Authors

  • NSAIRUN Léonard Yuyun
    The University of Bamenda, Cameroon
  • ZOBO ONONO Zachée
    The University of Bamenda, Cameroon
  • MELOUNOU OBAM Françoise
    The University of Bamenda, Cameroon

DOI:

https://doi.org/10.37547/tajssei/Volume07Issue07-03

Keywords:

Parentification development mental health self

Abstract

The study on parentification, development and well-being of the subject is based on the research hypothesis that there is a high risk of parentification within any dysfunctional family and that the markers or indices of parentification observed in such families have both positive and negative repercussions on the overall well-being and on the mental, physical, behavioral and relational or social states of the individual. Our main objective is to take a systemic approach to the functioning and dynamics of pathological families. To understand the repercussions of parentification on development, Eric Erickson's psychosocial approach with its notions of crises and developmental trajectories and Bowlby's attachment theory, which distinguishes secure attachment from insecure attachment, served as a supporting framework. On the other hand, we used indicators of positive and negative subjective well-being to understand the psychosocial experience of the parentified subject. The data for this study were collected in the South Cameroon region from four participants based on an interview guide. Based on thematic analyses, the results show that parentification, whether it occurs in childhood, adolescence, adulthood, within the couple or even as a legacy, as is the case with Désiré, is primarily negative because it not only anticipates maturity or biopsychosocial hypermaturity, it distorts the quality of attachment, relationship, interaction and exposes the subject to vulnerability. However, parentification also has positive indices not only in family functioning, but also for the subject, especially when the subject is encouraged in his family system. This promotes a strong capacity to adapt to threatening situations.


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

17

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

TYPE

Original Research

PAGE NO.

17-42

DOI

10.37547/tajssei/Volume07Issue07-03



OPEN ACCESS

SUBMITED

04 June 2025

ACCEPTED

28 June 2025

PUBLISHED

24 July 2025

VOLUME

Vol.07 Issue 07 2025

CITATION

NSAIRUN L

é

onard Yuyun, ZOBO ONONO Zach

é

e, & MELOUNOU OBAM

Fran

ç

oise. (2025). Parentification, Developpement Et Bien-Etre Du Sujet. The

American Journal of Social Science and Education Innovations, 7(07), 17

42.

https://doi.org/10.37547/tajssei/Volume07Issue07-03

COPYRIGHT

© 2025 Original content from this work may be used under the terms
of the creative commons attributes 4.0 License.

Parentification,
Developpement Et Bien-
Etre Du Sujet

NSAIRUN Léonard Yuyun

The University of Bamenda, Cameroon


ZOBO ONONO Zachée

The University of Bamenda, Cameroon


MELOUNOU OBAM Françoise

The University of Bamenda, Cameroon

Abstract:

The study on parentification, development

and well-being of the subject is based on the research
hypothesis that there is a high risk of parentification
within any dysfunctional family and that the markers or
indices of parentification observed in such families have
both positive and negative repercussions on the overall
well-being and on the mental, physical, behavioral and
relational or social states of the individual. Our main
objective is to take a systemic approach to the
functioning and dynamics of pathological families. To
understand the repercussions of parentification on
development, Eric Erickson's psychosocial approach
with its notions of crises and developmental trajectories
and Bowlby's attachment theory, which distinguishes
secure attachment from insecure attachment, served as
a supporting framework. On the other hand, we used
indicators of positive and negative subjective well-being
to understand the psychosocial experience of the
parentified subject. The data for this study were
collected in the South Cameroon region from four
participants based on an interview guide. Based on
thematic analyses, the results show that parentification,
whether it occurs in childhood, adolescence, adulthood,
within the couple or even as a legacy, as is the case with
Désiré, is primarily negative because it not only
anticipates maturity or biopsychosocial hypermaturity,
it distorts the quality of attachment, relationship,
interaction and exposes the subject to vulnerability.
However, parentification also has positive indices not
only in family functioning, but also for the subject,
especially when the subject is encouraged in his family


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

18

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

system. This promotes a strong capacity to adapt to
threatening situations.

Keywords:

Parentification; development; mental health;

self.

Introduction:

Nous allons commencer par préciser dans

le cadre de cette étude, le sens que l’on donne à la

notion du sujet pour mieux établir le lien entre la
parentification et ses effets non seulement dans le
processus de développement mais aussi sur le bien-être
du sujet. Mais avant tout, nous précisons que cette
étude est inscrite dans le champ de la psychologie de
développement et de handicapologie social. Le handicap
social étant une construction sociale, une production ou
ce handicap qui est créé par la société. Pour Fortin
(2019), la psychologie de développement est une étude

des processus généraux de l’évolution psychologique

individuelle. Ce domaine a pour cet auteur longtemps

été confondu à la psychologie de l’enfant et de
l’adolescent qui vise un

e approche synthétique des

différents aspects du développement de l’enfant à un
âge donné. C’est à partir des années 70, avec le

vieillissement des populations, et des problématiques
liées aux grands âges, que le processus de
développement est considéré dans une perspective plus
large. Celle dite «

vie entière

» allant de la période

prénatale à la mort. Cette première précision nous
permet déjà de comprendre pourquoi dans cette étude,

l’on met l’accent sur la notion de sujet plutôt que celles
d’enfant, d’adolescent, d’adulte ou même de personnes

âgées. Car, cette étude se veut une approche globale
non seulement de la parentification, du bien-être mais
également celle du développement. Elle est une étude

qualitative et la collecte des données s’est faite aupr

ès

de quatre participants. Sur la base des observations
portées sur les interactions, les pratiques parentales, les
comportements et émotions de certains de nos
participations, leurs conditions de vie, ces observations

ont été adaptées aux techniques d’ana

lyse thématique.

La notion du sujet est complexe. Son usage varie en
fonction des disciplines (anthropologie, sociologie,

biologie, psychanalyse, le droit, l’Education, la

médecine, ethnographique), des contextes, des discours

et des représentations. L’on entend si souven

t parler

de : « Sujet vulnérable », « sujet handicapé » (Korff-
Sausse, 2011 ; Scelle, 2010), sujet « hors-normes »,
« sujet cérébral » (Ehrenberg (2002), « sujet déplacé »,
« sujet vivant », « sujet désirant », « sujet parlant »,

« sujet

pensant »,

« sujet

agissant »,

« sujet

adolescent » (Bitogo, 2018), « sujet » éducable pour

désigner certaines personnes ou catégories d’individus
en référence à leur situation et mode de vie, ce qu’ils

représentent, se représentent, vivent, subissent, leur
style, leur mani

ère d’être, d’agir et de se comporter…

etc. Dans des royaumes, on parle de « sujet royal » pour

désigner la garde du roi, un ensemble d’individus ayant
pour principal rôle d’assurer la sécurité totale du roi. Ces

sujets royaux sont parfois pris pour esclaves du roi. Agier

(2012) formule dès lors qu’il faut «

Penser le sujet ».

C’est pourquoi Lecorps (2004) dans le domaine de la
médecine, met en avant l’éducation du patient et

recommande de penser le patient comme un «

sujet

éducable

». Le « sujet », pris au sens de Lecorps se

résume au patient. Cet être en souffrance qu’il faut venir
en aide. Ainsi, deux éléments déterminent l’action du

sujet humain selon lui : la raison rationnelle (plan de la
logique) et raisonnable (niveau moral).

Etymologiquement, le terme « sujet » vient du latin

subjectus, c’est

-à-dire « soumis, assujetti, exposé ». A sa

naissance, l’individu est assujetti car d’abord défini par
son héritage biologique, culturel et social. Il est au cœur
d’une double dépendance p

sychique et sociale. Ensuite,

il s’inscrit dans un processus, une dynamique qui l’invite

à agir et à se construire comme un sujet capable de

réflexivité et d’affirmation de lui

-même pour acquérir

une autonomie dans la société (De Gaulejac, 2009).
Dans le

champ de l’anthropologie, Agier (2012) faisant

par exemple une anthropologie du sujet, conçoit que la
question du sujet peut trouver sa place en
anthropologie comme un tiers concept permettant de

dépasser les sens clivés qu’on attribue aux notions de

«pers

onne» et d’«individu». La «

figure du sujet » pour

ce chercheur permet de dépasser les problématiques de

l’identité qui ont occupé et même obsédé
l’anthropologie depuis ses origines ethnicistes. Mauss
(1950 cité par Agier) formule que l’anthropologie
s’int

éresse depuis longtemps aux différentes théories de

la personne, notion dont le sens va progressivement du

masque, tragique ou rituel, jusqu’au statut social ou

sacré.

En appliquant cette notion au Droit, Poughon (2012)
dans son étude conçoit le sujet comme une personne
juridique. Ainsi pour lui, Plusieurs vocables peuvent être
utilisés pour désigner un être humain

: « l’homme ». Il

désigne, au sens large, tout être appa

rtenant à l’espèce

humaine, aussi bien l’homo sapiens que l’homme de la


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

19

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

déclaration des droits de l’homme et du Citoyen. Le mot

« individu » sert également à désigner un être humain. Il
renvoie étymologiquement à ce qui est indivisible
matériellement (individuum signifiant « indivisible »), à
quelque chose de concret, un tout reconnaissable.

L’individu désigne le réel, ce que l’on peut toucher,
percevoir par l’expérience. Le mot « personne », enfin,
sert à désigner une abstraction, l’essence même de
l’individu.

Dans un tel contexte, nombreux furent les modèles

théoriques qui se proposèrent d’analyser et de

comprendre la formation de « la subjectivité »de

l’individu. Ces réflexions conduisent à une explosion
notionnelle et conceptuelle. Ainsi, aujourd’hui, parle

-t-

on de moi, d’ego, de sur

-moi, de moi-

idéal, d’idéal du

moi, de soi, de concept de soi, d’image de soi, d’estime

de soi, de soi idéal, de schéma de soi, de soi de travail,
de souci de soi, de personne, de personnalité, de

personnalité de base, d’identité, d’identification,
d’identité sociale, d’identité personnelle, d’identité

professionnelle, de stratégie identitaire, etc ( Guichard,

2000). Vue sous cet angle, l’on distingue au minimum six
grands courants qui marquent l’approche du sujet en

tant que tel au cours du 20ème siècle : Le courant

psychanalytique qui s’est développé à partir des
concepts fondamentaux de libido, de ça, de moi, d’ego,

de sur-moi, de moi-

idéal, d’idéal du moi et

d’identification forgés par Freud,

; le courant

psychologique du soi (self) de William James des année

1890. L’on retient de cette approche de James, les

multiples orientations et conceptions du soi ; le courant

psychologique différentialiste qui s’organise autour de la

notion de personnalité (caractérisée par les attributs,
des traits servant à distinguer chaque type de
personnalité) ;

Les

courants

anthropologiques

culturalistes ou structuralistes auxquels émergent des

concepts d’identité culturelle ou sociale, de personnalité
de base, de structures élémentaires, d’habitus, de

champs ; les courants psychosociaux qui mettent

l’accent sur les dynamiques et stratégies identitaires. Ici,
l’identité se co

-

construit tout au long de vie. L’identité

n’est jamais stable, elle dynamique.

Nous abordons le sujet dans le cadre de cette étude dans

une approche strictement globale ou totale de l’être

humain, raisonnable, sociable, culturel. Le sujet social :
un sujet « modelé » par le social. Les sujets sont dotés
de la capacité de « sortir de soi pour atteindre le monde
» (Fourquet-

Courbet, 2010). L’On attribue au «sujet», de

forme générique, cette capacité d’agir et de se

socialiser. Nous le concevons dans un sens ou Levy
(1995) estime que le sujet peut être envisagé de façon
plus globale et philosophique et sa relation au social
peut être «

une relation des parties au tout et

inversement

». Selon Lévy (1995), «

La marge de liberté

que la société produit en le produisant fait de l’individu,

une fois de plus, un concentré singulier et global à la fois
de la totalité sociale

». Le courant de la psychologie

sociale permet d’aborder la double contrainte
d’autonomisation et d’assujetissement du sujet social
sous l’angle de l’influence. Elle traite de l’interaction

individu / social dans les jugements, attitudes,

comportements,…de l’individu via deux courants de
pensées : l’un estime que le social (pré)détermine
l’individu et est fondamental ; l’autre, davantage
interactionniste, défend l’idée d’une interaction
profonde entre l’aspect social ou culturel et l’aspect

individuel (Fourquet-Courbet, 2010).

Le concept de sujet prend ici le sens d’individuation,
c’est

-à-dire la forme sous laquelle les individus sont

pensés et «construits» par les contextes (sociétés,
groupes, espaces) où leur vie se déroule. Le sujet est
donc désigné comme tout individu, un Moi, une
personne, un « Je » dans son unicité et un nous collectif,

l’autre, l’être humain dans sa globalité capable de

penser, de raisonner, de se socialiser, interagir avec les

autres. C’est pourquoi, l’on parle du sujet parentifié. Ce
sujet nait de l’unio

n homme-femme. Il est donc

impossible de penser un individu sans parents qui
assureraient leur pleine responsabilité.

Les parents en effet, ont pour tâches ou missions

d’élever, de répondre efficacement aux besoins de leurs

enfants, de les éduquer et de les préparer pour la vie

adulte. Ils sont enjoints d’assumer vis

-à-vis de leurs

enfants des responsabilités en matière de santé,

d’éducation, de sécurité et de moralité. De nos jours,
l’on observe dans nos sociétés, nos villes, les quartiers,

des villages, et dans certaines familles certains sujets
(enfants, adolescents et adultes) qui se livrent aux
multiples activités de la vie pour subvenir aux besoins de
leur famille.

En règle générale, la famille est considérée comme le

tout premier lieu d’insertion sociale. Elle joue un rôle
important dans l’ensemble des relations qui lient

chaque membre à soi et au monde tant du point de vue
des relations parents-parent, parents-enfants que dans


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

20

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

l’ouverture de la famille aux amis et au reste du monde.

De plus, la cohésion familiale, ainsi que la complicité

entre frères et sœurs joueraient un rôle dans le

sentiment de bien-être personnel des individus en
rappellent Libion et als. (2007).

En effet, pour certaines familles, la santé individuelle est

une condition pour la santé de toute la famille. L’individu

sain est décrit comme une personne présentant des «

dispositions physiques, une capacité fonctionnelle, un
équilibre mental et des relations sociales

» Astedt-Kurki

et al. (1999). De ce fait, la question qui se pose est de
savoir : peut-on envisager un individu sain dans une
famille ou il y a inversion des rôles parents-enfants ? La

parentification qu’elle survienne à l’enfant, à
l’adolescence et même à l’âge adulte n’a

-t-elle pas des

effets aussi positifs que négatifs non seulement pour la
personne, sa famille, ses relations avec les autres mais
aussi et surtout dans son bien-être global ? Dans une

famille où l’enfant est parentifié, la

relation avec les

parents est souvent déséquilibrée. Le parent, souvent en
raison de difficultés personnelles (maladie, troubles
psychologiques, dépendance, ou stress chronique,

handicap), s’appuie sur l’enfant pour recevoir un soutien

émotionnel ou une aide fonctionnelle. Cette inversion
des rôles affecte profondément la qualité de la relation
parent-

enfant. Il est dont évident d’interroger la

dynamique familiale et le fonctionnement de ce type de
famille.

Dans certaines familles, la parentification ne se limite
pas à la cellule familiale immédiate. Les relations avec la
famille élargie, comme les grands-parents, les oncles et
tantes, peuvent également être influencées par la
dynamique de parentification. Hooper (2007) a étudié
comment le soutien social et familial peut modérer les
effets négatifs de la parentification. La parentification

n’est jamais pathologique en soi nous rappelle Goff

(2006). Ce phénomène peut avoir des répercussions
positives ou négativ

es sur le sujet selon qu’il soit de

courte ou de longue durée, enfant, adolescent ou
adulte.

