membres qui forme un
tout pour la partie interagissent, s’influencent et
s’identifient réciproquement. Parler des int
eractions
revient à avoir la dynamique relationnelle entre les
acteurs de la famille : parents, couples, enfants, grands-
parents en ce qui concerne le support, les conflits,
l’atmosphère
affective,
l’attachement,
la
communication, l’éducation, la transmiss
ion de
valeurs… Il est important de prendre en compte les
processus interactionnels au sein de la famille pour
pouvoir l’étudier au mieux. Les processus
interactionnels sont multiples et plusieurs études ont
montré leurs impacts sur le bien-être des membres de
la famille. La thèse défendue dans le cadre de cette
étude est qu’il y’a un risque élevé de parentification au
sein de toute famille dysfonctionnelle et que les
marqueurs ou indices de parentification observés dans
telles familles ont des répercussions aussi bien positives
que négatives sur le bien-être global et sur les états
mentaux, physiques, comportementaux et relationnels
ou sociaux de l’individu.
Analyse Des Donnees
1)
Trajectoires Sociales Et Crise Identaire Chez Le
Sujet Parentifie
Les trajectoires sociales de vie sont d’importants
moments
pouvant
influencer
positivement ou
négativement le développement du sujet, sa
personnalité et son identité. La parentification qu’elle
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soit vécue à l’enfance, à l’adolescence, à l’âge adulte ou
qu’elle soit intergénérative a des effets significatifs tant
positifs que négatifs dans l’existence humaine. Tout
individu qu’il soit enfant, adolescent ou adulte
parentifitié passe et connait de moments de crise au
cours de son processus de maturation. Dit autrement,
toute personne qui assume une énorme responsabilité
au sein de sa famille connait des périodes extrêmes de
souffrance, de maltraitance, de regret… au cours de son
existence, le sujet parentifié peut rencontrer des
moments de crises, de « bouleversement intérieur », de
« déséquilibre psychologique », de « désorganisation
personnelle » au cours de son évolution. Il est alors
appelé à faire face à des changements lui permettant de
s'adapter, même si la chose n'est pas toujours facile, aux
multiples situations qui marquent normalement cette
période de la vie. Dans un tel contexte, les concepts de
« transition », de « passage », de « transformation »
sont mis en relief.
Les trajectoires sociales nous permettent de voir les
différentes étapes ou cycles de vie qui marquent notre
existence.
Pour Erikson, l’individu évolue puis vieillit
souvent comme il a grandi. Ce cycle de vie n’est pas
linéaire mais peut se caractériser par des phénomènes
de stagnation, voire de régression, au cours desquels
certains modes de fonctionnement personnel qui
s’
étaient avérés efficaces à tel ou tel moment du
développement de l’enfant se trouvent réinvestis dans
le processus de vieillissement.
Le cycle de la vie permet de voir les grandes trajectoires
de développement de la personnalité, son parcours de
vie, de ruptures, les souffrances, les situations de
bonheur ainsi que les événements de stress vécu par le
sujet. Certains auteurs comme Becker, (1985) et
Passeron (1989), que de parler du cycle ou trajectoire,
préfèrent parler de « carrière » quand Dubet (1994) lui
invoque la notion «
d’expérience
» pour montrer des
seuils « classiques» qui balisent la transition ou les
étapes du cycle de la vie.
La crise constitue la pierre angulaire de toute la
construction personnelle. Les travaux de d’Erikson
(1972 ; 1983) montrent que toute existence humaine est
jalonnée de la naissance à la mort par des crises
successives et multiples. Et c’est l’issue que va
prendre
chaque crise qui va être déterminante de la façon dont
la quête d’identité va pouvoir peu à peu aboutir. Selon
Erikson, toute crise comporte une dimension négative.
La crise est source de tensions, de fragilisation du moi,
parfois d’anxiété, d’ang
oisse, de souffrance. Mais à côté
de l’aspect négatif que comporte nécessairement toute
crise, il va s’agir pour le sujet de donner un sens à
chacune d’entre elles, un sens qui n’est pas que négatif.
Donner du sens, consiste en une opération qui invite
chaque sujet de se ré-émerger ou de «
sortir de chaque
crise avec un sentiment renforcé de sa propre unité
personnelle
».
L'émergence de la crise n'aboutit pas nécessairement à
la « catastrophe ». Elle représente plutôt, chez Erikson «
un tournant, une période cruciale de vulnérabilité accrue
et de potentialité accentuée et, partant, la source
ontogénétique de force créatrice mais aussi de
déséquilibre
» ( Bédard, 1983). Moïse âgé de 14 ans,
révèle dans son histoire de la parentification, les
moments d’abandons, de solitudes, occasionnés par
l’instabilité de ces parents. Dès son jeune âge, il est
appelé de s’occuper de ses fr
ères du vivant de ses
parents qui se souciaient plus de leurs multiples voyages
que de la vie des enfants. Moïse dit à ce sujet : «
J’ai
gardé mes frères et sœurs plus jeunes
à la maison. Lors
des déplacements de mes parents pour partir au nord.
Pendant plus d’une semaine, ils nous laissent seuls…
».
Pour mieux comprendre les trajectoires sociales de nos
participants, il faut recourir au contexte ou à l’histoire
de vie de chaque cas de parentification, interroger les
causes et comprendre les effets du phénomène chez
chaque sujet. Baba par exemple, relate qu’elle a vécu
une «
enfance très difficile bondée de maltraitance, de
rejet, de turbulence, de ruse, de jalousie
» tout simple
parce qu’elle a grandi dans une famille polygamique.
Dans une telle famille, Baba était vulnérable car dit-elle
« la
situation a la maison, la vie en famille devenait de
plus en plus difficile à supporter pour moi. La relation
entre mes parents devenait davantage plus conflictuelle,
due entre autres à des problèmes financiers et de
jalousie
; je ne pouvais plus accepter l’habitude de mes
frères et sœurs consanguins et les conséquences qui en
découlaient au sein de la dynamique familiale
».
La personne qui traverse une période difficile au cours
de son existence vie un grand moment de désarroi,
l’aveuglement menaçant, une période d’aliénation
pénible. Elle est terrassée par la confusion, par la perte
du sens de direction et par des bouleversements
intérieurs profonds. Selon Jung, la crise du milieu de la
vie, provoquée par la nécessité pour l'adulte de
retrouver son propre centre, se traduit par «
un état
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étrange d'inquiétude psychique qui s'exprime par
l’insécurité et l’écroulement des rapports avec le monde
environnant »
(Aeppli, 1954). C'est même une période
dangereuse. C’est comme le soulignait Jung, cité Jacobi
& Hull, 1973 ; Bédard, 1983) une deuxième phase de
période pubertaire, une nouvelle tempête et autre
période de stress. La crise est également une période qui
s’accompagne des
confusions et de rupture d’équilibre.
Morin (1980) marquait d’ailleurs que, la personne qui
sombre dans une crise «
ne comprend pas
». Elle ne
comprend rien car ignorant de ce qu’elle vit ou traverse.
Elle se dit que tout est normal. Dit autrement elle n’est
pas consciente qu’elle vit une crise. Car pour cet auteur
«
celui qui comprend n'est pas en crise. Comprendre c'est
embrasser par la pensée, donner un sens clair à,
déchiffrer, interpréter
». En outre, le sens de direction
fait défaut chez celui qui est plongé dans la crise. Cette
thèse de Morin (1980) est justifiée par les propos de
Baba qui sombre
dans une nouvelle crise lorsqu’elle
perd sa mère et qu’elle est appelé à s’occuper de ces 7
sept frères et sœurs dans une famille polygamique de 49
enfants, six coépouses alors que sa mère etait la
dernière femme et de sur quoi, la plus jeune des
mariées. Elle nous dit : «
Quelques temps après ma mère
mourut : elle nous laisse seuls au milieu de tout ce
monde. C’était le chao, le désespoir. J’aurai dû dire la fin.
Je ne savais pas que la mort était une honte
». Devenus
orphelins de mère, Baba et ses frères vivent une crise
totale car, la mort ou l’absence de leur mère les laisse
sans défense.