Barnett et Parker (1998) pensent par exemple que,

l’adolescence est marquée par une période dans

laquelle des tâches développementales fondamentales
du sujet doivent être résolues. Mais, la parentification
semble avoir un impact négatif sur celles-ci. Or pour sa
part, Titzman (2012) pense que la parentification à

l’adolescence peut renforcer les liens avec les parents et

aider à la résolution des tâches développementales
spécifiques, mais elle peut également compliquer cette

période stressante car l’adolesc

ent est responsable du

reste de la famille en plus de ses propres
problématiques (Taillard 2018). En effet, lors de la
transition

enfant-

adolescence,

l’impact

de

la

parentification se ressent grandement.

Cette phase de vie, nouvelle pour l’individu, est
marquée par l’apparition d’une multitude de besoins.

De Boeck (2021) dans son étude exploratoire portant sur
des manifestations et de la perception du processus de
parentification chez un jeune adulte en couple constate
que, le processus de parentification joue un rôle
important dans les comportements adoptés par le
« jeune adulte » parentifié dans la relation duelle de

couple. Il s’appuie des travaux de Haxhe (2019) qui
dénonce l’inversion des rôles parent

-enfant au

détriment du bien-

être de l’enfant.

Dans de nombreuses circonstances, la parentification

est tout à fait fonctionnelle et permet à l’enfant de
s’identifier à une image du bon parent qu’il pourra

devenir. En effet, le processus de parentification,

lorsqu’il est une expérience transitoire ou s

i la

reconnaissance des parents vient en retour valoriser

l’enfant, cela peut devenir un facteur de maturation
acceptable. Dans ce sens, l’enfant peut y gagner une

légitimité constructive et apprendre à aborder des
situations difficiles. Mais par contre nous rappelle
également Le Goff (2006) si la parentification se

construit sur une longue durée et, surtout, si elle n’est

pas reconnue, elle devient un véritable fardeau pour

l’enfant qui n’a plus le temps de s’occuper de lui et de

recevoir. En terme de « do

nner et recevoir », l’enfant

donne plus que ne le voudrait son âge, ses compétences,
ses besoins et ses désirs. Il est alors envahi par la
culpabilité de ne pas réussir à devenir le « bon parent »
dont ses parents ont besoin et de ne pas rester le « bon
en

fant » qu’il aurait aimé être et dont les parents ont

aussi besoin.

L’on peut observer que, la parentification est un

processus qui ne concerne pas que la relation parents-

enfants, mais également exister au sein d’un couple de

façon plus ou moins équilibrée. Cette situation peut être
bien vécue par les partenaires qui peuvent se trouver

satisfaits que l’un d’eux apparaisse comme « plus adulte
» que l’autre. Cela peut devenir un élément favorisant la

rupture ou, au contraire, une relation fusionnelle. Mais


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

21

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

souvent s’il n’y a pas rupture, ni fusion, un troisième
partenaire est recruté pour favoriser l’équilibre
relationnel. C’est le plus souvent un enfant qui prend la
place de parent afin de maintenir l’unité familiale et

tenter de reconstruire la confiance. Pour évaluer

l’impact négatif ou positif de la parentification, il semble
important d’apprécier les qualités d’authenticité et de

réciprocité de la relation parent-enfant en souligne Le
Goff (2005).

Le phénomène de parentification concerne l’enfant

lorsque celui-ci est amené à exercer des rôles qui ne sont

pas les siens. Il incombe donc à l’enfant « parentifié »

des tâches diverses telles que venir arbitrer les conflits
parentaux, consoler et prendre soin de son parent ou de

ses frères et sœurs ou encore préparer le repas,
s’occuper de corvées domestiques, être responsable du

budget ou encore servir de confident. Ces différentes
responsabilités, souvent peu adaptées à son âge et à son
degré de maturité

, peuvent être à l’origine de détresse.

L’enfant aura alors du mal à s’individualiser et à évoluer

positivement, les besoins de ses proches devenant alors
plus importants que ses propres besoins. Par contre,

dans le conflit de loyauté, l’enfant se sent par

tagé entre

ses deux parents et croit possible de perdre l’un ou
l’autre. L’enfant n’est plus libre d’exprimer sa loyauté
envers un parent en présence de l’autre (Wallerstein et

Kelly, 1980). Il se sent alors embarrassé en présence de

l’un ou de l’autre de

ces parents. Il est alors partagé

entre l’amour qu’il éprouve envers ses deux parents.
C’est pourquoi Byng

-

Hall (2007) articule qu’il faut

soulager le fardeau des enfants parentifiés sein des
familles.

Si l’on se limité seulement au cas enfant, nous pouvons

conclure avec Barbett et Parker (1998) que les enfants
qui jouent des rôles parentaux peuvent être vus soit
comme montrant des compétences précoces, soit

comme privés d’enfance. Par extension avec l’i

ndividu

dans sa globalité, l’on peut conclure que les individus qui

jouent un rôle parental peuvent montrer certaines
incompétences et sont privés de leur autonomie. La
parentification est alors perçue comme un processus
pathogénique et nocif pour le bon développement de

l’individu. La proposition de Walsh (1979) amène à

distinguer les différentes formes de parentification en
fonction de leur niveau. Ainsi il est possible de distinguer
une parentification «

comme parent

» pour ses parents

ou pour la fratrie, d’une parentification «

comme époux

» ou «

comme confident du parent ou du grand-parent

»

pour reprendre cette fois les propos de Le Goff (2005).

Le Goff (1999) présente les bases conceptuelles du

processus de parentification. L’auteur souligne que, la

parentification est une notion ancienne datant du début
des thérapies familiales alors que celles-ci même étaient
influencées par la psychanalyse et la théorie de la

relation d’objet. A cette époque, la théorie des systèmes
n’était pas encore adoptée comme cadre de référence

dans les thérapies de famille. La parentification est

aujourd’hui une notion connue mais très peu utilisée

dans les pratiques quotidiennes, dans le monde en
générale et au Cameroun en particulier. Elle apparait
très largement comme un axe majeur de recherche

thérapeutique. D’après Le Goff, les travaux dans ce

champ de recherche sont peu nombreux comme si cette
notion, une fois form

ulée n’a suscité aucune curiosité

(Heck & Janne, 2011).

La parentification est un phénomène méconnu mais
l'importance du repérage de ce processus pour le
développement de sujet dans sa globalité est cruciale. Il

s’agit d’une situation où un enfant se voit attribuer des

responsabilités et des rôles normalement dévolus aux

parents ou aux figures d’autorité. Au lieu de vivre une

enfance normale, insouciante, ces enfants endossent
des responsabilités adultes, prenant soin de leurs frères

et sœurs, s’occupant des tâches du quotidien ou même

soutenant émotionnellement leurs parents. Ce
phénomène fait référence à un processus où les enfants
sont contraints de prendre soin de leurs parents ou des
membres de la famille en assumant des rôles de parents,
de confidents, ou de soutien émotionnel.

L’importance accordée dans cette étude est de voir les

causes du phénomène de parentification en contexte
Camerounais actuel et les conséquences à cours, à long

terme de cette forme de maltraitance de l’enfant dans

son processus de développement. Cette étude attire

notre curiosité de chercheur sur l’absence des travaux
dans ce domaine et pourtant, au quotidien, l’on peut

voir la souffrance que vivent certaines personnes de

s’occuper de leurs proches malades, handicapé,

orphelin, tout seul or la famille africaine se veut très
élargie. Bien que certains auteurs (Boszormenyi & Spark,
1973 ; Heck & Janne, 2011 ; Le Goff, 2005) attirent déjà

notre attention en mettant l’accent sur l’impact à la fois

constructif et destructif de ce phénomène sur le sujet,
notre ap

proche tient d’abord compte sur cet éclairage

que donne les théoriciens des thérapies familiales mais


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

22

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

se décline légèrement de cette conception.

Les travaux de Taillard (2018) retracent le contexte

d’usage de la notion de parentification. Pour lui, de part
d’Earley et Cushway (2002), le terme d’ «

enfant parental

» est utilisé pour la première fois par Minuchin et ses
collaborateurs en 1967 pour définir ces enfants qui, à
cause de situations socio-économiques précaires,
assument des responsabilités parentales à la maison.
Pourtant, le terme « parentification » fait son apparition
des travaux de Boszormenyi-Nagy et Sparks en 1973
(Earley & Cushway, 2002 ; Taillard, 2018). Dans la
littérature, ces termes sont utilisés avec des synonymes
comme «

inversion des rôles », « donneur de soins », «

enfant parentifié », « enfant surchargé

», etc. (Hooper et

al, 2011).

Au sens de De Boeck (2021), c’est en 1932 que Ferenczi

fait une première référence à un «

processus de

nourrisson savant

» (P.10). Il désignait par ce terme tout

enfants dont la maturation est trop rapide. Ces travaux
de

Ferenczi

permettent

de

questionner

le

développement de l’enfant influencé par des tâches qui

lui sont attribuées dès son jeune âge. Il associe ce
processus à des mécanismes de défense survenus après
des violences ou négligences parentales. Ce phénomène
est également désigné de progression traumatique
psychologique. La parentification tant alors à désigner

un moment de la vie ou l’enfant, par le surpoids des

charges anticipe précocement son développement ou
même, les facteurs développementaux de ce dernier se
trouvent restreignant : le corps ou capacités physique, la
taille, le raisonnement mature, le comportement,
réaction, prise de décision, manières de faire, mode et
style de vie, choix de compagnies, les états mentaux.

C’est dans ce sens que Minuchin (1967) utilise, quant à

lui, le terme d

’«

enfant parental

» pour désigner un

enfant qui, par un contexte économique défavorisé,
assume certaines responsabilités au sein du foyer
familial (De Boeck, 2021).

En 1973, Boszomeniy-Nagy définit la parentification
comme «

une distorsion subjective des relations où l’un

des deux partenaires, souvent un enfant, devient un

parent pour l’autre

». Elle se définit comme l’attribution

d’un rôle parental à un ou plusieurs enfants dans le

système familial, entraînant une perturbation des
frontières

intergénérationnelles

(Karpel,

1976 ;

Anaudeau & Berdoulat, 2021). Si l’on se rejoint à

Minuchin (1974) et Sparks (1973) qui avancent que, le

processus prend place dans toute forme de relation

dans laquelle le parentifiant éprouve le besoin d’une

relation infantile. Nous comprenons avec ces auteurs
que, la parentification ne serait pas une pathologie en

soi : elle peut même être bénéfique si elle n’est pas

disproportionnée et si les besoins et compétences de

l’enfant sont pris en compte.

Il existe selon Jurkovic (1997) deux fonctions de la
parentification : la fonction émotionnelle (être un
support moral pour le parent) et la fonction
instrumentale (par exemple, donner des soins au
parent). Il décrit ce processus comme adaptatif à la prise
de responsabilité. Il prend donc en considération la

durée et l’étendue de la prise de responsabilité, la juste
reconnaissance de l’enfant et de son style

interpersonnel.

Il

distingue

quatre

pôles

de

responsabilisation sur un continuum : l’infantilisatio

n au

niveau le plus faible, la parentification destructrice, au
niveau le plus extrême et deux entités dites non-
pathologiques

:

la

non-parentification

et

la

parentification adaptée. Walsh (1979), quant à elle, fait

la distinction entre l’enfant parentifié

perçu comme

parent pour ses parents ou pour la fratrie, d’une

parentification «

comme époux

» ou «

comme confident

du parent ou du grands-parents

» et propose un angle de

vue intergénérationnel.

Dit autrement, la parentification ne devrait pas

seulement être étudiée chez l’enfant ou l’adolescent.
Mais au contraire, son étude doit également s’orienter
chez l’adulte, les couples, les personnes âgées. Il

convient même voir une forme de parentification chez
certai

ns sujets comme un don, un héritage, un legs. D’où

la notion d’intergénérationnelle. Car, il peut y avoir
qu’un individu, dès sa naissance trouve un ensemble de
lois, de principes, de directives, de consignes qu’un
descendant de la famille laisse pour qu’u

n membre

prédictif puisse prendre la relève. L’on trouve

généralement ces cas en Afrique en ce qui concerne les

successions. Ici, l’objectif est de conserver un

patrimoine. Le jeune enfant dès sa naissance commence

alors à assumer une charge qui n’est pas

à sa hauteur.

N’est

-ce même pas évident de comprendre pourquoi

Walsh (1979) aborde le processus de parentification
selon la relation générationnelle où il prend place ? A

savoir : de l’enfant aux grands

- parents, aux parents ou

à la fratrie. C’est dans cette même conce

ption que Mika

et al (1987) font également ce type de distinction et


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

23

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

proposent la parentification comme époux pour son
parent, la parentification comme parent pour son parent
et la parentification comme parent pour sa fratrie. Ces

deux théories se divisent sur le concept d’enfant

-époux.

Pour Walsh, la relation que l’enfant

époux entretien

avec ses parents est érotique avec l’un d’eux et
conflictuelle avec l’autre. Mika et al (1987), quant à eux,
considèrent que dans cette relation, l’enfant est le

confident et/ou le conseiller du parent.

Le Goff (2005) envisage la parentification comme un

processus. En effet, il s’agit d’une réalité clinique
complexe et global s’inscrivant dans l’entièreté des

relations familiales. Ce regard sur ce phénomène permet

d’éviter toute description réductrice : «

l’enfant

parentifié n’est pas toujours un « enfant adultifié » et ses

(ou son) parents ne sont pas des «

adultes immatures

»

(Le Goff, 2005). Suite à cette définition, il propose de
distinguer les facteurs destructifs et les facteurs

constructifs dans la parentification de l’enfant. Cela
signifie, qu’il existe, selon lui, une parentification

constructive et une parentification destructrive.

Haxhe (2019) définit la parentification comme un
processus hollistique basé sur la prise de responsabilit

é́

par l'enfant. La parentification prendrait racine sous

l’influence de plusieurs facteurs (Haxhe, 2019). Selon

elle, ce processus peut prendre place à des degrés

différents. C’est pourquoi, il faut rester attentif afin de

ne pas confondre la parentification avec des processus

tels que l’adultisation, la responsabilisation, la

parentalisation et la délégation. La spécificit

é́

de la

parentification est q

ue l’enfant ne joue pas au parent, il

est le parent. Alors qu’il prend en charge des

responsabilités qui dépassent ses compétences, ses
besoins ne sont pas pris en compte et il ne reçoit pas de
reconnaissance. Elle avance que chaque processus est
interchangeable et/ou peut se combiner à un autre
quand un certain seuil est dépass

é́

. Haxhe dégage sept

variables influençant ces changements et combinaisons

telles que « la demande parentale, l’adéquation aux
besoins de l’enfant, le type de responsabilité́

encourue,

(...) » (Haxhe, 2019, p.115).

Pour Le Goft (2005), la parentification présente une
variété de formes et d’aspects cliniques. Au sein du
système familial, l’on relève deux fonction de la
parentification: d’abord une fonction émotionnelle,
basée sur la médiation, la confidence et le soutie

n moral.

L’enfant peut, notamment, abriter un conflit ou consoler

un parent. La deuxième fonction est instrumentale,
basée sur les tâches matérielles, comme soigner

physiquement un parent ou s’occuper de la
maintenance de la maison. D’après ce qu’on relève

des

travaux d’Anaudeau et Berdoulat (2021), la fonction

émotionnelle et instrumentale sont intimement mêlées,
elles se complètent et se renforcent dans les

nombreuses des. Afin d’y répondre, l’enfant parentifié

peut prendre plusieurs rôles : celui de soigna

nt, d’enfant

«

trop sage et sans problème », « de bouc émissaire »,

«

d’intermédiaire

» ou de « médiateur »

(Boszormenyi-

Nagy, 1972).

La parentification se produit lorsque les parents ont
besoin de l’acceptation, de la compréhension ou du
soutien qu’ils n’ont pu avoir durant l’enfance (Wells &
Jones, 2000). Ainsi, pour Minuchin (1967), l’enfant passe
d’un rôle parentalisé à un rôle parent

ifié quand il occupe

une place d’adulte également au niveau émotionnel et

plus seulement fonctionnel dans la famille (Minuchin et
coll., 1967). La distinction entre le processus
pathologique de la parentification et celui, transitoire,
voire constructeur, de la parentalisation repose sur le
fait, comme le décrivent Heck et Janne (2011), que dans

le processus de parentification l’enfant peut développer
de la culpabilité lorsqu’il craint de «

ne pas être à la

hauteur

». D’autre part, l’enfant, face à la demande

parentifiante, peut ressentir de l’injustice, de la colère,
de l’agressivité envers ses parents (Griot et al. 2013).

La parentification est un phénomène social total au sens
de Meuss (1950). Ses causes sont multiples et ses
conséquences

influencent

positivement

ou

négativement sur le développement du sujet. Elle est
reconnue comme une de forme de maltraitance de

l’individu au sein d’une famille. La maltraitance a des

effets dévastateurs sur le développement émotionnel,
social et cognitif des enfants. Quand ceux-ci sont
négligés ou abusés, ils ont plus de risque de manifester
des troubles de comportement extériorisés comme

l’agressivité de même que les troubles intériorisés à
l’instar de l’anxiété, la dépression.

Ces enfants comme souligne Moss et al (2008) sont

également susceptibles d’avoir un déficit sous plusieurs

plans notamment

: la métacognition, l’autorégulation

cognitive et présentent généralement des retards
scolaires et académiques (Cicchetti & Valentio, 2006).
Les enfants parentifiés et victimes de maltraitance et

autres abus parentaux sont d’autant vulnérables qu’ils


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

24

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

vivent le plus souvent dans des familles qui cumulent au
sens de Trocmé et al. (2005) plusieurs facteurs de
risques tels : la pauvreté, la détresse psychologique

parentale, les violences conjugales, l’isolement social,

les abandons, les négligences. Ces enfants, à

l’adolescence et à l’âge adulte sont également de plus

en plus à risque car, ils éprouvent outre que ces
situations de vie difficile élucidées plus haut, des

difficultés d’adaptation qui incluent la délinquance, le

décrochage scolaire, la consomma

tion abusive d’alcool

et de drogue de même que les difficultés relationnelles
majeurs pour rejoindre (Egeland, 1997 ; Widom, 2000).

L’expérience de la parentification du sujet au sein de
familles que ce soit à l’enfance, à l’adolescence, à l’âge
adulte ou même au sein des couples s’associe à
l’adoption des conduites parentales négligentes. Des

auteurs tels que : Right et al (2003) montrent que

l’ensemble des problèmes a d’énorme couts sociaux et

économiques pour la société. Toutefois, les travaux de
Cicchetti et Valentino, 2006 montrent que malgré les

expériences de la négligence et d’abus, les enfants

maltraités et donc parentifiés développent un
attachement pour leurs parents. Toutefois, ce type

d’attachement qui se développe entre ces enfants et

leurs parents est de type insécurisant (Larin & al, 2008).
Cicchetti et al. (2006) notent que ces enfants, ont une

proportion d’attachement i

nsécurisant de type

désordonné qui varie entre 55% et 86%. Main et
Solomon (1990) repris par Larin et al. (2008) pensent que

ce type d’attachement se caractérise par des
comportements

contradictoire

d’approche

et

d’évitement à l’endroit du parent et de l’a

ppréhension

en sa présence. D’autres travaux auprès des populations

cliniques et non cliniques ou à risque démontrent

également que, parmi les divers types d’attachement,
l’attachement insécurisant

-désorganisé est le plus à

risque d’être associé à des problèmes d’adaptation

sévères chez des enfants (Dubois-Comtois et al, 2005 ;
Mazzarello & Berthiaume, 2006).

Les travaux de Demogeot et Lighezzolo-Alnot (2014)

mettent l’accent sur l’attachement parent

-enfant et les

difficultés scolaires de l’enfant. L’enfant

-

parental c’est

-

à-

dire l’enfant parent de ses parents pour reprendre

l’expression de Le Goff (2005), dével

oppe un type

d’attachement particulier par rapport aux autres enfants

dont les parents sont dits responsables.

Freud (1926) considère que l’enfant s’attache à sa mère

parce qu’elle répond à ses besoins physiologiques et

satisfait ainsi sa libido. Bowlby (1969) voit dans

l’attachement, un besoin de proximité primaire, distinct

de la libido et non secondaire à la relation de

nourrissage. La théorie de l’attachement jette

un pont

entre les sphères affective et cognitive. Aspects
pourtant capitaux dans le processus de développement
de tout être humain. En effet, Wall et al (1978), avec le
paradigme expérimental de la «

situation étrange

» et le

concept de «

base sécurisante

», ont montré que

l’enfant entreprend d’explorer son environnement
physique quand il sent qu’il éprouve sécurité et confort
auprès d’un des parents. Ces théoriciens d’attachement

convoqués dans cette étude nous amènent à
comprendre en quoi et comment les fonctions
parentales

sont

nécessaires,

capitales

et

incontournables dans le développement du sujet et son
bien être global. La sécurité dans la relation
attachement parent-enfant suppose une proximité et

un contact physiques avec la figure d’attachement.

Toutefois, le sujet parentifié risque de ne pas avoir cette
bonne base de sécurité. Ce qui influencera tôt ou tard

son développement. Or, l’on sait avec Benony (1998)
qu’«

une bonne base de sécurité permet de développer

les fonctions cognitives. De fait, la sécurité autorise la
déstabilisation qui peut être comprise et intégrée ; cette
déstabilisation devient même partie intégrante des
apprentissages cognitifs et mène les sujets au

développement et à l’au

tonomie

».

Le développement du sujet révèle une dynamique

complexe, des interactions réciproques entre l’individu

et son milieu de vie. Ce qui peut influencer
profondément le bien-être psychologique, physique,
émotionnel et relationnel de la personne ou mieux sa
san

té mentale. Pour se développer, l’individu a aussi

bien besoin non seulement de son expérience propre

mais aussi d’autrui ou de son environnement de vie. Le
développement de l’individu n’est jamais fini. C’est dans

ce sens que Bosman (2006) soutient que le
«

développement ne s’arrête pas lorsque l’adolescent a

atteint l’âge adulte

». Il invite de toujours se situer dans

une perspective de développement «

tout au long de la

vie

» de l’individu. Or, bien avant Bosman (2006),

Erickson (1974), concevait déjà le développement du
sujet allant de la naissance à la mort. Erickson (1973)
constate dans son approche psychosociale que, tout

individu, à un moment donné ou à n’importe quelle

période de son développement, risque de développe


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

25

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

une crise identitaire ou de la personnalité lorsqu’un

stade de son développement a été mal négocié.

Dans ces travaux, il nous amène à comprendre que, la

vie de l’enfant, de l’adolescent, du jeune adulte et même

des personnes en grands âges est faite de rupture et de
rebondissement. Ce changement aura des répercussions

sur tous les plans de l’existence de

l’homme. Freud

(1923), étudie quant à lui le développement de l’enfant
allant de la naissance à l’adolescence. Le développement
de l’individu se fait donc par étapes. Ces étapes
successives sont à respecter au risque d’enfreindre le

processus humain de développement. En effet, les
différents âges de la vie sont caractérisés par des
transitions spécifiques lesquelles sont négociées par

l’individu au cours de son développement. L’existence
humaine est marquée par une dynamique d’interaction

intrinsèques et extrinsèques tout au long de

développement. Ainsi la détérioration de l’identité peut

engendrer un sentiment de vide et de confusion du sujet
ce qui complique sa capacité à se projeter vers l'avenir.
De plus, l'estime de soi peut être étroitement liée à sa
capacité à satisfaire les besoins des autres, rendant sa
perception de la valeur personnelle dépendante des
réactions des autres. Un développement anormal du
sujet a des conséquences sur le plan personnel,
physique, social, professionnel, amical (trouble de
personnalité, attachement, maturation précoce, déficits

d’attention,

de

langage,

de

communication,

d’interaction avec les autres…). C’est ce constat que fait

Jurkovic (1997) auprès de certains enfants développant
fréquemment un sentiment d'impuissance ou de

tristesse dû à un phénomène de crise d’identité.

Les phénomènes de crise de développement ou de
personnalité peuvent entrainer soit une maturation

précoce ou retardée chez la personne. C’est dans ce sens

que Jurkovic (1997) ajoute que cette maturité
prématurée peut être à la fois une source de force et une

cause de souffrance chez l’individu quand. Le Goff
(2005) parle alors d’

« adultes immatures » et

d’

« enfants adultifiés

». L’adulte immature étant perçu

ici comme celui n’ayant pas atteint toutes ces facultés

normales de développement et qui, au lieu de se
comporter comme tel (adulte), manifeste plutôt des
comportements enfantins, de réactions anormales,
régressives, des attitudes hors-normes par rapport aux

personnes de son âge. Mais l’enfant adultifié est

pourtant perçu comme cet enfant donc la maturité ou le
développement biopsychosocial est anticipé par rapport

à son jeune âge.

Turpin (1944) invitait déjà à penser les troubles de
développement chez certains enfants. Ainsi, Bosma
(2006) dans une étude, fait une introduction de la
psychopathologie développementale. Il constate que
pendant

des

décennies,

les

spécialistes

du

comportement

ont

essayé

de

prédire

la

psychopathologie de l’adulte à partir de certaines
mesures prises à l’enfance. Partant des travaux de
Sroufe et Rutter (1984) sur la prédictibilité qu’ils

considèrent comme la tâche centrale de la psychologie
développementale consistant à comprendre les

manifestations changeantes des patterns d’adaptation
ou d’inadaptation et leurs liens au cours du temps. La

thèse défendue dans son étude est que, pour
comprendre le développement des comportements
inadaptés, la psychopathologie développementale doit
étudier les modes de fonctionnement harmonieux qui
sont perçus en deux phases : la compétence et

l’incompétence, la vulnérabilité et l’invulnérabilité

Garmezy (1974 cité par Bosma (2006). Pour Wenar et
Kerig (2000) la psychopathologie de développement se
caractérise comme une «

entreprise intégrative qui

associe différentes perspective théorique dans un même
cadre pour comprendre le développement de la
personne dans sa globalité

». Wenar et Kerig (2000)

énumèrent des facteurs de risques et de protections de
la

vulnérabilité

qui

expliquent

pourquoi

le

développement se déroule de façon harmonieuse ou
inadaptée. Ces facteurs sont fonction du contexte
(organique, interpersonnel et sociale).

Le développement de l’individu est un long processus
transactionnel qui se caractérise par l’épigénèse, une

complexité et une organisation croissante. Pour ainsi
dire, à chaque étape de développement se caractérise
une nouvelle structure qui émerge de la structure de

l’étape précédente. Ces étapes développementales se

caractérisent par les tâches normatives qui peuvent être
résolues de façon adaptée ou inadaptée. Les
transactions développementales sont à considérer
comme des différentes trajectoires de développement
au cours de la vie. Ces trajectoires peuvent être
harmonieuses comme elles peuvent être caractérisées
par des problèmes et des stagnations, donc
potentiellement porteuses de troubles et de
pathologies. Comme le souligne Bosman (2006), Rutter
(198

9) serait le premier à mettre en œuvre l’importance

des

différentes

trajectoires

successives

du


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

26

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

développement de sujet allant de l’enfance à l’adulte.

Lannegrand-Willems (2012) dans son étude, traite du

développement de l’identité à l’adolescence en
s’inspirant des travaux d’Erikson (1972). Il présente de

nouvelles propositions théoriques du développement de

l’identité chez l’adolescent et le jeune adult

e, ainsi que

les résultats récents obtenus dans l’étude des
trajectoires développementales de l’identité. En effet la
construction de l’identité ou du soi à l’adolescence a été

étudiée selon deux principaux axes : le développement
du concept de soi (Bariau

d, 1997) et l’approche

théorique d’Erikson (1972) qui demeure une des

références majeures dans le champ du développement

de l’identité à l’adolescence dans différents domaines de

la vie. Dans une conception développementale et
psychosociale, Erikson consid

ère l’identité comme une

synthèse réalisée à partir des éléments du passé
(histoire personnelle), des caractéristiques du présent
(besoins, traits de personnalité, etc.) et des attentes du

futur. Nous trouvons mieux d’adapter cette l’approche

psychosociale

d’Erikson à la théorie de sois possible

formulé par Marks et Lazarus.

Pour sa part, Jeammet (2013) fait une étude centrée sur

le développement de l’individu. Il soutient dans ces
travaux que le développement de l’individu est une co

-

construction permanente à la merci des rencontres. Il
cherche à comprendre quelle est la place de

l’adolescence dans le lien entre les difficultés vécues
dans l’enfance et leurs éventuelles conséquences à l’âge

adulte

? il pense qu’entre les trois phases du

développement de l’individu, l’adolescence est une

période difficile à gérer. Il voit dans

l’enfance, une

période des inquiétudes, souvent camouflées jusque-là

par la protection assurée par l’environnement et par
l’absence de réelle d’autonomie. Les difficultés

affectives et émotionnelles qui se manifestent à

l’adolescence sont, en quelque sorte

, un miroir

grossissant des problématiques humaines. Tout être

humain qu’il soit enfant, adolescent ou adulte d’une

période de vie à une autre peut ressentir un sentiment
de mal-être, une fragilité, une menace contre soi, des
peurs, des frustrations qui auront une influence
considérable sur le développement. Et bien que les
causes du mal-être chez les individus peuvent être
différentes, force est de constater que le résultat est le
même car, on se sent impuissant face à une menace. Or,
comme tous les êtres

vivants, l’individu est programmé

pour réagir activement au sentiment d’impuissance.

Nous observons de part cette approche que, dans
certaines familles, certains individus sont submergés par
des troubles psychopathologiques et semblent être
condamnés à la répétition transgénérationnelle; alors

que d’autres résistent à la menace de destruct

ion

psychique et montrent une adaptation relationnelle et

sociale parfois remarquable. Dans le premier cas, c’est

la vulnérabilité du sujet qui apparaît au premier plan. Le
modèle de la vulnérabilité se référant aux séquelles des
traumatismes, aux facteurs de risques et à la
désorganisation psychique face au trauma. Des
individus parentifiés (enfants, adolescents et adultes)
sont un des meilleurs cas de figure de cette catégorie de
personnes dont parle Arnaut (2002). Gaudron et Savard
(2011) attirent par exemple notre attention sur le

développement de l’enfant exposé dans certains
risques. Ils trouvent d’ailleurs des points de repères pour
examiner le développement de l’enfant exposé aux

violences conjugales afin de montrés les conséquences
de ce phénomène dans le processus de maturation des
individus. Ils observent que sur le plan physique, les
enfants exposés aux violences conjugales manifestent
plus de problèmes de santé que ceux non exposés. Ils
souffrent de maladies diverses comme des infections
respiratoires, des insomnies, des allergies, des
problèmes gastro-intestinaux, mais également de
problèmes visuels et auditifs, de même que de retards
de croissance, de maux de tête et de troubles
alimentaires ; les Conséquences sur le développement
cognitif et sc

olaire de l’enfant et surtout, ces auteurs

mettent en exergue, «

le renversement des frontières

entre les microsystèmes

. Cette dernière conséquence se

caractérise par : la parentification et le conflit de
loyauté.

Methodologie

Cette étude se veut une approche systémique des
familles

dites

pathologiques.