Levyet al (2001) dans la même problématique de crise
du sujet montrent que, les crises, les accès, les poussées
évolutives apparaissent dans le discours psychiatrique
pour définir un état temporaire de déséquilibre, de
changement remettant en question l’or
dre ou la
stabilité du sujet et dont l’évolution est ouverte et
variable. La crise participe ainsi de la succession de deux
temps, celui de l’incertitude et de l’indécision, de
l’angoisse ou d’un sentiment de rupture, puis celui de la
résolution, d’une iss
ue favorable ou défavorable. Baba
nous informe à ce sujet : «
les gens se moquaient de nous
comme quoi ; nous étions des orphelins et nous serons
tous des rates : on nous chassait partout dans la famille
en disant que nous étions finis et que nous trainions la
mort avec nous
».
Levyet al (2001) dans la crise du sujet insistent sur les
notions de changement, de cassure et de sature
impliquées dans l’état de crise. Ces changement,
cassure, et sature portent dans l’espace transitionnel sa
double signification d’être à la fois un temps de passage,
un espace de créativité et de construction imaginaire.
C’est ici que la crise participe d’une théorie du sujet et
qu’il est possible de for
muler que le sujet se saisit dans
la crise, se dépose en elle, non sans le risque de sa
propre perte,
de s’y abandonner en tout ou en partie.
C’est pourquoi il faut bien entendre que sous la crise, se
dessine un choix ou un partage entre deux voies, que
Derrida a pu ainsi formuler : «
La voie du sens et celle du
non-
sens ; de l’être et du non
-être. Partage à partir
duquel, après lequel, le logos, dans la violence nécessaire
de son irruption, se sépare de soi comme folie, s’exile et
oublie son origine et sa propre possibilité
» (Derrida,
1967, p. 97). Tavoillot (2013) parle alors des «
chaos des
âges
» pour décrire ce changement de tendance dans le
processus de développement des individus. En effet, les
crises sont des moments de ruptures non seulement des
trajectoires
La théorie d’Erikson repose sur trois assertions. La
première est que le « Moi » est façonné par la société ;
la seconde est que l'individu vit dans un processus
continu de croissance et de changement, et la troisième
affirme que l'individu est reprogrammé dans sa capacité
à traverser ses stades de développement. Ainsi, doit-on
dire avec Bedard (1983) que nul ne peut contredit que
c’est grâce à Erik Erikson que l’on doit recourir pour
retrouver les fondements de la notion de crise lorsque
celle-ci est appliquée à la dynamique individuelle ? La
notion de crise, constate Bedard chez Erikson, s'insère
d'abord et avant tout dans la perspective d'une
dialectique développementale. Car, c'est lorsque «
l’être
croissant
» est confronté à des situations qualifiées à
juste titre de
« provocations
» qui réclament la mise en
place de données structurales, engendrées par
l'interaction
constante
entre
l'organisme
et
l'environnement, qu’il est appelé de poser, d'une façon
consciente ou inconsciente, des gestes précis. Ce sont
précisément
ces
provocations
qui
alimentent
l'éventualité du conflit car, «
dans chaque étape
successive
,
il faut voir une crise potentielle à cause du
radical changement de perspective qu’elle entraîne
»
(Erikson, 1972). Il va sans dire que les chercheurs
utilisent dans ce cas les concepts de crise d'identité, de
bouleversement
intérieur,
de
déséquilibre
psychologique, de désorganisation personnelle. Nous
rencontrons, d'autre part, ceux qui soutiennent que
l'adulte, tout en continuant à évoluer sur tous les plans,
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doit faire face à des changements lui permettant de
s'adapter, même si la chose n'est pas toujours facile, aux
multiples situations qui marquent normalement cette
période de la vie. Dans ce cas, ce sont surtout les
concepts de transition, de passage, de transformation
qui sont mis en relief.
La crise de développement nait de la vulnérabilité dans
laquelle vit la personne parentifiée en rapport avec les
transitions de la vie. Ghliss et Voskresenskaya (2018)
proposent de penser la vulnérabilité comme un concept
« fluide » qui s’échelonne d’une v
ulnérabilité « ordinaire
»
à
laquelle tout être humain est confronté, qu’elle soit
liée
à
notre dépendance par rapport aux relations
sociales ou
à
des périodes particulières de la vie comme
l’enfance ou la vieillesse, ou encore maladie, vers une
vulnérabilité plus « spécifique » laquelle peut être
permanente, irréparable, comme dans le cas des vies
endommagées par des maladies incurables ou
handicaps, ou relative
à
des conditions d’existence
externes (précarité, chômage, situation illégale, etc.),
mais qui peut tout autant affliger toute vie ordinaire.
Plus qu’un statut ou une identité, la vulnérabilité
désigne une condition ; elle autorise des changements
fluides de degré ou de contexte. La parentification et
donc les trajectoires de la vie de l’individu ont un impact
sur le développement du sujet, la construction de son
identité et de sa dignité et son bien-être global. A 48 ou
50 ans environ,
Désiré
vit une crise totale dont il est
inconscient. Il se comportement comme un jeune
adolescent, ou un jeune adulte qui doit encore s’affirmer
au lieu de s’imposer, au lieu d’être stable
psychologiquement, moralement et sur tous les plans de
la vie. Car, durant nos entretiens, nous lui demandions si
le fait de s’occuper de toute sa famille, le fait de devenir
celui que son grand-père a choisi ou pour reprendre ses
propres termes « sacrifié
» pour maintenir l’équilibre
familial et répondre aux besoins de tous n’a pas eu de
conséquence dans sa quotidienneté ?
Désiré nous répond en ses termes : «
Ce système, ce
mode de vie a eu impact dans ma vie, ma jeunesse, ma
vie propre à savoir que je n’ai pas eu à bénéficier de mon
enfantillage ou je n’ai pas vécu normalement mon
enfance… regardant dans les meetings, les patrouilles
dans l’ensemble, je n’ai p
as eu à bénéficier de ça parce
que toutefois, ma grand-
mère rappelait que c’était des
mauvais couloir, et aujourd’hui, dans mon vieux âge, je
revoie encore ce temps précieux où je suis ignorant de
ce qui se passait,
j’essaye aussi de m’habillé comme je
suis habillé maintenant là. Comme un yoor, on dit
vulgairement au quartier, je suis un yoor nooorr, tout le
monde m’appelle papa yoor
?
Désiré se réclame de quelque chose, quelque chose lui
manque dans son fond intérieur qu’il doit absolument
combler mais qu’il ne pourra. La jeunesse est une
période passée qui se réclame toujours en lui, car il n’a
pas eu le temps de vivre avec les enfants de sa tranche
d’âge
pour
pouvoir
satisfaire
ce
stade
de
développement. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il essaie en
vain de rattraper cette épisode, il se comporte comme
«
un yoor, s’habille comme tel, il est fier quand on dit de
lui dans son quartier qu’il e
st un père yooorr
» !! Que
veut dire faire, vivre, s’habiller, se comporter, agir,
comme un yoor ? Cette expression de « yoor » que
Dériré nous fait découvre dans ses propos est un style,
un mode de vie particulier, une façon très particulière
de s’habiller comparable à un
jeune-homme, un jeune
adulte immature ou mature.
Mais son comportement n’a rien à avoir avec ce qu’il se
représente ou qu’on pense de lui. Ce qui est évident ici
est que Désiré traverse une crise de développement, ce
qu’envisageait Erikson (1973). Car, il n’a pas su
structurer ce stade de développement,
il n’a pas
bénéficié entièrement de sa jeunesse. Il a grandi avec
des personnes plus matures, des personnes âgées qui lui
ont fait croire qu’il n’était pas nécessaire d’être avec les
enfants de sa classe, ou de même génération que lui. Or,
entretenir des relations avec les enfants de même
catégories, est une expérience capitale au bon
développement et au bien-
être du sujet. Ce qui fait qu’à
60 ou 65 ans, Désiré veut toujours se comporter comme
un jeune garçon. Il est fier de dire qu’il est un père
Yooor. Il
s’apprécie, se donne de la valeur en revivant à
plus de 65 ans ce stade, ses périodes de jeune qu’il
essaie de rattraper mais en vain. Car, ce qui est drôle est
que Désiré est parfaitement conscient qu’il n’est plus
jeune et ne devrait plus se comporter comme tel. Mais
malheureusement, il se vit dans sa peau.
«
Moi aussi je suis yoor, peu importe ce qu’on dit de mon
vieil âge et tout ça,(…) mais je veux m’habiller aussi
comme avant, c’est bien avec moi donc, je suis avec mes
qualités je fréquente déjà maintenant les bars, pour
essayer de voir ce que je devais viv
re à l’époque
-là, pour
essayer de comprendre ce qui devait se passer à
l’époque
-là et ce qui se passait même. Donc je passe
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maintenant le temps de bal, de meeting, et tout ça, et
tout et tout (…) je courtise même des jeunes filles, cette
vie-
là je ne l’ai jamais eu, je ne l’ai pas connu, c’est pas
de ma faut. Voilà à peu près ça
» !
Ce qui se passe actuellement avec
Désiré
c’est qu’il
cherche à renouer des liens entre son passé douloureux
et son présent. Il sait pertinemment qu’il n’a plus l’âgé
de s’habiller comme un jeune homme, il est conscient
qu’il a déjà atteint un âge avancé mais il se comporte
malheureusement comme un jeune de 25ans. Cet acte
consiste à palier des aspects n’ont acquis, n’ont vécu
durant son enfance, son adolescence et durant l’âge
adulte. Désiré est engagé aujourd’hui dans une
concurrence presqu’inutile cherch
ant à prouver à ses
amis d’enfance, qui aux temps passés, s’étaient mariés,
avaient des enfants, afin de les affirmer qu’il est lui aussi
capable, d’avoir les enfants, se marier, changer des
femmes, fréquenter des points chauds… En cherchant à
le prouver,
Désiré se justifie qu’il attendait le bon
moment, le moment idéal pour faire sa vie. Or, l’on sait
qu’il vit une réelle crise développementale, une phase
d’ajustement, de réajustement, de compensation, des
réintégrations des aspects biologiques, psychologiques
physiques, relationnels qui lui ont échappé du moment
qu’il était sous l’emprise totale de sa grand
-mère.
Pour Brigaillère et Pontbriant (2019) un ou plusieurs
événements biographiques peuvent être à l’origine de
l’interruption de la fluidité du parcours d’un sujet le
conduisant à un «
carrefour à enjeux
». Quelque chose
vient éprouver le sentiment de stabilité et de nouvelles
interrogations existentielles apparaissent. Des conflits
d’engagement, de valeur, de loyauté viennent perturber
le sens de la vie. Le cas de Lyne est un bon exemple à
prendre en compte ici. Elle est une jeune adolescente de
15 ans qui reconstruit son histoire en ces termes : «
Je
m’appelle lyne, j’ai 15 ans, je vis paisiblement avec mes
parents et mon frère. Mon père est âgé et retraité et ma
mère était une jeune infirmière qui est morte dans un
accident de circulation alors qu’elle revenait de congé
dans son village. Je n’avais que 10 ans. Mon père n’a pas
pu digérer la perte de sa femme et a commencé à boire.
Il buvait en quantité pour pouvoir oublier sa peine, il
buvait au point de devenir irresponsable en nous
délaissant (…) Je devais alors m’occuper de la maison, de
mon petit frère et même de mon père. Je suis devenu la
femme de la maison. J’ai pu faire part de mon attitude
de faire les tâches ménagères qui m’étaient incombées
au sein du domicile familial. Quelques années plus tard,
mon père est atteint d’un cancer de foie. J’étais donc
appelé à lui porter secours, j’ai pu ainsi me porter
présente émotionnellement auprès de mon père durant
ses derniers jours
. ». Trois éléments majeurs vont
marquer ce récit de Lyne. D’abord la perte tra
gique de
sa mère lorsqu’elle n’avait que 10 ans, ensuite,
l’abandon familial du père et enfin le cancer et la mort
de son père. Le père abandonne la seule famille qui lui
reste juste parce qu’il n’a pas pu supporter le choc, la
situation traumatique d’avoi
r perdu sa femme. Lyne va
donc devenir la mère protectrice et répondre à tous
besoins de sa fratrie.
Les événements de la vie peuvent déboucher sur une
bifurcation que Bidart (2006, p. 32) définit comme
«
l’apparition d’une crise ouvrant un carrefour
biographique imprévisible dont les voies sont elles aussi,
au départ, imprévues
», même si elles vont rapidement
se limiter à quelques alternatives, au sein desquelles
sera choisie une issue qui induit un changement
important d’orientation. Une annonce subite ou une
situation imprévue fait irruption dans la vie du sujet et
le fait basculer de façon irréversible. Brusquement, le
sujet doit faire face à une nouvelle orientation de vie,
qui peut s’avérer chargée de facteurs déstabilisants.
C’est ce qui ressort des propos de Baba qui pense
qu’après le décès de sa mère, il fallait abandonner tous
ses propres projet
s pour s’occuper de l’éducation, de la
santé, du logement et de la nutrition de ses frères et
sœurs, les voir grandir normalement et même si cela lui
coutait sa propre vie. «
… j’avais plus
d’affection pour,
mes frères et sœurs, je ne pense qu’à eux et je
fais tout
pour eux au point de m’oublier moi
-même
(…),
Il fallait
murir mes frères et sœurs abattus et désespérés
; j’ai du
tout abandonné pour m’occuper de mes frères et sœurs.
Dès lors, je suis devenu forte, adulte, mature malgré
mon jeune âge. Je n’avais que 19 ans. A cet âge, j’ai
acquis des responsabilités parentales qui pesaient sur
mes épaules : je suis devenue précocement la mère, le
père absent imaginaire, la confidente de la petite famille
de ma mère. On a changé mon nom à celui de mère,
notre m
ère et c’est comme ça que je suis devenue
mature étant toute jeune
: j’inscrivais mes frères et
sœurs à l’école
; je gérais les petits problèmes de famille
bref j’étais
; je suis la mère : quelque temps »
N’est
-ce pas Ferenczi (1932) parlait de «
processus de
nourrisson savant
» pour désigner tout enfants dont la
maturation est trop rapide. Baba est donc à comparer
avec ce nourrisson savant donc parle Ferenczi. La
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parentification tant alors à désigner un moment de la vie
ou l’enfant, par le surpoids des charges anticipe
précocement son développement. C’est dans ce sens
que Minuchin (1967) utilise, quant à lui, le terme enfant
parental pour désigner un enfant qui, par un contexte
économique
défavorisé,
assume
certaines
responsabilités au sein du foyer familial. C’est presque
que la même expression que formule Le Goff
(2005) quand il parle « enfant adultifié ». La
confrontation à l’épreuve de la parentification remet e
n
cause les modes de vie et de pensée habituels.
2)
Pratiques parentales parentifiantes
.
Les parents influencent
l’adaptation sociale de leurs
enfants de multiples façons. Ils doivent en premier lieu
favoriser le développement d’une
relation parent-
enfant harmonieuse et aider l’enfant à acquérir des
habiletés émotionnelles et sociales. Deuxièmement, ils
doivent organiser et offrir un environnement sécuritaire
qui favorise le jeu et l’exploration. Enfin, les parents
doivent encadrer l
’enfant, mais également l’encourager
à l’autonomie (Parke & Buriel, 1998). Ces différents rôles
sont compris sous le vocable général de «
pratiques
parentales
», qui chapeautent notamment les «
pratiques éducatives » et la « qualité relationnelle »
parent-enfant. Les pratiques éducatives se rapportent
aux différents moyens qu’adoptent les parents pour
éduquer et socialiser leur enfant. Habituellement, ces
pratiques
regroupent
des
dimensions
comme
l’engagement, la supervision et la discipline (Shelton,
Frick, & Wooton, 1996).
L’engagement dans une pratique éducative parentale
consiste en trois choses : l’engagement direct envers
l’enfant (quantité et qualité de temps accordé à
l’enfant); l’accessibilité et la disponibilité et enfin la
responsabilité pour le bien-être général d
e l’enfant
(Pleck, 1997). La supervision consiste en l’encadrement,
la surveillance ou la participation aux activités de
l’enfant (Hamel, 2001). Par contre la discipline quant à
elle comprend l’ensemble des moyens utilisés pour
contrôler le comportement de
l’enfant.
Par ailleurs, d’autres chercheurs ont plutôt étudié les
pratiques parentales sous l’angle de la qualité
relationnelle parent-enfant. Par exemple, Maccoby et
Martin (1983) conceptualisent la qualité relationnelle
selon deux axes. Un premier axe correspond au degré de
sensibilité des parents aux besoins de l’enfant (variant
de chaleureux et réceptif à fermer et rejetant). Un
deuxième axe examine le degré d’engagement et
d’exigence des parents (variant exerçant un contrôle
excessif et exigeant à permissif ( Vitaro et als 2008).