Nous

concevons

l’approche systémique comme celle qui n’est ni une

forme de thérapie ni un ensemble de techniques
thérapeutiques. Mais plutôt une façon de saisir la réalité
qui re

connaît l’interaction comme principe fondamental

de tout ce qui vit. Au sens de Balas (2008) adopter une

vision systémique, n’est pas modifier la réalité, mais

plutôt transformer son regard en élargissant son champ

de vision pour s’intéresser à l’informati

on qui circule

dans tous les processus relationnels. Notre étude
conçoit la famille comme un ensemble de systèmes en
interconnexion les uns les autres. Elle nous permet de


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

27

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

comprendre la dynamique famille et le fonctionnement

des familles parentifiantes. Il s’agit d’une sorte
d’évaluation globale de de famille que Bray (2009)
considère comme une procédure d’évaluation la plus
globale possible afin de s’assurer que l’on ne nég

lige pas

certaines facettes de la réalité familiale qui peuvent

avoir un impact important sur les problèmes à l’origine
de la demande. C’est dans ce sens que l’on a tenu à faire

une approche globale du processus de parentification,
du développement et du bien-être du sujet. Une telle
orientation a pour objectif de comprendre dans un

premier temps les causes de la parentification et d’en

saisir leurs répercussions sur le bien-être global du sujet

et sur son processus de développement. L’article

questionne alors la dynamique familiale et le
fonctionnement des familles parentifiées en tenant

compte des pratiques parentales à l’origine du

phénomène.

L’étude est réalisée au Cameroun, pays d’Afrique

Centrale, dans sa région Sur, du département de la
Mvila, arrondissement de Megong. De type qualitatif, les
données ont été collectées auprès de quatre

participants à l’aide des entretiens semi

-directifs. Selon

Demazière (2008) «

l’entretien est la méthode par

excellence pour saisir les expériences vécues des
membres de telle ou telle collectivité

» (2008). Cette

méthode permet au sens Beaud (1996) en référence aux
travaux de Boutanquoi (2023) «

de faire apparaître la

cohérence d’attitudes et de conduites sociales, en

inscrivant celles-ci dans une histoire ou une trajectoire à
la fois personnelle et collective

». Le choix de cet outil de

collecte des données est d’une grande portée dans la

réalisation de ce travail. Car, pour mieux étudier le
processus de parentification et comprendre ses effets
sur le développement et le bien-être du sujet, il faut
prendre en

compte, l’histoire familiale, les trajectoires

personnelles et collectives qui nous permettent de voir
les moments de crise et de réajustement en terme de
comportement humain, de conduite sociale, attitude,

habitude et autres caractéristiques propres à l’humain

et à son milieu de vie.

Une analyse de type thématique a été opérée. Nos

entretiens, sur la base d’un guide, ont porté sur des

concepts de trajectoires sociales, interactions sociales,
contexte social, des tâches exécutées, de la qualité des
relations au sein de chaque famille, des réactions
interindividuelles, de la Communication/échanges, des
cycles de vie physiologique/moment de crise, des

stratégies d’adaptation ou à la manière de faire face aux

difficultés de trajectoire inter- individuelle, temporelle,
à la position des individus et aux changement de style de

vie de chacun et sur l’histoire de chaque famille.

Notre approche vise à analyser d’une manière ou d’une

autre les causes du dysfonctionnement familial en
référence au phénomène de parentalisation et leurs
impacts auprès de chaque système ou sous-système

familial. Si l’on considère la famille comme un sys

tème

d’individus en interaction, il est nécessaire de prendre
en compte l’onde de choc, de la fragilisation des liens,

de leur rupture, déstructuration, déséquilibre et donc,

l’impact de l’inversion des rôles sur chacun des

membres de la famille et sur le système dans sa globalité
tant au niveau des modalités relationnelles que des
positions assumées par chacun des membres.

Les interactions sont vues dans une logique

processuelle. Ici, le processus d’interaction s’identifie au
sein d’un système familial ou les membres qui forme un
tout pour la partie interagissent, s’influencent et
s’identifient réciproquement. Parler des int

eractions

revient à avoir la dynamique relationnelle entre les
acteurs de la famille : parents, couples, enfants, grands-
parents en ce qui concerne le support, les conflits,

l’atmosphère

affective,

l’attachement,

la

communication, l’éducation, la transmiss

ion de

valeurs… Il est important de prendre en compte les

processus interactionnels au sein de la famille pour

pouvoir l’étudier au mieux. Les processus

interactionnels sont multiples et plusieurs études ont
montré leurs impacts sur le bien-être des membres de
la famille. La thèse défendue dans le cadre de cette

étude est qu’il y’a un risque élevé de parentification au

sein de toute famille dysfonctionnelle et que les
marqueurs ou indices de parentification observés dans
telles familles ont des répercussions aussi bien positives
que négatives sur le bien-être global et sur les états
mentaux, physiques, comportementaux et relationnels

ou sociaux de l’individu.

Analyse Des Donnees

1)

Trajectoires Sociales Et Crise Identaire Chez Le
Sujet Parentifie

Les trajectoires sociales de vie sont d’importants

moments

pouvant

influencer

positivement ou

négativement le développement du sujet, sa

personnalité et son identité. La parentification qu’elle


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

28

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

soit vécue à l’enfance, à l’adolescence, à l’âge adulte ou
qu’elle soit intergénérative a des effets significatifs tant
positifs que négatifs dans l’existence humaine. Tout
individu qu’il soit enfant, adolescent ou adulte

parentifitié passe et connait de moments de crise au
cours de son processus de maturation. Dit autrement,
toute personne qui assume une énorme responsabilité
au sein de sa famille connait des périodes extrêmes de

souffrance, de maltraitance, de regret… au cours de son

existence, le sujet parentifié peut rencontrer des
moments de crises, de « bouleversement intérieur », de
« déséquilibre psychologique », de « désorganisation
personnelle » au cours de son évolution. Il est alors
appelé à faire face à des changements lui permettant de
s'adapter, même si la chose n'est pas toujours facile, aux
multiples situations qui marquent normalement cette
période de la vie. Dans un tel contexte, les concepts de
« transition », de « passage », de « transformation »
sont mis en relief.

Les trajectoires sociales nous permettent de voir les
différentes étapes ou cycles de vie qui marquent notre
existence.

Pour Erikson, l’individu évolue puis vieillit

souvent comme il a grandi. Ce cycle de vie n’est pas

linéaire mais peut se caractériser par des phénomènes
de stagnation, voire de régression, au cours desquels
certains modes de fonctionnement personnel qui

s’

étaient avérés efficaces à tel ou tel moment du

développement de l’enfant se trouvent réinvestis dans

le processus de vieillissement.

Le cycle de la vie permet de voir les grandes trajectoires
de développement de la personnalité, son parcours de
vie, de ruptures, les souffrances, les situations de
bonheur ainsi que les événements de stress vécu par le
sujet. Certains auteurs comme Becker, (1985) et
Passeron (1989), que de parler du cycle ou trajectoire,
préfèrent parler de « carrière » quand Dubet (1994) lui
invoque la notion «

d’expérience

» pour montrer des

seuils « classiques» qui balisent la transition ou les
étapes du cycle de la vie.

La crise constitue la pierre angulaire de toute la

construction personnelle. Les travaux de d’Erikson

(1972 ; 1983) montrent que toute existence humaine est
jalonnée de la naissance à la mort par des crises

successives et multiples. Et c’est l’issue que va

prendre

chaque crise qui va être déterminante de la façon dont

la quête d’identité va pouvoir peu à peu aboutir. Selon

Erikson, toute crise comporte une dimension négative.

La crise est source de tensions, de fragilisation du moi,

parfois d’anxiété, d’ang

oisse, de souffrance. Mais à côté

de l’aspect négatif que comporte nécessairement toute
crise, il va s’agir pour le sujet de donner un sens à
chacune d’entre elles, un sens qui n’est pas que négatif.

Donner du sens, consiste en une opération qui invite
chaque sujet de se ré-émerger ou de «

sortir de chaque

crise avec un sentiment renforcé de sa propre unité
personnelle

».

L'émergence de la crise n'aboutit pas nécessairement à
la « catastrophe ». Elle représente plutôt, chez Erikson «

un tournant, une période cruciale de vulnérabilité accrue
et de potentialité accentuée et, partant, la source
ontogénétique de force créatrice mais aussi de
déséquilibre

» ( Bédard, 1983). Moïse âgé de 14 ans,

révèle dans son histoire de la parentification, les

moments d’abandons, de solitudes, occasionnés par
l’instabilité de ces parents. Dès son jeune âge, il est
appelé de s’occuper de ses fr

ères du vivant de ses

parents qui se souciaient plus de leurs multiples voyages
que de la vie des enfants. Moïse dit à ce sujet : «

J’ai

gardé mes frères et sœurs plus jeunes

à la maison. Lors

des déplacements de mes parents pour partir au nord.

Pendant plus d’une semaine, ils nous laissent seuls…

».

Pour mieux comprendre les trajectoires sociales de nos

participants, il faut recourir au contexte ou à l’histoire

de vie de chaque cas de parentification, interroger les
causes et comprendre les effets du phénomène chez

chaque sujet. Baba par exemple, relate qu’elle a vécu

une «

enfance très difficile bondée de maltraitance, de

rejet, de turbulence, de ruse, de jalousie

» tout simple

parce qu’elle a grandi dans une famille polygamique.

Dans une telle famille, Baba était vulnérable car dit-elle
« la

situation a la maison, la vie en famille devenait de

plus en plus difficile à supporter pour moi. La relation
entre mes parents devenait davantage plus conflictuelle,
due entre autres à des problèmes financiers et de
jalousie

; je ne pouvais plus accepter l’habitude de mes

frères et sœurs consanguins et les conséquences qui en

découlaient au sein de la dynamique familiale

».

La personne qui traverse une période difficile au cours
de son existence vie un grand moment de désarroi,

l’aveuglement menaçant, une période d’aliénation

pénible. Elle est terrassée par la confusion, par la perte
du sens de direction et par des bouleversements
intérieurs profonds. Selon Jung, la crise du milieu de la
vie, provoquée par la nécessité pour l'adulte de
retrouver son propre centre, se traduit par «

un état


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

29

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

étrange d'inquiétude psychique qui s'exprime par

l’insécurité et l’écroulement des rapports avec le monde

environnant »

(Aeppli, 1954). C'est même une période

dangereuse. C’est comme le soulignait Jung, cité Jacobi

& Hull, 1973 ; Bédard, 1983) une deuxième phase de
période pubertaire, une nouvelle tempête et autre
période de stress. La crise est également une période qui

s’accompagne des

confusions et de rupture d’équilibre.

Morin (1980) marquait d’ailleurs que, la personne qui

sombre dans une crise «

ne comprend pas

». Elle ne

comprend rien car ignorant de ce qu’elle vit ou traverse.
Elle se dit que tout est normal. Dit autrement elle n’est
pas consciente qu’elle vit une crise. Car pour cet auteur

«

celui qui comprend n'est pas en crise. Comprendre c'est

embrasser par la pensée, donner un sens clair à,
déchiffrer, interpréter

». En outre, le sens de direction

fait défaut chez celui qui est plongé dans la crise. Cette
thèse de Morin (1980) est justifiée par les propos de
Baba qui sombre

dans une nouvelle crise lorsqu’elle

perd sa mère et qu’elle est appelé à s’occuper de ces 7
sept frères et sœurs dans une famille polygamique de 49

enfants, six coépouses alors que sa mère etait la
dernière femme et de sur quoi, la plus jeune des
mariées. Elle nous dit : «

Quelques temps après ma mère

mourut : elle nous laisse seuls au milieu de tout ce

monde. C’était le chao, le désespoir. J’aurai dû dire la fin.

Je ne savais pas que la mort était une honte

». Devenus

orphelins de mère, Baba et ses frères vivent une crise

totale car, la mort ou l’absence de leur mère les laisse

sans défense.

Levyet al (2001) dans la même problématique de crise
du sujet montrent que, les crises, les accès, les poussées
évolutives apparaissent dans le discours psychiatrique
pour définir un état temporaire de déséquilibre, de

changement remettant en question l’or

dre ou la

stabilité du sujet et dont l’évolution est ouverte et

variable. La crise participe ainsi de la succession de deux

temps, celui de l’incertitude et de l’indécision, de
l’angoisse ou d’un sentiment de rupture, puis celui de la
résolution, d’une iss

ue favorable ou défavorable. Baba

nous informe à ce sujet : «

les gens se moquaient de nous

comme quoi ; nous étions des orphelins et nous serons
tous des rates : on nous chassait partout dans la famille
en disant que nous étions finis et que nous trainions la
mort avec nous

».

Levyet al (2001) dans la crise du sujet insistent sur les
notions de changement, de cassure et de sature

impliquées dans l’état de crise. Ces changement,

cassure, et sature portent dans l’espace transitionnel sa
double signification d’être à la fois un temps de passage,

un espace de créativité et de construction imaginaire.

C’est ici que la crise participe d’une théorie du sujet et
qu’il est possible de for

muler que le sujet se saisit dans

la crise, se dépose en elle, non sans le risque de sa
propre perte,

de s’y abandonner en tout ou en partie.

C’est pourquoi il faut bien entendre que sous la crise, se

dessine un choix ou un partage entre deux voies, que
Derrida a pu ainsi formuler : «

La voie du sens et celle du

non-

sens ; de l’être et du non

-être. Partage à partir

duquel, après lequel, le logos, dans la violence nécessaire

de son irruption, se sépare de soi comme folie, s’exile et

oublie son origine et sa propre possibilité

» (Derrida,

1967, p. 97). Tavoillot (2013) parle alors des «

chaos des

âges

» pour décrire ce changement de tendance dans le

processus de développement des individus. En effet, les
crises sont des moments de ruptures non seulement des
trajectoires

La théorie d’Erikson repose sur trois assertions. La

première est que le « Moi » est façonné par la société ;
la seconde est que l'individu vit dans un processus
continu de croissance et de changement, et la troisième
affirme que l'individu est reprogrammé dans sa capacité
à traverser ses stades de développement. Ainsi, doit-on
dire avec Bedard (1983) que nul ne peut contredit que

c’est grâce à Erik Erikson que l’on doit recourir pour

retrouver les fondements de la notion de crise lorsque
celle-ci est appliquée à la dynamique individuelle ? La
notion de crise, constate Bedard chez Erikson, s'insère
d'abord et avant tout dans la perspective d'une
dialectique développementale. Car, c'est lorsque «

l’être

croissant

» est confronté à des situations qualifiées à

juste titre de

« provocations

» qui réclament la mise en

place de données structurales, engendrées par
l'interaction

constante

entre

l'organisme

et

l'environnement, qu’il est appelé de poser, d'une façon

consciente ou inconsciente, des gestes précis. Ce sont
précisément

ces

provocations

qui

alimentent

l'éventualité du conflit car, «

dans chaque étape

successive

,

il faut voir une crise potentielle à cause du

radical changement de perspective qu’elle entraîne

»

(Erikson, 1972). Il va sans dire que les chercheurs
utilisent dans ce cas les concepts de crise d'identité, de
bouleversement

intérieur,

de

déséquilibre

psychologique, de désorganisation personnelle. Nous
rencontrons, d'autre part, ceux qui soutiennent que
l'adulte, tout en continuant à évoluer sur tous les plans,


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

30

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

doit faire face à des changements lui permettant de
s'adapter, même si la chose n'est pas toujours facile, aux
multiples situations qui marquent normalement cette
période de la vie. Dans ce cas, ce sont surtout les
concepts de transition, de passage, de transformation
qui sont mis en relief.

La crise de développement nait de la vulnérabilité dans
laquelle vit la personne parentifiée en rapport avec les
transitions de la vie. Ghliss et Voskresenskaya (2018)
proposent de penser la vulnérabilité comme un concept

« fluide » qui s’échelonne d’une v

ulnérabilité « ordinaire

»

à

laquelle tout être humain est confronté, qu’elle soit

liée

à

notre dépendance par rapport aux relations

sociales ou

à

des périodes particulières de la vie comme

l’enfance ou la vieillesse, ou encore maladie, vers une

vulnérabilité plus « spécifique » laquelle peut être
permanente, irréparable, comme dans le cas des vies
endommagées par des maladies incurables ou
handicaps, ou relative

à

des conditions d’existence

externes (précarité, chômage, situation illégale, etc.),
mais qui peut tout autant affliger toute vie ordinaire.