D’autres résultats démontrent que la chaleur et la
sensibilité des mères, évaluées quand leur enfant est
âgé de 12 mois, prédisent les habiletés sociales de
l’enfant quand il atteint l’âge de 54 mois (Steelman,
Assel, Swank, Smith & Landry 2002). De plus, selon ces
auteurs, le type de discipline préconisé par la mère
jouerait un rôle médiateur entre la chaleur maternelle
et les habiletés sociales de l’enfant. En effet, les mères
chaleureuses sont moins enclines à utiliser la punition,
physique ou autre, dans leurs pratiques disciplinaires, ce
qui en retour favoriserait le développement de
comportements sociaux.
Enfin, plusieurs chercheurs incluent dans l’étude des
pratiques parentales le sentiment d’efficacité vécu par
les parents dans l’exercice de leurs rôles parentaux. Sans
être une pratique éducative comme telle, cette
composante viendrait influencer
les
pratiques
parentales. Ainsi, un sentiment d’efficacité élevé
entraînerait une réponse plus positive de l’enfant alors
qu’à l’inverse, un faible sentiment d’efficacité serait
associé à des niveaux plus élevés de frustration des
parents et de comportements de méfiance de la part de
l’enfant (Jones &Prinz, 2005). À la lumière d’une
recension des études visant à évaluer le lien entre les
pratiques parentales et les difficultés de comportement
chez les enfants Vitaro
et
ses
collaborateurs,
répertorient quinze études qui ont pris en considération
à la fois les pratiques parentales des mères et celles des
pères.
Ils constatent que la majorité des études répertoriées
ont établi des liens entre certaines dimensions des
pratiques parentales (l’expression d’affects négatifs,
l’hostilité et les punitions corporelles) et la présence de
difficultés de comportement chez les enfants.
De plus, la qualité relationnelle notamment un faible
niveau de sensibilité et des affects de nature négative
semble jouer un rôle prépondérant dans le
développement des difficultés de comportement chez
les enfants. Les parents au lieu d’attrib
uer de tâches ou
des responsabilités plus lourdes aux enfant par rapport
à leur âge, devraient assumer leur fardeau et mieux
s’occuper de leurs enfants afin que ceux
-ci puissent
bénéficier de l’attention, de l’éducation, de la part des
parents pour se développer normalement. Les pratiques
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parentales (bonnes ou mauvaises) influenceront sur le
développement psychosocial de l’enfant et par
conséquent son bienêtre.
L’inversion
des
rôles
parents
-enfants
a
des
conséquences énormes au sein de la famille. Ces
conséquences seront tant positives que négatives. Le cas
de Lyne par exemple nous a permis de mesurer le type
d’attachement, le type de relation qu’elle entretient
envers ses deux parents. La jeune adolescente de 15 ans
est plus attachée à sa mère malade, veille sur elle, la
protége. Dans ce cas de figure, les deux fonctions de la
prantification sont ressenties. Au sein du système
familial, l’on relève deux fonction
s de la parentification:
d’abord une fonction émotionnelle, basée sur la
médiation, la confidence et le soutien moral que Lyne
apporte à sa mère. Elle se substitue en père pour
consoler sa mère. La deuxième fonction de la
parentification qu’il faut prendre
en compte ici est celle
« instrumentale » car basée sur les tâches matérielles,
comme soigner physiquement un parent ou s’occuper
de la maintenance de la maison. Elle est donc plus
accablée par la satisfaction des besoins psychologiques
de sa mère. Les pr
opos de Lyne ne vont pas à l’encontre
de cette double fonction de la parentification. Elle
souligne d’ailleurs que
:
« j’ai été obligé de rentrer au
village pour être auprès de ma mère et pour pouvoir
m’occuper d’elle, car
mon père était tiraillé par ses
autres épouses. Je m’occupais d’elle, je lui donnais tout
soutient, réconfort, je faisais des jobs pour avoir de
l’argent et amener la mère à l’hôpital, je veillais à ce
qu’elle prenne ses médicaments … Ce n’était pas facile
mais je me bâtais. J’aimais bea
ucoup ma mère et sa
maladie m’a vraiment déstabilisé. Mais mon père par
contre… je le déteste
».
Par contre avec son père, Lyne n’avait pas la même
affection. Car, dit-elle «
mon père était responsable de
ce qui arrivait à ma mère, à moi ainsi qu’à mes frères et
sœurs… Je l’ai toujours détesté
». Lyne va donc vivre une
enfance
traumatisante. Une situation de vie qu’elle
qualifie elle-même de «
chaotique », de « désespoir »,
« apocalyptique
» au point où « j’ai tout abandonné pour
m’occuper de mes frères et sœurs et de ma mère
malade
».
A cet âge, j’ai acquis des responsabilités
parentales qui pesaient sur mes épaules : je suis devenue
précocement la mère, le père absent, imaginaire, la
confidente de la petite famille de ma mère »
. Baba aussi
dira que cette charge «
était devenue trop fort pour
moi
», c’est
-à-dire difficile à supporter. Lyne est
protectrice envers sa mère « fragile » et vulnérable. Ce
qui fait que, malgré son jeune âge, elle se met dans des
situations parentales afin de pallier l’incapacité de sa
mère à diriger la famille. Laquelle incapacité est
provoquée par la maladie. Face à la demande
parentifiante, Lyne pouvait ressentir de l’injustice, de la
colère, de l’agressivité envers tous ses parents par
moment.
3)
Que dire du bien-être des sujets parentifiés?
Les recherches du bien-être dans le domaine de la santé
accordent l’attention à la «
qualité de vie » et à la
« quantité de vie ». Plusieurs dimensions permettent de
comprendre l’état de bien
-être tant psychologique que
social du sujet : acceptation de soi, les relations avec les
autres, l’autonomie, maitrise de son environnement, la
croissance personnelle, l’estime de soi, l’équilibre,
l’engagement social, la sociabilité, le contrôle de soi, le
bonheur, le niveau de satisfaction de vie, la santé
mentale (Voyer et Boyer, 2001).
Pour L’OMS, la santé mentale recouvre à la fois ses
versants positifs et négatifs. La santé mentale
psychologique est définie comme «
un état complet de
bien-être physique, mental et social, ne consistant pas
seulement en une absence de maladie ou d’infirmité
».
Moro (2010) en s’appropriant cette conceptualisation
de la santé mentale, précise que la santé mentale ne
correspond pas seulement à l’absence de troubles
mentaux. C’est également un état de bien
-être dans
lequel chaque personne réalise son potentiel, fait face
aux difficultés de la vie, travaille avec succès de manière
productive et peut apporter sa contribution à la
communauté. La santé mentale relève dès lors deux
versants : positif et négatif et donc la détresse et le bien-
être psychologique. La
détresse s’exprime à travers des
comportements de colère, d’irritabilité, un sentiment
d’anxiété, d’épuisement, une tendance à se dévaloriser,
à s’isoler et un refus de s’engager. Le bien
-être à
contrario s’exprime par un sentiment d’équilibre et de
vital
ité, de valeur, de maitrise et d’efficacité
personnelle. Il se traduit également de la recherche des
relations, un besoin de s’engager dans les projets avec
autrui et de partage d’expérience mutuelle. La santé
psychologique à l’origine s’appréhension de ma
nière
générale quelque soient les sphères de vie concernées.
Dans une étude, Deschenes et Capovilla (2016)
s’expriment que, la personne qui éprouve un bien
-être
psychologique se sent sereine, en paix avec elle-même,
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s’apprécie, apprécie ses réalisations, elle est toujours à
l’écoute et entretient de belles relations avec son
entourage. A l’inverse, les individus en état de détresse
psychologique éprouvent de l’agressivité, de l’irritabilité
et de l’impatience à l’égard d’autrui. Face à eux, ces
individus se sentent anxieux, tristes, dépressifs, stressés,
peine à affronter leurs problèmes, se sentent diminués
et voir même inutiles. Deschenes et Capovilla (2016)
tirent
comme
conclusion
que
l’auto
-efficacité
émotionnelle est un déterminant clé de la santé
psychologique.
Voyer et Boyer (2001) en faisant une récession des écrits
sur le bien-être psychologique et ses concepts voisins
mettant en relief les travaux de Ryff (1995) ; Massé et al
(1998) ; Bradburn (1969) ; Bryant et Veroff (1988).
Bradburn (1969) par exemple, donne avec tant de
précisions les éléments qui permettent au mieux de
définir le bien-être psychologique. Ainsi, les sentiments
intérieurs tels que : le sentiment de compétence,
l’estime de soi, les relations affectives, l’optimisme et le
bonheur sont des dimensions clés, le bien-être
psychologique étant la prépondérance des affects
positifs sur les affects négatifs. Bryant et Veroff (1988)
conçoivent le bien-être psychologique comme un
sentiment de bien-être, la perception de soi, les
symptômes de détresse et
l’adaptation de la personne
aux circonstances de la vie. Certains chercheurs
apportent plus d’attention sur le soutien social en
estimant que l’influence du réseau est fondamentale sur
le bien-être psychologique. Car, le réseau social exerce
un contrôle sur la vie de sujet. Ce qui est capital sur le
bien-être psychologique.
quatre dimensions permettent de caractériser la bien-
être psychologique : les caractéristiques personnelles à
savoir : son âge, état civil, mode de résidence,
enracinement ;
les
stress
personnel
et
environnemental : perception de sa résidence, de son
quartier, des revenus ; la troisième dimension se
rapproche aux facteurs cognitifs avec notamment le
système de croyance et enfin la dernière dimension fait
référence aux variables relationnelles donc au réseau de
soutien (satisfaction du soutien, soutien émotionnel,
réseau total, fréquence des rencontres et soutien
instrumental). L’approche de Ryff (1995) donne six
dimensions du bien-être et permet de généraliser toutes
les dimensions que ces prédécesseurs ont proposés. Ces
six dimensions du bien-être psychologique sont entre
autre
: l’acceptation de soi
; la relation avec les autres ou
l’ouverture du sujet au monde extérieur
; l’autonomie
du sujet ; la maitrise de son environnement ; avoir des
buts tout en ayant la capacité de percevoir en sens dans
ses relations passées et présentes ainsi que les
croyances qui donnent sens à sa vie enfin, la dernière
dimension touche le volet de la croissance personnelle
ou du développement du sujet.
Ce qui signifie dans cette dernière dimension que, la
personne doit s’épanouir, grandir, et bien se
développer. Le sujet est ouvert aux nouvelles
expériences et a le désir de réaliser son plein potentiel.
S’il faut revenir sur la dimension qui met l’accent
sur
l’ouverture au monde, l’on peut dire que, lorsque le
milieu ou l’entourage renvoie à l’individu parentifié une
image positive de lui-même, il joue un rôle essentiel
dans le maintien d’une estime de soi satisfaisante de ce
dernier. Cette approche de Ry
ff (1995) n’est pas
totalement différente des six dimensions du bien-être
que propose Massé et al. (1998) à savoir
: L’estime de
soi
; l’équilibre (stabilité en terme d’émotion, de
relation)
; l’engagement
; la sociabilité ; le contrôle de
soi et le bonheu
r. L’indice du bonheur étant la capacité
qu’a l’individu de se sentir bien dans sa peau, de jouir
pleinement de sa vie, d’avoir un bon moral et se sentir
bien en forme.
C’est ce que nous relevons des propos de
Désiré
quand
il dit : «
Dieu a béni
…
je vois comment cette famille a
grandi, comment elle évolue, comment les uns des
autres sont heureux, l’encadrement. Ils sont devenus des
responsables, … même jusque
-là, je ne baissais pas les
bras
» Or l’indice d’estime de soi fait référence au fait de
se sentir en confiance, s’apprécier, se donner de la
valeur à soi-
même, s’aimer, se voir utile, fier… Toutefois,
le bien-être psychologie ne compose pas toujours ou
seulement de variables positives. Car, il faut également
voir les dimensions négatives qui l’accompagnent
comme
: l’anxiété, la dépression, l’agitation, la
frustration.
Tout au long de son développement, l’individu doit
retrouver son équilibre psychosocial. Le concept de soi
joue un rôle clé et central dans le développement de la
personnalité, comme le soulignent les grandes théories
psychologiques : un concept de soi positif est à la base
d’un bon fonctionnement social et professionnel et de
lui dépend, pour une bonne part, la satisfaction
personnelle et le sentiment d’être bien avec soi
-même
(Goni et Zulaika, 001). Dans leur étude, Stéphan et
The American Journal of Social Science and Education Innovations
35
https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei
The American Journal of Social Science and Education Innovations
Maiano (2006), abordent les répercussions des résultats
d’un examen sur l’estime de soi global des étudiants. Ils
partent des travaux de Rosenberg (1979) qui définit
l’estime globale de soi comme un sentiment qu’éprouve
un individu à l’égard de ce qu’il pe
nse être. Ainsi, dans
son histoire de la parentification,
Désiré
n’a hésité de
nous faire part de ces émotions actuelles. «
Je suis très
ravie de la lourde charge que m’a laissé ma grande
famille, je suis vraiment de même sentiment fraternel
avec eux, aujo
urd’hui, ma grande famille se déroule bien.
Tout va bien avec mon concours et ma bénédiction qui
m’a été versé de mes grands
-parents, je puis déjà dire
que je suis très fière d’être chef de ma grande famille et
ça me rapporte beaucoup dans cette fraternité que je
fais aux uns et les autres font aux autres. C’est
-à-dire
après moi, mes petits-
frères s’en charge déjà aux
subordonnés qui ont toujours besoin
(Désiré).
Désiré éprouve ce sentiment de satisfaction, une paix
interne car, le processus de parentification s’est déroulé
d’une manière positive, avec reconnaissance, respect,
encouragement, des uns envers les autres. Ce qui le rend
plus fière, c’est le fait qu’il n’est plus seul à s’occuper de
la famille, ces frères ont grandi, ils travaillent, et sont
aujourd’hui reconnaissant de ce qu’il a fait pour eux.
D’où cette immense joie. Mais supposons un seul instant
que ces frères ne s’occupaient pas de lui après tout c
e
qu’il les a fait
? Quelle sera sa réaction, son
comportement à leur égard
? Qu’est
-
ce qu’il peut
ressentir dans ce cas ? Haine, jalousie, querelle,
violence, souffrance et douleur psychique intense.
La parentification, lorsqu’elle est destructive met
l'enfant au centre de tout reflèt. L’individu éprouve une
incapacité à définir ses règles et ses limites. Au lieu
d'encourager son estime de soi, cela renforce la
difficulté à accepter la frustration parentale. En effet,
des contraintes et des frustrations que subit l’enfant au
sein de sa famille risquent d’entrainer de sérieux
problèmes d'investissement ainsi que d'intégration au
groupe. Ces difficultés provoquent des blessures
narcissiques qui mettent l'estime de soi du sujet
parentifié à rude épreuve. Les parents qui n’arrivent pas
à reconnaitre par exemple les efforts de l’enfant pour
l’encourager, les parents qui prennent leur enfant pour
sacrifice, pour des bourreaux sans même tenir compte
de l’âge de
ce dernier ne peuvent qu’accentuer leur
manque t’estime. Le déni de reconnaissance à un impact
sur la construction de l’estime de soi.
Les théories du « soi » et de « l'estime de soi », la
perspective du « soi miroir », considèrent que le
concept de soi se développe sur la base des interactions
avec les autres. Dans cette perspective, Cooley (1902)
avance l'hypothèse selon laquelle le sentiment de valeur
de soi serait une construction sociale façonnée par les
interactions avec l'entourage et, cela, dès l'enfance. Cet
auteur introduit le concept de « l'effet de miroir social ».
L’expression désigne «
le regard des autres qui renvoie
des indications permettant au sujet de connaître
l'opinion qu'ils ont de lui
» (Lorinquer, 2005). Cette
opinion serait, par la suite, incorporée à la perception de
soi, une perception qui dépend étroitement de la façon
dont le sujet est perçu ou pense être perçu par Les
autres. Dubar (2000) préfère parler «
d'identité pour soi
et d'identité pour autrui
» pour montrer cette dimension
à la fois subjective et social de l’estime de soi.
Ainsi, la valeur que nous nous attribuons en tant
qu’individu
est
le
produit
de
dynamiques
interpersonnelles et sociales complexes. Pris dans ce
sens, l’estime de soi se définit comme un «
reflet des
évaluations de soi par autrui » (Crozet & Martinet,
2003). Pour ces auteurs, la menace exercée sur le
concept de soi par la possession d'une identité sociale
dévalorisée par autrui conduit directement à une
réduction d’estime de soi. La qualité des relations que
l’on entretient avec son milieu de vie ( famille,
quartier,
l’école, collègues, amis …) contribue à la coconstruction
d’une bonne ou mauvaise estime de soi. C’est ce qui
s’exprime des propos de Désiré dans cet énoncé
: «
Les
mamans qui sont là et qui nous regardent, je dois dire
une chose c’est que je ne suis plus le seul à répondre à
leurs besoins comme avant. Mes petits-frères sont là et
je suis fier de cette école. Cet apprentissage, cette
fraternité qui a grandi dans notre famille et je salue
ceux-
là qui m’ont formé au départ, je me disais que ce
n’était pas bien, mais, je constate que c’est une bonne
chose, je salue et j’aime cela et je continue avec le travail
dans la sérénité et avec bon cœur dans une réussite. La
famille doit toujours aller en avant et j’ai compris le
secret de la grande famille africaine en particulier la
famille Ndong Ntsama en Nsimalen, derrière cet
apprentissage que j’ai eu et que j’ai mis en pratique
».