Plus qu’un statut ou une identité, la vulnérabilité

désigne une condition ; elle autorise des changements
fluides de degré ou de contexte. La parentification et

donc les trajectoires de la vie de l’individu ont un impact

sur le développement du sujet, la construction de son
identité et de sa dignité et son bien-être global. A 48 ou
50 ans environ,

Désiré

vit une crise totale dont il est

inconscient. Il se comportement comme un jeune

adolescent, ou un jeune adulte qui doit encore s’affirmer
au lieu de s’imposer, au lieu d’être stable

psychologiquement, moralement et sur tous les plans de
la vie. Car, durant nos entretiens, nous lui demandions si

le fait de s’occuper de toute sa famille, le fait de devenir

celui que son grand-père a choisi ou pour reprendre ses
propres termes « sacrifié

» pour maintenir l’équilibre

familial et répondre aux besoins de tous n’a pas eu de

conséquence dans sa quotidienneté ?

Désiré nous répond en ses termes : «

Ce système, ce

mode de vie a eu impact dans ma vie, ma jeunesse, ma

vie propre à savoir que je n’ai pas eu à bénéficier de mon
enfantillage ou je n’ai pas vécu normalement mon
enfance… regardant dans les meetings, les patrouilles
dans l’ensemble, je n’ai p

as eu à bénéficier de ça parce

que toutefois, ma grand-

mère rappelait que c’était des

mauvais couloir, et aujourd’hui, dans mon vieux âge, je

revoie encore ce temps précieux où je suis ignorant de

ce qui se passait,

j’essaye aussi de m’habillé comme je

suis habillé maintenant là. Comme un yoor, on dit
vulgairement au quartier, je suis un yoor nooorr, tout le

monde m’appelle papa yoor

?

Désiré se réclame de quelque chose, quelque chose lui

manque dans son fond intérieur qu’il doit absolument
combler mais qu’il ne pourra. La jeunesse est une
période passée qui se réclame toujours en lui, car il n’a

pas eu le temps de vivre avec les enfants de sa tranche

d’âge

pour

pouvoir

satisfaire

ce

stade

de

développement. Ce qui fait qu’aujourd’hui, il essaie en

vain de rattraper cette épisode, il se comporte comme
«

un yoor, s’habille comme tel, il est fier quand on dit de

lui dans son quartier qu’il e

st un père yooorr

» !! Que

veut dire faire, vivre, s’habiller, se comporter, agir,

comme un yoor ? Cette expression de « yoor » que
Dériré nous fait découvre dans ses propos est un style,
un mode de vie particulier, une façon très particulière

de s’habiller comparable à un

jeune-homme, un jeune

adulte immature ou mature.

Mais son comportement n’a rien à avoir avec ce qu’il se
représente ou qu’on pense de lui. Ce qui est évident ici

est que Désiré traverse une crise de développement, ce

qu’envisageait Erikson (1973). Car, il n’a pas su

structurer ce stade de développement,

il n’a pas

bénéficié entièrement de sa jeunesse. Il a grandi avec
des personnes plus matures, des personnes âgées qui lui

ont fait croire qu’il n’était pas nécessaire d’être avec les

enfants de sa classe, ou de même génération que lui. Or,
entretenir des relations avec les enfants de même
catégories, est une expérience capitale au bon
développement et au bien-

être du sujet. Ce qui fait qu’à

60 ou 65 ans, Désiré veut toujours se comporter comme

un jeune garçon. Il est fier de dire qu’il est un père

Yooor. Il

s’apprécie, se donne de la valeur en revivant à

plus de 65 ans ce stade, ses périodes de jeune qu’il

essaie de rattraper mais en vain. Car, ce qui est drôle est

que Désiré est parfaitement conscient qu’il n’est plus

jeune et ne devrait plus se comporter comme tel. Mais
malheureusement, il se vit dans sa peau.

«

Moi aussi je suis yoor, peu importe ce qu’on dit de mon

vieil âge et tout ça,(…) mais je veux m’habiller aussi
comme avant, c’est bien avec moi donc, je suis avec mes

qualités je fréquente déjà maintenant les bars, pour
essayer de voir ce que je devais viv

re à l’époque

-là, pour

essayer de comprendre ce qui devait se passer à

l’époque

-là et ce qui se passait même. Donc je passe


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

31

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

maintenant le temps de bal, de meeting, et tout ça, et

tout et tout (…) je courtise même des jeunes filles, cette

vie-

là je ne l’ai jamais eu, je ne l’ai pas connu, c’est pas

de ma faut. Voilà à peu près ça

» !

Ce qui se passe actuellement avec

Désiré

c’est qu’il

cherche à renouer des liens entre son passé douloureux

et son présent. Il sait pertinemment qu’il n’a plus l’âgé
de s’habiller comme un jeune homme, il est conscient
qu’il a déjà atteint un âge avancé mais il se comporte

malheureusement comme un jeune de 25ans. Cet acte

consiste à palier des aspects n’ont acquis, n’ont vécu
durant son enfance, son adolescence et durant l’âge
adulte. Désiré est engagé aujourd’hui dans une
concurrence presqu’inutile cherch

ant à prouver à ses

amis d’enfance, qui aux temps passés, s’étaient mariés,
avaient des enfants, afin de les affirmer qu’il est lui aussi
capable, d’avoir les enfants, se marier, changer des
femmes, fréquenter des points chauds… En cherchant à

le prouver,

Désiré se justifie qu’il attendait le bon

moment, le moment idéal pour faire sa vie. Or, l’on sait
qu’il vit une réelle crise développementale, une phase
d’ajustement, de réajustement, de compensation, des

réintégrations des aspects biologiques, psychologiques
physiques, relationnels qui lui ont échappé du moment

qu’il était sous l’emprise totale de sa grand

-mère.

Pour Brigaillère et Pontbriant (2019) un ou plusieurs

événements biographiques peuvent être à l’origine de
l’interruption de la fluidité du parcours d’un sujet le

conduisant à un «

carrefour à enjeux

». Quelque chose

vient éprouver le sentiment de stabilité et de nouvelles
interrogations existentielles apparaissent. Des conflits

d’engagement, de valeur, de loyauté viennent perturber

le sens de la vie. Le cas de Lyne est un bon exemple à
prendre en compte ici. Elle est une jeune adolescente de
15 ans qui reconstruit son histoire en ces termes : «

Je

m’appelle lyne, j’ai 15 ans, je vis paisiblement avec mes

parents et mon frère. Mon père est âgé et retraité et ma
mère était une jeune infirmière qui est morte dans un

accident de circulation alors qu’elle revenait de congé
dans son village. Je n’avais que 10 ans. Mon père n’a pas

pu digérer la perte de sa femme et a commencé à boire.
Il buvait en quantité pour pouvoir oublier sa peine, il
buvait au point de devenir irresponsable en nous

délaissant (…) Je devais alors m’occuper de la maison, de

mon petit frère et même de mon père. Je suis devenu la

femme de la maison. J’ai pu faire part de mon attitude
de faire les tâches ménagères qui m’étaient incombées

au sein du domicile familial. Quelques années plus tard,

mon père est atteint d’un cancer de foie. J’étais donc
appelé à lui porter secours, j’ai pu ainsi me porter

présente émotionnellement auprès de mon père durant
ses derniers jours

. ». Trois éléments majeurs vont

marquer ce récit de Lyne. D’abord la perte tra

gique de

sa mère lorsqu’elle n’avait que 10 ans, ensuite,
l’abandon familial du père et enfin le cancer et la mort

de son père. Le père abandonne la seule famille qui lui

reste juste parce qu’il n’a pas pu supporter le choc, la
situation traumatique d’avoi

r perdu sa femme. Lyne va

donc devenir la mère protectrice et répondre à tous
besoins de sa fratrie.

Les événements de la vie peuvent déboucher sur une
bifurcation que Bidart (2006, p. 32) définit comme
«

l’apparition d’une crise ouvrant un carrefour

biographique imprévisible dont les voies sont elles aussi,
au départ, imprévues

», même si elles vont rapidement

se limiter à quelques alternatives, au sein desquelles
sera choisie une issue qui induit un changement

important d’orientation. Une annonce subite ou une

situation imprévue fait irruption dans la vie du sujet et
le fait basculer de façon irréversible. Brusquement, le
sujet doit faire face à une nouvelle orientation de vie,

qui peut s’avérer chargée de facteurs déstabilisants.
C’est ce qui ressort des propos de Baba qui pense
qu’après le décès de sa mère, il fallait abandonner tous

ses propres projet

s pour s’occuper de l’éducation, de la

santé, du logement et de la nutrition de ses frères et

sœurs, les voir grandir normalement et même si cela lui

coutait sa propre vie. «

… j’avais plus

d’affection pour,

mes frères et sœurs, je ne pense qu’à eux et je

fais tout

pour eux au point de m’oublier moi

-même

(…),

Il fallait

murir mes frères et sœurs abattus et désespérés

; j’ai du

tout abandonné pour m’occuper de mes frères et sœurs.

Dès lors, je suis devenu forte, adulte, mature malgré

mon jeune âge. Je n’avais que 19 ans. A cet âge, j’ai

acquis des responsabilités parentales qui pesaient sur
mes épaules : je suis devenue précocement la mère, le
père absent imaginaire, la confidente de la petite famille
de ma mère. On a changé mon nom à celui de mère,
notre m

ère et c’est comme ça que je suis devenue

mature étant toute jeune

: j’inscrivais mes frères et

sœurs à l’école

; je gérais les petits problèmes de famille

bref j’étais

; je suis la mère : quelque temps »

N’est

-ce pas Ferenczi (1932) parlait de «

processus de

nourrisson savant

» pour désigner tout enfants dont la

maturation est trop rapide. Baba est donc à comparer
avec ce nourrisson savant donc parle Ferenczi. La


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

32

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

parentification tant alors à désigner un moment de la vie

ou l’enfant, par le surpoids des charges anticipe
précocement son développement. C’est dans ce sens

que Minuchin (1967) utilise, quant à lui, le terme enfant
parental pour désigner un enfant qui, par un contexte
économique

défavorisé,

assume

certaines

responsabilités au sein du foyer familial. C’est presque

que la même expression que formule Le Goff
(2005) quand il parle « enfant adultifié ». La

confrontation à l’épreuve de la parentification remet e

n

cause les modes de vie et de pensée habituels.

2)

Pratiques parentales parentifiantes

.

Les parents influencent

l’adaptation sociale de leurs

enfants de multiples façons. Ils doivent en premier lieu

favoriser le développement d’une

relation parent-

enfant harmonieuse et aider l’enfant à acquérir des

habiletés émotionnelles et sociales. Deuxièmement, ils
doivent organiser et offrir un environnement sécuritaire

qui favorise le jeu et l’exploration. Enfin, les parents

doivent encadrer l

’enfant, mais également l’encourager

à l’autonomie (Parke & Buriel, 1998). Ces différents rôles

sont compris sous le vocable général de «

pratiques

parentales

», qui chapeautent notamment les «

pratiques éducatives » et la « qualité relationnelle »
parent-enfant. Les pratiques éducatives se rapportent

aux différents moyens qu’adoptent les parents pour

éduquer et socialiser leur enfant. Habituellement, ces
pratiques

regroupent

des

dimensions

comme

l’engagement, la supervision et la discipline (Shelton,

Frick, & Wooton, 1996).

L’engagement dans une pratique éducative parentale

consiste en trois choses : l’engagement direct envers
l’enfant (quantité et qualité de temps accordé à
l’enfant); l’accessibilité et la disponibilité et enfin la

responsabilité pour le bien-être général d

e l’enfant

(Pleck, 1997). La supervision consiste en l’encadrement,

la surveillance ou la participation aux activités de

l’enfant (Hamel, 2001). Par contre la discipline quant à
elle comprend l’ensemble des moyens utilisés pour

contrôler le comportement de

l’enfant.

Par ailleurs, d’autres chercheurs ont plutôt étudié les

pratiques parentales sous l’angle de la qualité

relationnelle parent-enfant. Par exemple, Maccoby et
Martin (1983) conceptualisent la qualité relationnelle
selon deux axes. Un premier axe correspond au degré de

sensibilité des parents aux besoins de l’enfant (variant

de chaleureux et réceptif à fermer et rejetant). Un

deuxième axe examine le degré d’engagement et
d’exigence des parents (variant exerçant un contrôle

excessif et exigeant à permissif ( Vitaro et als 2008).

D’autres résultats démontrent que la chaleur et la

sensibilité des mères, évaluées quand leur enfant est
âgé de 12 mois, prédisent les habiletés sociales de

l’enfant quand il atteint l’âge de 54 mois (Steelman,

Assel, Swank, Smith & Landry 2002). De plus, selon ces
auteurs, le type de discipline préconisé par la mère
jouerait un rôle médiateur entre la chaleur maternelle

et les habiletés sociales de l’enfant. En effet, les mères

chaleureuses sont moins enclines à utiliser la punition,
physique ou autre, dans leurs pratiques disciplinaires, ce
qui en retour favoriserait le développement de
comportements sociaux.

Enfin, plusieurs chercheurs incluent dans l’étude des

pratiques parentales le sentiment d’efficacité vécu par
les parents dans l’exercice de leurs rôles parentaux. Sans

être une pratique éducative comme telle, cette
composante viendrait influencer

les

pratiques

parentales. Ainsi, un sentiment d’efficacité élevé
entraînerait une réponse plus positive de l’enfant alors
qu’à l’inverse, un faible sentiment d’efficacité serait

associé à des niveaux plus élevés de frustration des
parents et de comportements de méfiance de la part de

l’enfant (Jones &Prinz, 2005). À la lumière d’une

recension des études visant à évaluer le lien entre les
pratiques parentales et les difficultés de comportement
chez les enfants Vitaro

et

ses

collaborateurs,

répertorient quinze études qui ont pris en considération
à la fois les pratiques parentales des mères et celles des
pères.

Ils constatent que la majorité des études répertoriées
ont établi des liens entre certaines dimensions des

pratiques parentales (l’expression d’affects négatifs,
l’hostilité et les punitions corporelles) et la présence de

difficultés de comportement chez les enfants.

De plus, la qualité relationnelle notamment un faible
niveau de sensibilité et des affects de nature négative
semble jouer un rôle prépondérant dans le
développement des difficultés de comportement chez

les enfants. Les parents au lieu d’attrib

uer de tâches ou

des responsabilités plus lourdes aux enfant par rapport
à leur âge, devraient assumer leur fardeau et mieux

s’occuper de leurs enfants afin que ceux

-ci puissent

bénéficier de l’attention, de l’éducation, de la part des

parents pour se développer normalement. Les pratiques


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

33

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

parentales (bonnes ou mauvaises) influenceront sur le

développement psychosocial de l’enfant et par

conséquent son bienêtre.

L’inversion

des

rôles

parents

-enfants

a

des

conséquences énormes au sein de la famille. Ces
conséquences seront tant positives que négatives. Le cas
de Lyne par exemple nous a permis de mesurer le type

d’attachement, le type de relation qu’elle entretient

envers ses deux parents. La jeune adolescente de 15 ans
est plus attachée à sa mère malade, veille sur elle, la
protége. Dans ce cas de figure, les deux fonctions de la
prantification sont ressenties. Au sein du système

familial, l’on relève deux fonction

s de la parentification:

d’abord une fonction émotionnelle, basée sur la

médiation, la confidence et le soutien moral que Lyne
apporte à sa mère. Elle se substitue en père pour
consoler sa mère. La deuxième fonction de la

parentification qu’il faut prendre

en compte ici est celle

« instrumentale » car basée sur les tâches matérielles,

comme soigner physiquement un parent ou s’occuper

de la maintenance de la maison. Elle est donc plus
accablée par la satisfaction des besoins psychologiques
de sa mère. Les pr

opos de Lyne ne vont pas à l’encontre

de cette double fonction de la parentification. Elle

souligne d’ailleurs que

:

« j’ai été obligé de rentrer au

village pour être auprès de ma mère et pour pouvoir

m’occuper d’elle, car

mon père était tiraillé par ses

autres épouses. Je m’occupais d’elle, je lui donnais tout

soutient, réconfort, je faisais des jobs pour avoir de

l’argent et amener la mère à l’hôpital, je veillais à ce
qu’elle prenne ses médicaments … Ce n’était pas facile
mais je me bâtais. J’aimais bea

ucoup ma mère et sa

maladie m’a vraiment déstabilisé. Mais mon père par
contre… je le déteste

».

Par contre avec son père, Lyne n’avait pas la même

affection. Car, dit-elle «

mon père était responsable de

ce qui arrivait à ma mère, à moi ainsi qu’à mes frères et
sœurs… Je l’ai toujours détesté

». Lyne va donc vivre une

enfance

traumatisante. Une situation de vie qu’elle

qualifie elle-même de «

chaotique », de « désespoir »,

« apocalyptique

» au point où « j’ai tout abandonné pour

m’occuper de mes frères et sœurs et de ma mère

malade

».

A cet âge, j’ai acquis des responsabilités

parentales qui pesaient sur mes épaules : je suis devenue
précocement la mère, le père absent, imaginaire, la
confidente de la petite famille de ma mère »

. Baba aussi

dira que cette charge «

était devenue trop fort pour

moi

», c’est

-à-dire difficile à supporter. Lyne est

protectrice envers sa mère « fragile » et vulnérable. Ce
qui fait que, malgré son jeune âge, elle se met dans des

situations parentales afin de pallier l’incapacité de sa

mère à diriger la famille. Laquelle incapacité est
provoquée par la maladie. Face à la demande

parentifiante, Lyne pouvait ressentir de l’injustice, de la
colère, de l’agressivité envers tous ses parents par

moment.

3)

Que dire du bien-être des sujets parentifiés?

Les recherches du bien-être dans le domaine de la santé

accordent l’attention à la «

qualité de vie » et à la

« quantité de vie ». Plusieurs dimensions permettent de

comprendre l’état de bien

-être tant psychologique que

social du sujet : acceptation de soi, les relations avec les

autres, l’autonomie, maitrise de son environnement, la
croissance personnelle, l’estime de soi, l’équilibre,
l’engagement social, la sociabilité, le contrôle de soi, le

bonheur, le niveau de satisfaction de vie, la santé
mentale (Voyer et Boyer, 2001).

Pour L’OMS, la santé mentale recouvre à la fois ses

versants positifs et négatifs. La santé mentale
psychologique est définie comme «

un état complet de

bien-être physique, mental et social, ne consistant pas

seulement en une absence de maladie ou d’infirmité

».

Moro (2010) en s’appropriant cette conceptualisation

de la santé mentale, précise que la santé mentale ne

correspond pas seulement à l’absence de troubles
mentaux. C’est également un état de bien

-être dans

lequel chaque personne réalise son potentiel, fait face
aux difficultés de la vie, travaille avec succès de manière
productive et peut apporter sa contribution à la
communauté. La santé mentale relève dès lors deux
versants : positif et négatif et donc la détresse et le bien-
être psychologique. La

détresse s’exprime à travers des

comportements de colère, d’irritabilité, un sentiment
d’anxiété, d’épuisement, une tendance à se dévaloriser,
à s’isoler et un refus de s’engager. Le bien

-être à

contrario s’exprime par un sentiment d’équilibre et de

vital

ité, de valeur, de maitrise et d’efficacité

personnelle. Il se traduit également de la recherche des

relations, un besoin de s’engager dans les projets avec
autrui et de partage d’expérience mutuelle. La santé
psychologique à l’origine s’appréhension de ma

nière

générale quelque soient les sphères de vie concernées.
Dans une étude, Deschenes et Capovilla (2016)

s’expriment que, la personne qui éprouve un bien

-être

psychologique se sent sereine, en paix avec elle-même,


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

34

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

s’apprécie, apprécie ses réalisations, elle est toujours à
l’écoute et entretient de belles relations avec son
entourage. A l’inverse, les individus en état de détresse
psychologique éprouvent de l’agressivité, de l’irritabilité
et de l’impatience à l’égard d’autrui. Face à eux, ces

individus se sentent anxieux, tristes, dépressifs, stressés,
peine à affronter leurs problèmes, se sentent diminués
et voir même inutiles. Deschenes et Capovilla (2016)

tirent

comme

conclusion

que

l’auto

-efficacité

émotionnelle est un déterminant clé de la santé
psychologique.

Voyer et Boyer (2001) en faisant une récession des écrits
sur le bien-être psychologique et ses concepts voisins
mettant en relief les travaux de Ryff (1995) ; Massé et al
(1998) ; Bradburn (1969) ; Bryant et Veroff (1988).
Bradburn (1969) par exemple, donne avec tant de
précisions les éléments qui permettent au mieux de
définir le bien-être psychologique. Ainsi, les sentiments
intérieurs tels que : le sentiment de compétence,

l’estime de soi, les relations affectives, l’optimisme et le

bonheur sont des dimensions clés, le bien-être
psychologique étant la prépondérance des affects
positifs sur les affects négatifs. Bryant et Veroff (1988)
conçoivent le bien-être psychologique comme un
sentiment de bien-être, la perception de soi, les
symptômes de détresse et

l’adaptation de la personne

aux circonstances de la vie. Certains chercheurs

apportent plus d’attention sur le soutien social en
estimant que l’influence du réseau est fondamentale sur

le bien-être psychologique. Car, le réseau social exerce
un contrôle sur la vie de sujet. Ce qui est capital sur le
bien-être psychologique.

quatre dimensions permettent de caractériser la bien-
être psychologique : les caractéristiques personnelles à
savoir : son âge, état civil, mode de résidence,
enracinement ;

les

stress

personnel

et

environnemental : perception de sa résidence, de son
quartier, des revenus ; la troisième dimension se
rapproche aux facteurs cognitifs avec notamment le
système de croyance et enfin la dernière dimension fait
référence aux variables relationnelles donc au réseau de
soutien (satisfaction du soutien, soutien émotionnel,
réseau total, fréquence des rencontres et soutien

instrumental). L’approche de Ryff (1995) donne six

dimensions du bien-être et permet de généraliser toutes
les dimensions que ces prédécesseurs ont proposés. Ces
six dimensions du bien-être psychologique sont entre
autre

: l’acceptation de soi

; la relation avec les autres ou

l’ouverture du sujet au monde extérieur

; l’autonomie

du sujet ; la maitrise de son environnement ; avoir des
buts tout en ayant la capacité de percevoir en sens dans
ses relations passées et présentes ainsi que les
croyances qui donnent sens à sa vie enfin, la dernière
dimension touche le volet de la croissance personnelle
ou du développement du sujet.

Ce qui signifie dans cette dernière dimension que, la

personne doit s’épanouir, grandir, et bien se

développer. Le sujet est ouvert aux nouvelles
expériences et a le désir de réaliser son plein potentiel.

S’il faut revenir sur la dimension qui met l’accent

sur

l’ouverture au monde, l’on peut dire que, lorsque le
milieu ou l’entourage renvoie à l’individu parentifié une

image positive de lui-même, il joue un rôle essentiel

dans le maintien d’une estime de soi satisfaisante de ce

dernier. Cette approche de Ry

ff (1995) n’est pas

totalement différente des six dimensions du bien-être
que propose Massé et al. (1998) à savoir

: L’estime de

soi

; l’équilibre (stabilité en terme d’émotion, de

relation)

; l’engagement

; la sociabilité ; le contrôle de

soi et le bonheu

r. L’indice du bonheur étant la capacité

qu’a l’individu de se sentir bien dans sa peau, de jouir
pleinement de sa vie, d’avoir un bon moral et se sentir

bien en forme.

C’est ce que nous relevons des propos de

Désiré

quand

il dit : «

Dieu a béni

je vois comment cette famille a

grandi, comment elle évolue, comment les uns des

autres sont heureux, l’encadrement. Ils sont devenus des
responsables, … même jusque

-là, je ne baissais pas les

bras

» Or l’indice d’estime de soi fait référence au fait de

se sentir en confiance, s’apprécier, se donner de la

valeur à soi-

même, s’aimer, se voir utile, fier… Toutefois,

le bien-être psychologie ne compose pas toujours ou
seulement de variables positives. Car, il faut également

voir les dimensions négatives qui l’accompagnent

comme

: l’anxiété, la dépression, l’agitation, la

frustration.

Tout au long de son développement, l’individu doit

retrouver son équilibre psychosocial. Le concept de soi
joue un rôle clé et central dans le développement de la
personnalité, comme le soulignent les grandes théories
psychologiques : un concept de soi positif est à la base

d’un bon fonctionnement social et professionnel et de

lui dépend, pour une bonne part, la satisfaction

personnelle et le sentiment d’être bien avec soi

-même

(Goni et Zulaika, 001). Dans leur étude, Stéphan et


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

35

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

Maiano (2006), abordent les répercussions des résultats

d’un examen sur l’estime de soi global des étudiants. Ils

partent des travaux de Rosenberg (1979) qui définit

l’estime globale de soi comme un sentiment qu’éprouve
un individu à l’égard de ce qu’il pe

nse être. Ainsi, dans

son histoire de la parentification,

Désiré

n’a hésité de

nous faire part de ces émotions actuelles. «

Je suis très

ravie de la lourde charge que m’a laissé ma grande

famille, je suis vraiment de même sentiment fraternel
avec eux, aujo

urd’hui, ma grande famille se déroule bien.

Tout va bien avec mon concours et ma bénédiction qui

m’a été versé de mes grands

-parents, je puis déjà dire

que je suis très fière d’être chef de ma grande famille et

ça me rapporte beaucoup dans cette fraternité que je

fais aux uns et les autres font aux autres. C’est

-à-dire

après moi, mes petits-

frères s’en charge déjà aux

subordonnés qui ont toujours besoin

(Désiré).

Désiré éprouve ce sentiment de satisfaction, une paix

interne car, le processus de parentification s’est déroulé
d’une manière positive, avec reconnaissance, respect,

encouragement, des uns envers les autres. Ce qui le rend

plus fière, c’est le fait qu’il n’est plus seul à s’occuper de

la famille, ces frères ont grandi, ils travaillent, et sont

aujourd’hui reconnaissant de ce qu’il a fait pour eux.
D’où cette immense joie. Mais supposons un seul instant
que ces frères ne s’occupaient pas de lui après tout c

e

qu’il les a fait

? Quelle sera sa réaction, son

comportement à leur égard

? Qu’est

-

ce qu’il peut

ressentir dans ce cas ? Haine, jalousie, querelle,
violence, souffrance et douleur psychique intense.

La parentification, lorsqu’elle est destructive met
l'enfant au centre de tout reflèt. L’individu éprouve une

incapacité à définir ses règles et ses limites. Au lieu
d'encourager son estime de soi, cela renforce la
difficulté à accepter la frustration parentale. En effet,

des contraintes et des frustrations que subit l’enfant au
sein de sa famille risquent d’entrainer de sérieux

problèmes d'investissement ainsi que d'intégration au
groupe. Ces difficultés provoquent des blessures
narcissiques qui mettent l'estime de soi du sujet

parentifié à rude épreuve. Les parents qui n’arrivent pas
à reconnaitre par exemple les efforts de l’enfant pour
l’encourager, les parents qui prennent leur enfant pour

sacrifice, pour des bourreaux sans même tenir compte

de l’âge de

ce dernier ne peuvent qu’accentuer leur

manque t’estime. Le déni de reconnaissance à un impact
sur la construction de l’estime de soi.

Les théories du « soi » et de « l'estime de soi », la
perspective du « soi miroir », considèrent que le
concept de soi se développe sur la base des interactions
avec les autres. Dans cette perspective, Cooley (1902)
avance l'hypothèse selon laquelle le sentiment de valeur
de soi serait une construction sociale façonnée par les
interactions avec l'entourage et, cela, dès l'enfance. Cet
auteur introduit le concept de « l'effet de miroir social ».

L’expression désigne «

le regard des autres qui renvoie

des indications permettant au sujet de connaître
l'opinion qu'ils ont de lui

» (Lorinquer, 2005). Cette

opinion serait, par la suite, incorporée à la perception de
soi, une perception qui dépend étroitement de la façon
dont le sujet est perçu ou pense être perçu par Les
autres. Dubar (2000) préfère parler «

d'identité pour soi

et d'identité pour autrui

» pour montrer cette dimension

à la fois subjective et social de l’estime de soi.

Ainsi, la valeur que nous nous attribuons en tant

qu’individu

est

le

produit

de

dynamiques

interpersonnelles et sociales complexes. Pris dans ce

sens, l’estime de soi se définit comme un «

reflet des

évaluations de soi par autrui » (Crozet & Martinet,
2003). Pour ces auteurs, la menace exercée sur le
concept de soi par la possession d'une identité sociale
dévalorisée par autrui conduit directement à une

réduction d’estime de soi. La qualité des relations que
l’on entretient avec son milieu de vie ( famille,

quartier,

l’école, collègues, amis …) contribue à la coconstruction
d’une bonne ou mauvaise estime de soi. C’est ce qui
s’exprime des propos de Désiré dans cet énoncé

: «

Les

mamans qui sont là et qui nous regardent, je dois dire

une chose c’est que je ne suis plus le seul à répondre à

leurs besoins comme avant. Mes petits-frères sont là et
je suis fier de cette école. Cet apprentissage, cette
fraternité qui a grandi dans notre famille et je salue
ceux-

là qui m’ont formé au départ, je me disais que ce

n’était pas bien, mais, je constate que c’est une bonne
chose, je salue et j’aime cela et je continue avec le travail
dans la sérénité et avec bon cœur dans une réussite. La
famille doit toujours aller en avant et j’ai compris le

secret de la grande famille africaine en particulier la
famille Ndong Ntsama en Nsimalen, derrière cet

apprentissage que j’ai eu et que j’ai mis en pratique

».

Selon Crozet et Marinet (2003) c’est durant l’enfance et
l’adolescence que l’image construite par l’individu lui est

principalement renvoyée de son groupe social de

référence. De ce fait, lorsque le milieu ou l’entourage

renvoie aux enfants une image posit

ive d’eux

-mêmes, il


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

36

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

joue un rôle essentiel dans le maintien d’une estime de

soi satisfaisante de cet enfant. Ils font une recension des
écrits relatifs aux multiples possibilités des fluctuations

de l’estime de soi (Glen & Banse, 2004

; Blascovitch &

Tomaka, 1991). Pour leur part, Glen et Banse (2004) par
exemple pensent que les possibles fluctuations de

l’estime de soi peuvent être modifiées positivement ou

négativement, ou peuvent résister aux manipulations.

C’est ce qu’on a compris avec certains de nos
interviewés comme c’

est le cas de

Désiré

qui déclare :

«

Oui, cette responsabilité ne m’a pas seulement

apporter que ce retard, ces méfaits que je déplorent là,

ça m’a aussi apporter beaucoup de soutien, de bien à
savoir la gratitude que j’ai dans la région de Nsimalen, la
responsabilité où partout on m’appelle

et me propose

des postes de responsabilité par exemple

(Désiré).

Pour Lorinquer (2005) l'estime de soi est une dimension
fondamentale de la personnalité. Ainsi, pour un bon

équilibre psychique, l’individu et généralement l'enfant

a besoin de se sentir apprécié, valorisé et compétent.