Selon Crozet et Marinet (2003) c’est durant l’enfance et
l’adolescence que l’image construite par l’individu lui est
principalement renvoyée de son groupe social de
référence. De ce fait, lorsque le milieu ou l’entourage
renvoie aux enfants une image posit
ive d’eux
-mêmes, il
The American Journal of Social Science and Education Innovations
36
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The American Journal of Social Science and Education Innovations
joue un rôle essentiel dans le maintien d’une estime de
soi satisfaisante de cet enfant. Ils font une recension des
écrits relatifs aux multiples possibilités des fluctuations
de l’estime de soi (Glen & Banse, 2004
; Blascovitch &
Tomaka, 1991). Pour leur part, Glen et Banse (2004) par
exemple pensent que les possibles fluctuations de
l’estime de soi peuvent être modifiées positivement ou
négativement, ou peuvent résister aux manipulations.
C’est ce qu’on a compris avec certains de nos
interviewés comme c’
est le cas de
Désiré
qui déclare :
«
Oui, cette responsabilité ne m’a pas seulement
apporter que ce retard, ces méfaits que je déplorent là,
ça m’a aussi apporter beaucoup de soutien, de bien à
savoir la gratitude que j’ai dans la région de Nsimalen, la
responsabilité où partout on m’appelle
et me propose
des postes de responsabilité par exemple
(Désiré).
Pour Lorinquer (2005) l'estime de soi est une dimension
fondamentale de la personnalité. Ainsi, pour un bon
équilibre psychique, l’individu et généralement l'enfant
a besoin de se sentir apprécié, valorisé et compétent.
L’estime de soi au sens de cet auteur, est un besoin vital
qui procure à chaque personne ce sentiment de sécurité
nécessaire pour pouvoir aborder les difficultés de la vie
avec une certaine confiance. Elle développe en soi un
sentiment d’appartenance et d’acceptation au groupe (
famille, école, travail et dans la société de manière
générale). Dans littérature scien
tifique, l’estime de soi
englobe une terminologie multiple et variée. Ainsi, l’on
parle généralement de conscience de soi, de perception
de soi, de concept de soi, de représentation de soi,
d'image de soi et même de l'identité (Lorinquer, 2005).
Certaines personnes, au lieu de développer une image
positive
d’elles
-mêmes,
sont
plutôt
blessés,
psychiquement, émotionnel et ont des comportements
à part par rapport aux autres. Ces individus sombrent
dans une extrême et totale vulnérabilité car, ils n’o
nt pas
suffisamment des ressources nécessaires pour faire face
au choc, à l’adversité et combattre au mieux la famille
parentifiante. La parentification surtout lorsqu’elle est
destructive peut avoir des influences négatives sur
l’ensemble du soi individue
l. Elle peut même être source
de stigmatisation du sujet parentifié. Ainsi, les groupes
stigmatisés du fait de la parentification parce qu’ils sont
confrontés à une dévalorisation de la part des autres,
devraient logiquement souffrir d’un déficit en estime
de
soi.
4)
Quand tout est histoire d’un destin
: la
parentification comme don ou legs.
Selon Le Goeff (2005), reconnaître la parentification d’un
membre d’une famille passe par des différentes variétés de
ses aspects cliniques. La parentification ne se réduit
toujours pas à la question de l’hypermaturité de l’enfant
comme résultante de l’imm
aturité de ses parents; elle
prend des formes variées en fonction de la configuration
spécifique du contexte familial et des relations
intergénérationnelles. Le cas de Désiré mérite une
attention particulaire. Son histoire nous a permis de voir
une nouvelle cause ou forme de processus de
parentification qui peut exister dans certaines familles. Une
parentification que nous qualifions de «
legs
». Elle est
donc fonction de sa destinée, et tient particulièrement
compte du contexte familial. L’attribution volontaire de
responsabilités à certains membres de famille, le
phénomène de succession, d’enfant remplacé sont négligés
par des thérapeutes f
amiliaux or, l’on observe des indices
de parentification. L’histoire de Désiré est un cas spécifique.
Enfant de remplacement, Désiré nait quand son grand-père
est sur le point de mourir. Car Désiré est choisi comme
successeur de son grand-père dès sa naissance et quelques
années après, il est appelé de prendre en main la lourde
responsabilité de toute la famille selon le strict respect des
derniers vœux de son grand
-père.
Il relate: «
Mon grand-père au nom de Ndong a eu à
engendrer au monde deux fils. L’un des deux fils a eu
à
engendrer quatre enfants. Trois filles et un seul garçon.
malheureusement, le garçon est parti à l’âge de huit ans et
il est resté avec trois filles. Le second enfant de grand-père
n’a pas donné d’enfant déjà…le grand
-père restant avec ses
trois filles et désespéré même à la limite, parce que notre
coutume dit
qu’il faut avoir des enfants garçons pour
protéger l’héritage. Parce que, la coutume béti
: la fille doit
partir en mariage. Grand-père étant fâché, il ne cessa de
demander à la grand-mère je veux un fils. La grand-mère
déjà la phase ménopause ne pouvait rien. Une autre chance
lui sourit quand il était sur son lit d’hôpital en agonisant
même, on lui rapporte une nouvelle : ta première fille venait
de mettre au monde un garçon. Le premier mot qui était
sorti de sa bouche était c’est moi
-
même d’où je porte son
nom moi-
même parlant maintenant…. Deux ans après qu’il
était parti, il a dit à la grand-mère avant de parti, je pars, je
ne peux plus rester dans ce monde, mais, je te laisse avec
mon bombo, il faut bien le protéger
».
Cette forme de parentification est de type adapté car,
The American Journal of Social Science and Education Innovations
37
https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei
The American Journal of Social Science and Education Innovations
Désiré malgré ses responsabilités plus importantes que
ne le voudrait son âge, reste soutenu par sa famille ou
son réseau social. Tout se résume dans les propos de son
grand-
père lorsqu’en agonisant, recommande à sa
femme de « bien le protéger
». Dans une étude,
Minuchin (1974) décrit l’enfant parental comme le
passage d’un enfant du sous
-système enfant au sous-
système parental ou grand-parental. Pour Carr (2000),
l’enfant parental est «
un enfant qui, en fonction d’une
coalition intergénérationnelle avec un parent, est utilisé
de manière inappropriée à avoir une autorité parentale
envers les autres enfants de la famille
». Désiré est un cas
typique de cette description d’enfant parental que font
ces auteurs. Dans ces propos, il énonce : «
À l’âge de
seize ans, surpris… Ma grand
-
mère m’a dit que c’est moi
qui devrait m’occuper de la famille tel était le vœux de
mon grand-
père…que je dois apprendre à juger les
problèmes de la famille. Je dois apprendre à prendre des
décisions au sein de la f
amille, à l’âge de seize ans, je n’en
revenais pas. Qu’elle était cette situation là où les gens
s’emmenaient, mes petits frères et tout ça. Ils
s’amenaient avec des petits
-problèmes où on me
demandait mon avis. J’essayais de me battre. C’est
comme ça que j’ai commencé ma res
ponsabilité entre
autre, ça troublait un peu ma conscience car, je suis avec
l’école, je suis encore avec les problèmes de la famille,
chaque fois, toutefois les deux, les trois jours, je dois
parler un petit problème où ma grand-
mère m’impose
dire ce que je vois par rapport à ce problème
…
».
Si des chercheurs ont distingué trois niveaux
generationers: la parentification comme grands-
parents, la parentification comme époux et la
parentification vis-à-vis de la fratrie, de ces trois formes,
deux sont observées dans l’histoire de
Désiré: la
parentification comme grands-parents et celle de la
fratrie. Car, Désiré avait pour responsabilité, de veiller
sur sa grand-mère et sur ses propres frères. Le Goff
(2005), procède que, dans un couple ou dans une
famille, un membre est à un moment donné plus
parentifié que les autres, mais il lui est possible de
retrouver sa position d’enfant, de parent ou d’époux et
d’être soutenu affectivement ou matériellement par les
autres quand le besoin s’en fait sentir. Dans ces
conditions, la parentification est l’expression d’un
processus de solidarité entre les membres d’un couple
ou d’une famille où la souffrance de l’un active les
facultés de solidarité et de sollicitude.