L’estime de soi au sens de cet auteur, est un besoin vital

qui procure à chaque personne ce sentiment de sécurité
nécessaire pour pouvoir aborder les difficultés de la vie
avec une certaine confiance. Elle développe en soi un

sentiment d’appartenance et d’acceptation au groupe (

famille, école, travail et dans la société de manière
générale). Dans littérature scien

tifique, l’estime de soi

englobe une terminologie multiple et variée. Ainsi, l’on

parle généralement de conscience de soi, de perception
de soi, de concept de soi, de représentation de soi,
d'image de soi et même de l'identité (Lorinquer, 2005).

Certaines personnes, au lieu de développer une image

positive

d’elles

-mêmes,

sont

plutôt

blessés,

psychiquement, émotionnel et ont des comportements
à part par rapport aux autres. Ces individus sombrent

dans une extrême et totale vulnérabilité car, ils n’o

nt pas

suffisamment des ressources nécessaires pour faire face

au choc, à l’adversité et combattre au mieux la famille
parentifiante. La parentification surtout lorsqu’elle est

destructive peut avoir des influences négatives sur

l’ensemble du soi individue

l. Elle peut même être source

de stigmatisation du sujet parentifié. Ainsi, les groupes

stigmatisés du fait de la parentification parce qu’ils sont

confrontés à une dévalorisation de la part des autres,

devraient logiquement souffrir d’un déficit en estime

de

soi.

4)

Quand tout est histoire d’un destin

: la

parentification comme don ou legs.

Selon Le Goeff (2005), reconnaître la parentification d’un
membre d’une famille passe par des différentes variétés de

ses aspects cliniques. La parentification ne se réduit

toujours pas à la question de l’hypermaturité de l’enfant
comme résultante de l’imm

aturité de ses parents; elle

prend des formes variées en fonction de la configuration
spécifique du contexte familial et des relations
intergénérationnelles. Le cas de Désiré mérite une
attention particulaire. Son histoire nous a permis de voir
une nouvelle cause ou forme de processus de
parentification qui peut exister dans certaines familles. Une
parentification que nous qualifions de «

legs

». Elle est

donc fonction de sa destinée, et tient particulièrement

compte du contexte familial. L’attribution volontaire de

responsabilités à certains membres de famille, le

phénomène de succession, d’enfant remplacé sont négligés

par des thérapeutes f

amiliaux or, l’on observe des indices

de parentification. L’histoire de Désiré est un cas spécifique.

Enfant de remplacement, Désiré nait quand son grand-père
est sur le point de mourir. Car Désiré est choisi comme
successeur de son grand-père dès sa naissance et quelques
années après, il est appelé de prendre en main la lourde
responsabilité de toute la famille selon le strict respect des

derniers vœux de son grand

-père.

Il relate: «

Mon grand-père au nom de Ndong a eu à

engendrer au monde deux fils. L’un des deux fils a eu

à

engendrer quatre enfants. Trois filles et un seul garçon.

malheureusement, le garçon est parti à l’âge de huit ans et

il est resté avec trois filles. Le second enfant de grand-père

n’a pas donné d’enfant déjà…le grand

-père restant avec ses

trois filles et désespéré même à la limite, parce que notre
coutume dit

qu’il faut avoir des enfants garçons pour

protéger l’héritage. Parce que, la coutume béti

: la fille doit

partir en mariage. Grand-père étant fâché, il ne cessa de
demander à la grand-mère je veux un fils. La grand-mère
déjà la phase ménopause ne pouvait rien. Une autre chance

lui sourit quand il était sur son lit d’hôpital en agonisant

même, on lui rapporte une nouvelle : ta première fille venait
de mettre au monde un garçon. Le premier mot qui était

sorti de sa bouche était c’est moi

-

même d’où je porte son

nom moi-

même parlant maintenant…. Deux ans après qu’il

était parti, il a dit à la grand-mère avant de parti, je pars, je
ne peux plus rester dans ce monde, mais, je te laisse avec
mon bombo, il faut bien le protéger

».

Cette forme de parentification est de type adapté car,


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

37

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

Désiré malgré ses responsabilités plus importantes que
ne le voudrait son âge, reste soutenu par sa famille ou
son réseau social. Tout se résume dans les propos de son
grand-

père lorsqu’en agonisant, recommande à sa

femme de « bien le protéger

». Dans une étude,

Minuchin (1974) décrit l’enfant parental comme le
passage d’un enfant du sous

-système enfant au sous-

système parental ou grand-parental. Pour Carr (2000),

l’enfant parental est «

un enfant qui, en fonction d’une

coalition intergénérationnelle avec un parent, est utilisé
de manière inappropriée à avoir une autorité parentale
envers les autres enfants de la famille

». Désiré est un cas

typique de cette description d’enfant parental que font

ces auteurs. Dans ces propos, il énonce : «

À l’âge de

seize ans, surpris… Ma grand

-

mère m’a dit que c’est moi

qui devrait m’occuper de la famille tel était le vœux de

mon grand-

père…que je dois apprendre à juger les

problèmes de la famille. Je dois apprendre à prendre des
décisions au sein de la f

amille, à l’âge de seize ans, je n’en

revenais pas. Qu’elle était cette situation là où les gens
s’emmenaient, mes petits frères et tout ça. Ils
s’amenaient avec des petits

-problèmes où on me

demandait mon avis. J’essayais de me battre. C’est
comme ça que j’ai commencé ma res

ponsabilité entre

autre, ça troublait un peu ma conscience car, je suis avec

l’école, je suis encore avec les problèmes de la famille,

chaque fois, toutefois les deux, les trois jours, je dois
parler un petit problème où ma grand-

mère m’impose

dire ce que je vois par rapport à ce problème

».

Si des chercheurs ont distingué trois niveaux
generationers: la parentification comme grands-
parents, la parentification comme époux et la
parentification vis-à-vis de la fratrie, de ces trois formes,

deux sont observées dans l’histoire de

Désiré: la

parentification comme grands-parents et celle de la
fratrie. Car, Désiré avait pour responsabilité, de veiller
sur sa grand-mère et sur ses propres frères. Le Goff
(2005), procède que, dans un couple ou dans une
famille, un membre est à un moment donné plus
parentifié que les autres, mais il lui est possible de

retrouver sa position d’enfant, de parent ou d’époux et
d’être soutenu affectivement ou matériellement par les
autres quand le besoin s’en fait sentir. Dans ces
conditions, la parentification est l’expression d’un
processus de solidarité entre les membres d’un couple
ou d’une famille où la souffrance de l’un active les

facultés de solidarité et de sollicitude.

Discussion

Le processus de parentification, le développement et le
bien-

être du sujet n’ont aucun sens si l’on n’interroge la

qualité des interactions qui lient chaque individu avec

son milieu. Les interactions sont donc au cœur du

processus de développement, de socialisations et du
bien-être.

Mead (1934) concepteur de la théorie des

interactions symboliques, affirme que la participation
d'une personne à un groupe social dépend largement de

sa compréhension de l’environnement symbolique du

groupe et de son habileté à fonctionner avec ce système
de symboles. Chaque individu possède et développe,
tout au long de son existence, une identité constituée
d'une structure unique de significations lui servant à
décoder

divers

environnements

symboliques.

Lorsqu'une personne adhère à un groupe social
particulier et acquiert un rôle, elle s'inspire des
significations acquises à travers sa socialisation
antérieure pour définir et exécuter ce nouveau rôle. La
parentification étant un phénomène total de distorsions
de rôles parents-enfants, nous invite à analyser le
comportement et les réactions du sujet parentifié
envers les membres de sa famille dans une dynamique

d’interaction. Car, l'humain et l'organisation sociale ne

peuvent être compris sans l'analyse des interactions. En
effet, quand deux ou plusieurs personnes interagissent,
leurs identités changent, leurs rôles sont recréés,
chaque personne influence l'action de l'autre et oriente
ses propres actions sur la base des actions de l'autre.

L'interaction sociale est essentiellement un épisode de
la socialisation à travers laquelle les croyances sont
vérifiées, agies, modifiées. Du point de vue
interactionniste symbolique, la socialisation est un
processus continu, cumulatif et réciproque. Continu
puisque la personne est sans cesse confrontée à de
nouvelles informations qui contribuent à modifier son
identité,

la

conception

de

ses

rôles

et

l'opérationnalisation qui en découle. Cumulatif, en ce
sens que l'identité et les rôles acquis antérieurement
servent à définir les nouveaux rôles, d'où les stéréotypes
utilisés par les individus, aussi bien pour se décrire que
pour définir les autres ou prévoir leurs actions.
Réciproque, car l'individu est à la fois objet et agent de
sa socialisation. La personne est modelée par les
interactions, lesquelles sont influencées par la structure
sociale (Stryker 1981).

Selon Heiss (1981) et Landry (1989), plus les personnes
ont reçu une socialisation antérieure différente de celle
des responsables de la socialisation, plus elles sont


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

38

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

susceptibles d'endosser une conception particulière de
leur rôle. Lorsque de nouvelles conceptions ne peuvent
surgir

à

la

faveur

des

interactions,

des

opérationnalisations particulières du rôle sont adoptées
par les individus. Dans ces circonstances, le principe de
continuité

implique

souvent

l'utilisation

des

stéréotypes. Toutefois, bien que la socialisation des
individus s'effectue à la faveur des interactions sociales,
elle peut continuer même lorsque l'individu n'est pas en
relation avec d'autres, grâce à son habileté à imaginer
les réponses des autres. Ce phénomène renvoie à deux
autres concepts clés de la théorie interactionniste
symbolique : la prise de rôle et « l'autre généralisée ».

La prise de rôle, préalable à l'acquisition d'un rôle,
essentielle au développement de l'identité et de la
société, correspond à la capacité de la personne à
prendre la place des autres en imagination et à prévoir
leurs réponses à l'action qu'elle-même compte
entreprendre. La prise de rôle est à la base de la société
parce que ce processus de coopération est nécessaire au
maintien de toute société organisée. La coopération
n'est possible que si chaque individu est capable de
prévoir l'action générale des autres membres de la
communauté, c'est-à-dire « l'autre généralisé-e ». Le
type de prise de rôle dans lequel l'individu s'engage
dépend en partie de la situation dans laquelle s'effectue
cette prise de rôle. Les interactionnistes se sont surtout
intéressés aux situations d'interactions mais, comme l'a
montré Powers (1981: 297), diverses conditions
structurelles tendent à être associées à des types
particuliers de prise de rôle.

La place occupée par les individus dans une hiérarchie
est notamment importante. Les personnes qui occupent
les positions supérieures d'une structure sociale
peuvent avoir moins de raisons de prendre en
imagination la place des autres que celles occupant les
échelons inférieurs et pour lesquelles il est crucial de
saisir et de prévoir les actions des autres. Par ailleurs, la
pression à s'engager dans une prise de rôle visant à
s'approprier certaines des significations des autres
apparaissent plus clairement quand la conformité est
définie comme nécessaire au maintien d'un certain
statut ou quand l'adhésion à un nouveau groupe social
est recherchée. Le processus de prise de rôle et de
dialogue interne avec « l'autre généralisé-e », qui lui est
associé, mène à la fusion entre l'identité personnelle et
le ou les rôles sociaux (Powers 1981 : 287).

La notion de rôle et les processus qui l'entourent
nécessitent d'être précisés et intégrés à un cadre
conceptuel plus large que celui des interactions. Selon
Turner (1985: 27), l'acquisition d'un rôle doit tout
d'abord être comprise comme un processus dynamique
et complexe plutôt que comme un strict processus de
conformité à des normes ou à des attentes sociales. Le
rôle doit faire référence à une «gestalt» plutôt qu'à un
répertoire de comportements. La personne retient des
significations

plutôt

qu'elle

n'apprend

des

comportements.

Les rôles ne sont pas fixes et parfaitement déterminés
mais négociés à la faveur des interactions. La conception
et l'opérationnalisation d'un rôle et tous les processus
créatifs qui lui sont associés sont en constante
opération, même dans les situations les plus rigidement
définies. De fait, l'individu organise et interprète les
différentes attentes sociales en fonction de ses propres
buts et opinions et oriente sa conduite selon ce
processus d'interprétation et d'organisation complexe.
Le rôle devient à la suite de ce processus un ensemble
de significations partagées. La conception et
l'opérationnalisation d'un rôle sont donc des compromis
qui ne reflètent pas nécessairement les buts et opinions

véritables des divers’ participants et participantes. C'est

dans la compréhension de ces processus complexes
d'interactions que les concepts issus de la théorie
interactionniste symbolique sont utiles, que ce soit le
concept d'identité, celui de prise de rôle, ou celui de «
l'autre généralisée ».

Peut-

on envisager la parentification de l’enfant, de

l’adolescent et de l’adulte sans faire référence à
l’attachement? Il est clair que la réponse est non. Car,
notre étude permet de voir l’impact de la parnetification

dans le processus de développement du sujet.

L’attachement permet de voir l’interaction qui se joue
entre l’individu parentifié et le parents, leur rapport,

leur lien, les sentiments, les comportements des uns

envers les autres, l’attribution des rôles.

Pour les théoriciens d’attachement, les enfants en bas

âge s'attachent aux adultes qui se montrent sensibles et
attentionnés aux interactions sociales avec eux, et qui
gardent leur statut de «

caregiver

» d'une façon stable

au moins plusieurs mois durant la période qui va de l'âge
de six mois environ jusqu'à deux ans. Les réponses de
l'entourage au comportement de l'enfant guident le
développement

de

schèmes

d'attachement.


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

39

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

L’attachement est un lien affectif entre un individu et

une figure d'attachement.

Serpa (2017) établie dans son étude le lien entre

l’attachement et le développement de l’enfant. Il

constate dans ces travaux que, dans la théorie de

l’attachement, «

être attaché à quelqu’un

» signifie

qu’en cas de détresse, l’on se tourne vers cette personne

spécifique pour y trouver un sentiment de sécurité. Ce

qui semble de plus important dans la mesure où l’on se

demande

: si l’enfant devenant parent de son parent et

devient par conséquent lui-même responsable de ses
propres besoins et ceux de sa famille, son
développement sera-t-il normal ? Si oui, quelle sera la
nature des interactions entre cet enfant et ces parents?
Les approches maturationnistes pensent que, le

développement de l’enfant se fait par étape. L’individu
parentifié que ce soit à l’enfance, à l’adolescence ou
même à l’âge adulte ne pourrait

-il pas avoir des

répercussions futures dans son développement

si l’on

s’appuie de l’approche psychosociale de Erikson?

L’on constate avec Barbey

-Mintz (2011) que la théorie

de l’attachement modélise la place et l’importance des

relations, ainsi que la dimension interpersonnelle dans

le développement psychoaffectif de l’être humain.
L’attachement est un système «motivationn

el» inné qui

s’active soit parce que l’environnement est perçu
comme hostile, soit parce que l’individu ressent un

déséquilibre interne. Barbey-Mintz (2011) recense les

différentes conditions de la construction d’un sentiment
de sécurité du lien qui met l’

enfant en confiance et lui

permet de développer, en toute tranquillité, ses
nouvelles compétences cognitives, ses capacités de
régulation émotionnelle, pour une meilleure exploration

du monde. Il s’agit de la disponibilité, la continuité, la

séparation lim

itée dans le temps en fonction de l’âge de

l’enfant, l’aménagement des passages d’une figure
d’attachement à une autre, les réactions prévisibles de
la part d’adultes cohérents et fiables, la qualité des
réponses et adéquation aux besoins de l’enfant.