Discussion
Le processus de parentification, le développement et le
bien-
être du sujet n’ont aucun sens si l’on n’interroge la
qualité des interactions qui lient chaque individu avec
son milieu. Les interactions sont donc au cœur du
processus de développement, de socialisations et du
bien-être.
Mead (1934) concepteur de la théorie des
interactions symboliques, affirme que la participation
d'une personne à un groupe social dépend largement de
sa compréhension de l’environnement symbolique du
groupe et de son habileté à fonctionner avec ce système
de symboles. Chaque individu possède et développe,
tout au long de son existence, une identité constituée
d'une structure unique de significations lui servant à
décoder
divers
environnements
symboliques.
Lorsqu'une personne adhère à un groupe social
particulier et acquiert un rôle, elle s'inspire des
significations acquises à travers sa socialisation
antérieure pour définir et exécuter ce nouveau rôle. La
parentification étant un phénomène total de distorsions
de rôles parents-enfants, nous invite à analyser le
comportement et les réactions du sujet parentifié
envers les membres de sa famille dans une dynamique
d’interaction. Car, l'humain et l'organisation sociale ne
peuvent être compris sans l'analyse des interactions. En
effet, quand deux ou plusieurs personnes interagissent,
leurs identités changent, leurs rôles sont recréés,
chaque personne influence l'action de l'autre et oriente
ses propres actions sur la base des actions de l'autre.
L'interaction sociale est essentiellement un épisode de
la socialisation à travers laquelle les croyances sont
vérifiées, agies, modifiées. Du point de vue
interactionniste symbolique, la socialisation est un
processus continu, cumulatif et réciproque. Continu
puisque la personne est sans cesse confrontée à de
nouvelles informations qui contribuent à modifier son
identité,
la
conception
de
ses
rôles
et
l'opérationnalisation qui en découle. Cumulatif, en ce
sens que l'identité et les rôles acquis antérieurement
servent à définir les nouveaux rôles, d'où les stéréotypes
utilisés par les individus, aussi bien pour se décrire que
pour définir les autres ou prévoir leurs actions.
Réciproque, car l'individu est à la fois objet et agent de
sa socialisation. La personne est modelée par les
interactions, lesquelles sont influencées par la structure
sociale (Stryker 1981).
Selon Heiss (1981) et Landry (1989), plus les personnes
ont reçu une socialisation antérieure différente de celle
des responsables de la socialisation, plus elles sont
The American Journal of Social Science and Education Innovations
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The American Journal of Social Science and Education Innovations
susceptibles d'endosser une conception particulière de
leur rôle. Lorsque de nouvelles conceptions ne peuvent
surgir
à
la
faveur
des
interactions,
des
opérationnalisations particulières du rôle sont adoptées
par les individus. Dans ces circonstances, le principe de
continuité
implique
souvent
l'utilisation
des
stéréotypes. Toutefois, bien que la socialisation des
individus s'effectue à la faveur des interactions sociales,
elle peut continuer même lorsque l'individu n'est pas en
relation avec d'autres, grâce à son habileté à imaginer
les réponses des autres. Ce phénomène renvoie à deux
autres concepts clés de la théorie interactionniste
symbolique : la prise de rôle et « l'autre généralisée ».
La prise de rôle, préalable à l'acquisition d'un rôle,
essentielle au développement de l'identité et de la
société, correspond à la capacité de la personne à
prendre la place des autres en imagination et à prévoir
leurs réponses à l'action qu'elle-même compte
entreprendre. La prise de rôle est à la base de la société
parce que ce processus de coopération est nécessaire au
maintien de toute société organisée. La coopération
n'est possible que si chaque individu est capable de
prévoir l'action générale des autres membres de la
communauté, c'est-à-dire « l'autre généralisé-e ». Le
type de prise de rôle dans lequel l'individu s'engage
dépend en partie de la situation dans laquelle s'effectue
cette prise de rôle. Les interactionnistes se sont surtout
intéressés aux situations d'interactions mais, comme l'a
montré Powers (1981: 297), diverses conditions
structurelles tendent à être associées à des types
particuliers de prise de rôle.
La place occupée par les individus dans une hiérarchie
est notamment importante. Les personnes qui occupent
les positions supérieures d'une structure sociale
peuvent avoir moins de raisons de prendre en
imagination la place des autres que celles occupant les
échelons inférieurs et pour lesquelles il est crucial de
saisir et de prévoir les actions des autres. Par ailleurs, la
pression à s'engager dans une prise de rôle visant à
s'approprier certaines des significations des autres
apparaissent plus clairement quand la conformité est
définie comme nécessaire au maintien d'un certain
statut ou quand l'adhésion à un nouveau groupe social
est recherchée. Le processus de prise de rôle et de
dialogue interne avec « l'autre généralisé-e », qui lui est
associé, mène à la fusion entre l'identité personnelle et
le ou les rôles sociaux (Powers 1981 : 287).
La notion de rôle et les processus qui l'entourent
nécessitent d'être précisés et intégrés à un cadre
conceptuel plus large que celui des interactions. Selon
Turner (1985: 27), l'acquisition d'un rôle doit tout
d'abord être comprise comme un processus dynamique
et complexe plutôt que comme un strict processus de
conformité à des normes ou à des attentes sociales. Le
rôle doit faire référence à une «gestalt» plutôt qu'à un
répertoire de comportements. La personne retient des
significations
plutôt
qu'elle
n'apprend
des
comportements.
Les rôles ne sont pas fixes et parfaitement déterminés
mais négociés à la faveur des interactions. La conception
et l'opérationnalisation d'un rôle et tous les processus
créatifs qui lui sont associés sont en constante
opération, même dans les situations les plus rigidement
définies. De fait, l'individu organise et interprète les
différentes attentes sociales en fonction de ses propres
buts et opinions et oriente sa conduite selon ce
processus d'interprétation et d'organisation complexe.
Le rôle devient à la suite de ce processus un ensemble
de significations partagées. La conception et
l'opérationnalisation d'un rôle sont donc des compromis
qui ne reflètent pas nécessairement les buts et opinions
véritables des divers’ participants et participantes. C'est
dans la compréhension de ces processus complexes
d'interactions que les concepts issus de la théorie
interactionniste symbolique sont utiles, que ce soit le
concept d'identité, celui de prise de rôle, ou celui de «
l'autre généralisée ».
Peut-
on envisager la parentification de l’enfant, de
l’adolescent et de l’adulte sans faire référence à
l’attachement? Il est clair que la réponse est non. Car,
notre étude permet de voir l’impact de la parnetification
dans le processus de développement du sujet.
L’attachement permet de voir l’interaction qui se joue
entre l’individu parentifié et le parents, leur rapport,
leur lien, les sentiments, les comportements des uns
envers les autres, l’attribution des rôles.
Pour les théoriciens d’attachement, les enfants en bas
âge s'attachent aux adultes qui se montrent sensibles et
attentionnés aux interactions sociales avec eux, et qui
gardent leur statut de «
caregiver
» d'une façon stable
au moins plusieurs mois durant la période qui va de l'âge
de six mois environ jusqu'à deux ans. Les réponses de
l'entourage au comportement de l'enfant guident le
développement
de
schèmes
d'attachement.
The American Journal of Social Science and Education Innovations
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L’attachement est un lien affectif entre un individu et
une figure d'attachement.
Serpa (2017) établie dans son étude le lien entre
l’attachement et le développement de l’enfant. Il
constate dans ces travaux que, dans la théorie de
l’attachement, «
être attaché à quelqu’un
» signifie
qu’en cas de détresse, l’on se tourne vers cette personne
spécifique pour y trouver un sentiment de sécurité. Ce
qui semble de plus important dans la mesure où l’on se
demande
: si l’enfant devenant parent de son parent et
devient par conséquent lui-même responsable de ses
propres besoins et ceux de sa famille, son
développement sera-t-il normal ? Si oui, quelle sera la
nature des interactions entre cet enfant et ces parents?
Les approches maturationnistes pensent que, le
développement de l’enfant se fait par étape. L’individu
parentifié que ce soit à l’enfance, à l’adolescence ou
même à l’âge adulte ne pourrait
-il pas avoir des
répercussions futures dans son développement
si l’on
s’appuie de l’approche psychosociale de Erikson?
L’on constate avec Barbey
-Mintz (2011) que la théorie
de l’attachement modélise la place et l’importance des
relations, ainsi que la dimension interpersonnelle dans
le développement psychoaffectif de l’être humain.
L’attachement est un système «motivationn
el» inné qui
s’active soit parce que l’environnement est perçu
comme hostile, soit parce que l’individu ressent un
déséquilibre interne. Barbey-Mintz (2011) recense les
différentes conditions de la construction d’un sentiment
de sécurité du lien qui met l’
enfant en confiance et lui
permet de développer, en toute tranquillité, ses
nouvelles compétences cognitives, ses capacités de
régulation émotionnelle, pour une meilleure exploration
du monde. Il s’agit de la disponibilité, la continuité, la
séparation lim
itée dans le temps en fonction de l’âge de
l’enfant, l’aménagement des passages d’une figure
d’attachement à une autre, les réactions prévisibles de
la part d’adultes cohérents et fiables, la qualité des
réponses et adéquation aux besoins de l’enfant.
L’individu parentifié surtout lorsque la parentification
est de type destructif, peut développer à un moment de
sa vie, des comportements désorganisés face à une
figure d’attachement. Ces manifestations sont
spécifiques à la relation. Les risques évolutifs de cet
attachement et de ce type de parentification
désorganisés peuvent entrainer des manifestations
agressives, des colères intenses et des troubles du
comportement essentiellement liés à des problèmes
importants de régulation émotionnelle. Comme le
rappelle Barbey-Mintz (2011), «
ces enfants risquent de
présenter des troubles de la personnalité à
l’adolescence
»
. Avec le phénomène de parentification,
il y a inversion des rôles. Au lieu que le parent s’occupe
de son enfant et répondre efficacement aux besoins de
ce dernier, c’est plutôt l’enfant qui porte le lourd
fardeau en s’occupant de ses parents. Il y a donc
ici, un
risque de mal être (parentification destructive) ou de
bien-être (parentification constructive). Dans le
développement de l’enfant, la p
arentification peut
impacter positivement ou négativement la qualité de
relation d’attachement parent
-enfant.
Conclusion
La famille est «
un ensemble d’éléments plus au moins
interdépendants réagissant les uns sur les autres, mais
tel que, à travers ses différentes interactions leur
ensemble garde son unité et ses caractéristiques
structurelles propres. Ce groupe familial, comme tous les
groupes, présente ainsi un équilibre dynamique, pris
entre des facteurs poussant à une évolution et d’autres
réalisant une « homéostasie
» tendant à rétablir
l’équilibre précédent » (Lemaire, 2007, p.15). La famille
est « un groupe d’individus unis par des l
iens
transgénérationnels et interdépendants quant aux
éléments fondamentaux de la vie » (Doron, Parot, 2011,
p.295). Décoret (1998), dans une perspective biologique
et génétique pense une famille est constituée par un
homme et une femme conjoints et leur descendance. La
famille est parfois aussi définie simplement comme un
ensemble d’adultes et d’enfants vivant sous un même
toit. Sur le plan affectif, une famille peut comprendre un
couple d’adultes et des enfants qu’ils aiment et élèvent.
Enfin, juridiquement, la famille regroupe des parents et
des enfants autour d’obligations et des droits.
Cette conceptualisation permet de voir que, la famille
est un système, un ensemble d’éléments organisé mis
en interaction les uns les autres. Chacun des membres a
une place et joue un rôle spécifique. Cette étude nous
permet de voir la famille comme tout.
C’est
-à-dire un
système. Elle est beaucoup plus axée sur les familles de
type pathologique qui désignent des familles
dysfonctionnelles et qui ne sont pas ou plus capables de
remplir leurs fonctions et deviennent de ce fait, des
facteurs de risque de pathologie pour un ou plusieurs de
leurs membres. Contrairement aux les familles dites
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saines c’est
-à-dire fonctionnelles, autrement dit celles
qui sont flexibles, capables de remplir leurs tâches et de
s’adapter aux changements. L’étude nous permet de
prendre compte la dynamique familiale pour
comprendre
le
fonctionnement
des
familles
pathologiques. Mohring (2006) conçoit la dynamique
familiale comme « les forces qui opèrent dans la famille
». Pour explorer cette dynamique, l’auteur dégage les
cinq
grands
aspects:
la
transmission
intergénérationnelle, l’assignation des rôles dans la
famille, les modalités du lien, le niveau structurel et
l’aspect de l’adaptation. Ainsi, la dynamique familiale
renvoie à un «
un ensemble d’éléments comprenant la
structure familiale et ses interactions. Cette structure est
illustrée par la hiérarchie familiale et les différents sous-
systèmes
» (Sylvestre, 2017, p.279).
Par contre le fonctionnement familial renvoie à cette «
dynamique résultant de l’interaction entre les personnes
qui composent la famille et sur comment celle-ci
influence la conduite de ses membres
» et à «
l’interaction entre la personne et les divers
environnements avec lesquels elle doit composer et les
différents facteurs de risque et de protection qui ont pu
influencer son parcours développemental, la famille
étant considérée ici comme un de ces environnements »
(Pauzé et al, 2017, p.298). Pour la psychanalyse, le terme
dynamique «
qualifie un point de vue qui envisage les
phénomènes psychiques comme résultant d’un conflit et
de la composition de forces exerçant une certaine
poussée, celle-
ci étant en dernier ressort d’origine
pulsionnelle
» (Laplanche & Pontalis, 1994, p.123).
Elle s’étaye dans un premier temps sur le concept de
parentification qui est une inversion de rôle parent-
enfant pour saisir ses effets tant positifs que négatifs sur
le développement global du sujet. Pour mieux
questionner la dynamique familiale des familles dites
parentifiantes et donc pathologique et comprendre leur
fonctionnement, nous avons pris en compte les
pratiques parentales. Puis, nous avons analyser aux
travers de nos entretiens, le vécu subjectif et social de
nos répondants. Ces analyses ont en commun un
ancrage sous-sous-
fonds de l’histoire de l’histoire ou des
récits de vie de chaque famille et beaucoup de chaque
sujet parentifié. Par contre, pour comprendre le bien-
être, nos analyses de données prennent en compte les
indicateurs et indices de bien-être psychologique et
social de Voyer et Boyer (2001) à savoir
: l’
acceptation
de soi, les relations avec les autres, l’autonomie,
maitrise de son environnement, la croissance
personnelle, l’estime de soi, l’équilibre, l’engagement
social, la sociabilité, le contrôle de soi, le bonheur, le
niveau de satisfaction de vie, la santé mentale (Voyer &
Boyer, 2001). Or, pour comprendre le mal-
être, l’on
attribue tout simplement une connotation négative à
certains indicateurs et indices de bien-être : maque ou
faible confiance en soi, défaut de socialisation, manque
d’engament, défaut d’équilibre d’une part, de l’autre,
la
conception de la santé mentale nous a permis de relever
dès lors deux versants du bien-être : positif et négatif et
donc la détresse et le bien-être psychologique. La
détresse s’exprime à travers des comportements de
colère,
d’irritabilité,
un
sentiment
d’anxiété,
d’épuisement, une tendance à se dévaloriser, à s’isoler
et un refus de s’engager. C’est cette dernière versant
(détresse) qui nous
a permis de mieux analyser l’état de
mal-être des sujets parentifiés à partir des informations
fournies par les interviewés. C’est à traves de notions de
crise et de trajectoires de que l’on a explorer et mené
nos analyses sur le développement du sujet.
Enfin, en dehors des grands types d’approches de la
parentification connus par les grands théoriciens :
parentification destructive, constructive, absence de
parnetification et infantilisation, nos données terrain
nous ont permis d’explorer une nouvelle ap
proche du
phénomène d’inversion ou de distorsion de rôle au sein
du système familial. Cette nouvelle approche, nous
l’avons formulée
: la parentification comme don ou legs.
Cette forme bien qu’étant non explorée, existe
beaucoup plus en contexte africain en général et au
Cameroun en particulier. Elle suit généralement
l’histoire profonde de certaines familles et de certains
individus et est une attribution volontaire de tâches.
Elle
peut avoir des origines sous forme d’attribution
volontaire de responsabilités à certains membres de
famille, le phénomène de succession, d’enfant remplacé
qui sont négligés par des thérapeutes familiaux or, l’on
observe des indices belle et bien, des indices de
parentification.
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