L’individu parentifié surtout lorsque la parentification

est de type destructif, peut développer à un moment de
sa vie, des comportements désorganisés face à une

figure d’attachement. Ces manifestations sont

spécifiques à la relation. Les risques évolutifs de cet
attachement et de ce type de parentification
désorganisés peuvent entrainer des manifestations
agressives, des colères intenses et des troubles du

comportement essentiellement liés à des problèmes
importants de régulation émotionnelle. Comme le
rappelle Barbey-Mintz (2011), «

ces enfants risquent de

présenter des troubles de la personnalité à

l’adolescence

»

. Avec le phénomène de parentification,

il y a inversion des rôles. Au lieu que le parent s’occupe

de son enfant et répondre efficacement aux besoins de

ce dernier, c’est plutôt l’enfant qui porte le lourd
fardeau en s’occupant de ses parents. Il y a donc

ici, un

risque de mal être (parentification destructive) ou de
bien-être (parentification constructive). Dans le

développement de l’enfant, la p

arentification peut

impacter positivement ou négativement la qualité de

relation d’attachement parent

-enfant.

Conclusion

La famille est «

un ensemble d’éléments plus au moins

interdépendants réagissant les uns sur les autres, mais
tel que, à travers ses différentes interactions leur
ensemble garde son unité et ses caractéristiques
structurelles propres. Ce groupe familial, comme tous les
groupes, présente ainsi un équilibre dynamique, pris

entre des facteurs poussant à une évolution et d’autres

réalisant une « homéostasie

» tendant à rétablir

l’équilibre précédent » (Lemaire, 2007, p.15). La famille
est « un groupe d’individus unis par des l

iens

transgénérationnels et interdépendants quant aux
éléments fondamentaux de la vie » (Doron, Parot, 2011,
p.295). Décoret (1998), dans une perspective biologique
et génétique pense une famille est constituée par un
homme et une femme conjoints et leur descendance. La
famille est parfois aussi définie simplement comme un

ensemble d’adultes et d’enfants vivant sous un même

toit. Sur le plan affectif, une famille peut comprendre un

couple d’adultes et des enfants qu’ils aiment et élèvent.

Enfin, juridiquement, la famille regroupe des parents et

des enfants autour d’obligations et des droits.

Cette conceptualisation permet de voir que, la famille

est un système, un ensemble d’éléments organisé mis

en interaction les uns les autres. Chacun des membres a
une place et joue un rôle spécifique. Cette étude nous
permet de voir la famille comme tout.

C’est

-à-dire un

système. Elle est beaucoup plus axée sur les familles de
type pathologique qui désignent des familles
dysfonctionnelles et qui ne sont pas ou plus capables de
remplir leurs fonctions et deviennent de ce fait, des
facteurs de risque de pathologie pour un ou plusieurs de
leurs membres. Contrairement aux les familles dites


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

40

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

saines c’est

-à-dire fonctionnelles, autrement dit celles

qui sont flexibles, capables de remplir leurs tâches et de

s’adapter aux changements. L’étude nous permet de

prendre compte la dynamique familiale pour
comprendre

le

fonctionnement

des

familles

pathologiques. Mohring (2006) conçoit la dynamique
familiale comme « les forces qui opèrent dans la famille

». Pour explorer cette dynamique, l’auteur dégage les

cinq

grands

aspects:

la

transmission

intergénérationnelle, l’assignation des rôles dans la

famille, les modalités du lien, le niveau structurel et

l’aspect de l’adaptation. Ainsi, la dynamique familiale

renvoie à un «

un ensemble d’éléments comprenant la

structure familiale et ses interactions. Cette structure est
illustrée par la hiérarchie familiale et les différents sous-
systèmes

» (Sylvestre, 2017, p.279).

Par contre le fonctionnement familial renvoie à cette «

dynamique résultant de l’interaction entre les personnes

qui composent la famille et sur comment celle-ci
influence la conduite de ses membres

» et à «

l’interaction entre la personne et les divers

environnements avec lesquels elle doit composer et les
différents facteurs de risque et de protection qui ont pu
influencer son parcours développemental, la famille
étant considérée ici comme un de ces environnements »
(Pauzé et al, 2017, p.298). Pour la psychanalyse, le terme
dynamique «

qualifie un point de vue qui envisage les

phénomènes psychiques comme résultant d’un conflit et

de la composition de forces exerçant une certaine
poussée, celle-

ci étant en dernier ressort d’origine

pulsionnelle

» (Laplanche & Pontalis, 1994, p.123).

Elle s’étaye dans un premier temps sur le concept de

parentification qui est une inversion de rôle parent-
enfant pour saisir ses effets tant positifs que négatifs sur
le développement global du sujet. Pour mieux
questionner la dynamique familiale des familles dites
parentifiantes et donc pathologique et comprendre leur
fonctionnement, nous avons pris en compte les
pratiques parentales. Puis, nous avons analyser aux
travers de nos entretiens, le vécu subjectif et social de
nos répondants. Ces analyses ont en commun un
ancrage sous-sous-

fonds de l’histoire de l’histoire ou des

récits de vie de chaque famille et beaucoup de chaque
sujet parentifié. Par contre, pour comprendre le bien-
être, nos analyses de données prennent en compte les
indicateurs et indices de bien-être psychologique et
social de Voyer et Boyer (2001) à savoir

: l’

acceptation

de soi, les relations avec les autres, l’autonomie,

maitrise de son environnement, la croissance

personnelle, l’estime de soi, l’équilibre, l’engagement

social, la sociabilité, le contrôle de soi, le bonheur, le
niveau de satisfaction de vie, la santé mentale (Voyer &
Boyer, 2001). Or, pour comprendre le mal-

être, l’on

attribue tout simplement une connotation négative à
certains indicateurs et indices de bien-être : maque ou
faible confiance en soi, défaut de socialisation, manque

d’engament, défaut d’équilibre d’une part, de l’autre,

la

conception de la santé mentale nous a permis de relever
dès lors deux versants du bien-être : positif et négatif et
donc la détresse et le bien-être psychologique. La

détresse s’exprime à travers des comportements de
colère,

d’irritabilité,

un

sentiment

d’anxiété,

d’épuisement, une tendance à se dévaloriser, à s’isoler
et un refus de s’engager. C’est cette dernière versant

(détresse) qui nous

a permis de mieux analyser l’état de

mal-être des sujets parentifiés à partir des informations

fournies par les interviewés. C’est à traves de notions de
crise et de trajectoires de que l’on a explorer et mené

nos analyses sur le développement du sujet.

Enfin, en dehors des grands types d’approches de la

parentification connus par les grands théoriciens :
parentification destructive, constructive, absence de
parnetification et infantilisation, nos données terrain

nous ont permis d’explorer une nouvelle ap

proche du

phénomène d’inversion ou de distorsion de rôle au sein

du système familial. Cette nouvelle approche, nous

l’avons formulée

: la parentification comme don ou legs.

Cette forme bien qu’étant non explorée, existe

beaucoup plus en contexte africain en général et au
Cameroun en particulier. Elle suit généralement

l’histoire profonde de certaines familles et de certains

individus et est une attribution volontaire de tâches.

Elle

peut avoir des origines sous forme d’attribution

volontaire de responsabilités à certains membres de

famille, le phénomène de succession, d’enfant remplacé
qui sont négligés par des thérapeutes familiaux or, l’on

observe des indices belle et bien, des indices de
parentification.

Références

1.

Le Goff, J-F. (2005). Thérapeutique de la

parentification: une vue d’ensemble. Thérapie

Familiale, Vol.(3), N° (26).

2.

Dessoy, E., Stassart, M., Courtois, A., Haxhe, S.,
Bernaerts, G., De Keyser, A., Nyssens, G.
Parentification

Infantilisation. Le processus


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

41

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

d’individuation de la mère d’Anne. Thérapie

familiale, vol (26), N° (1).

3.

Jouve, P. et Bossuroy, M. (2021). Les enfants qui

jouent le rôle d’interprète pour leurs parents : de la

parentification à la parentalisation. Érès ; Dialogue,
vol (3), n° (233).

4.

Castro, D.M., Rebecca, A. J., Mirsalimi, H. (2004).

Parentification and the Impostor Phenomenon: An

Empirical Investigation. The American Journal of
Family Therapy.

5.

Kelley, M.L., French, A., Bountress, K., Gumienny, L.,
Heather, A., Schroeder , V., Steer , K., & Fals-Stewart,
W. (2007). Parentification and family responsibility
in the family of origin of adult children of alcoholics.
Addictive Behaviors 32.

6.

Arnaudeau, S. et Berdoulat, E. (2021). La
parentification au sein des séparations parentales
conflictuelles Le cas de Marie.

7.

Blacioti, E. (2020). La déparentification ou

l’élaboration de la parentification dans la

psychothérapie. Dialogue, vol (3), N°(229).

8.

Langevin, R. et al. (2017). Les croyances culturelles
sur la santé mentale : points de vue de parents

francophones migrants de l’Afrique subsaharienne.
Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence

(2017).

9.

Fortin, A. & Lachance, L. (2011). La parentification

chez l’enfant exposé à la violence conjugale. Dans

Revue internationale de l'éducation familiale, vol
(1), n° (29).

10.

Fortin, A. ( 2005). Le point de vue de l’enfant sur la

violence conjugale à laquelle il est exposé.

11.

Byng-Hall, J. (2007). Soulager le fardeau des enfants
parentifiés dans les familles présentant des modes

d’attachement insécurisés. Devenir Vol (3), n° ( 19).

12.

Le Goff, J-F. (2011). La stigmatisation des familles
monoparentales Thérapie familiale dans des
quartiers dits « difficiles ». Éditions Érès, vol (4), (n°
194).

13.

Savard, N. & Zaouche, G. (2011). Points de repères

pour examiner le développement de l’enfant exposé

aux violences conjugales. L'Harmattan vol (1), n°
(29).

14.

Doucet, M. (2006). Relation entre le point de vue de

l’enfant sur la violence conjugale, la parentification

et les conflits de loyauté. Mémoire de psychologie,
Université de Montréal.

15.

Wendland, J. (2017). Impact des troubles maternels
bordeline et psychotiques sur les relations mère-
enfant : une revue de littérature. Office de la

naissance et de l’enfance, vol (1).

16.

Michard, P. (2013). Histoires de comptes familiaux.
De Boeck Supérieur, vol (2), n° (51).

17.

Le Goff, J-

F. (2012). Douleur de l’enfant et thérapies

avec les familles De l’impasse à l’imaginaire familial.

18.

Haxhe, S. (2016). Parentification and related
processes : Distinction and implications for clinical
practice.

19.

Guédeney, N., Guédeney, A. & Rabouam, C. (2013).
Violences conjugales et attachement des jeunes
enfants.

20.

Berdot-Talmier1, L., Aubrion, C., Pierrehumbert, B.
& Zaouche Gaudron, G. (2016). Représentations

d’attachement chez les enfants, âgés de 3 à 7 ans

,

exposés aux violences conjugales. Devenir vol (1),
n°( 28).

21.

Habets, I. ( 2014). Liens d’attachement à
l’adolescence, une inscription dans le temps et dans
l’espace de la famille et de la société. Cain. Info, Vol

(35), N° (3).

22.

Guédeney, N. (2011). Les racines de l’estime de soi :
apports de la théorie de l’attachement. Devenir Vol

(2), Vol (23).

23.

Heck, L. & Jeanne, P. (2011). Vous avez dit «
parentification » ? Revue du concept et
réactualisation selon les derniers résultats
empiriques. Thérapie Familiale, Vol (2), N°( 32).

24.

Farida, B. (2016). Le dysfonctionnement de la

fonction paternelle chez l’adolescent délinquant : à
propos d’un cas de parentification.

25.

Agier, M. (2012). Penser le sujet, observer la
frontière

? Le décentrement de l’anthropologie.

26.

Franzen, J. (2002). Le sujet cérébral.

27.

Fourquet-Courbet, M-P. (2010). La communication
médiatique: interactions humaines et sociales

médiatisées. Mémoire de master pour l’obtention
de l’Habilitation à Diriger des Recherches en


background image

The American Journal of Social Science and Education Innovations

42

https://www.theamericanjournals.com/index.php/tajssei

The American Journal of Social Science and Education Innovations

Sciences de l'Information et de la Communication.

28.

Lecorps, P . (2004). Education du patient : penser le
patient comme « sujet» éducable?

29.

Boucher, N. (2012). le sujet handicapé : évocation du
lien psychique et du lien social.

30.

Guichard, J. (2000). Cadres et formes identitaires
Vicariantes et pratiques en orientation.

31.

Poughon, J-M (2012). La personne juridique ou le
complexe de Prométhée.

32.

Bitogo, J.B. (2018). Effets des mutations sociales sur
la

construction

identitaire.

Une

clinique

interculturelle du sujet adolescent au Cameroun.
Thèse de Doctorat en psychologie clinique,
psychopathologie.

33.

Dumaret, A-C., Donati., P., & Crost., M. (2009).

Entrée dans la vie adulte d’anciens placés en village
d’enfants : Fin des prises en charge et parcours
d’accès à l’autonomie. Open édition, Automne,

N°(8).

34.

Claes, M. (2004). Les relations entre parents et
adolescents : un bref bilan des travaux actuels.

35.

Barbot, B. (2008). Structures identitaires et

expression créative à l’adolescence.

36.

Capponi, I. & Horbacz, C. (2007). Femmes en
transition vers la maternité : sur qui comptent-elles
?

37.

D’Amore, S. (2015). Le deuil du deuil : transitions

critiques, pertes et nouvelles identités du familial.
Dans Thérapie Familiale, Vol (1), N°( 36).

38.

Martin, C. & Leloup, X. (2020). La parentalisation du
social.

39.

De Boeck, J. (2021). Étude exploratoire des

manifestations et de la perception du processus de
parentification chez un jeune adulte en couple.

Mémoire de l’obtention du grade de Master en

sciences psychologiques, à finalité clinique.

40.

Artaud, G. (1982). La crise d’identité de l’adulte et

ses incidences éducatives. Vol (8), N° (3).

41.

Bédard, R. (2983). Crise et transition chez l’adulte

dans les recherches de Daniel Levinson et de Bernice
Neugarten. Vol (9), N°(1).

42.

Flavigny, H. (2011). Urgences psychiatriques et/ou
centres de crise? Dans Adolescence Vol (3), N°(3).

43.

Delille, E. (2017). Crise d’originalité juvénile ou

psychose débutante ? Les représentations de

l’adolescence « à risque

» après-guerre en France et

en Allemagne.

44.

Tavoillot, P-

H. (2013). Âges de la vie. La crise de l’âge

adulte.

45.

Hugon, P. (2010). La crise va-t-elle conduire à un
nouveau paradigme du développement ?

46.

De becker, E. (2007). Les «psys» face aux
maltraitances à enfants.

47.

Besnard, T., Verlaane, P., Capuano, F., Poulin, F,
Vitaro, F. (2009). Les pratiques parentales des pères
et des mères et les difficultés de comportement des

enfants d’âge préscolaire : différences et

similitudes. Vol (38), N° (1).

48.

Mayaux, F-X., Viode, C. & Derivois, D. (2016). La

dynamique relationnelle entre l’éducateur et
l’enfant en contexte de placement familial. Elsevier

Masson.

49.

Boutanquoi,M. (2023). Faire dire ou faire advenir
une parole:

quelques réflexions sur l’entretien de

recherche. Fall, Vol (42), N° (2).

References

Le Goff, J-F. (2005). Thérapeutique de la parentification: une vue d’ensemble. Thérapie Familiale, Vol.(3), N° (26).

Dessoy, E., Stassart, M., Courtois, A., Haxhe, S., Bernaerts, G., De Keyser, A., Nyssens, G. Parentification – Infantilisation. Le processus d’individuation de la mère d’Anne. Thérapie familiale, vol (26), N° (1).

Jouve, P. et Bossuroy, M. (2021). Les enfants qui jouent le rôle d’interprète pour leurs parents : de la parentification à la parentalisation. Érès ; Dialogue, vol (3), n° (233).

Castro, D.M., Rebecca, A. J., Mirsalimi, H. (2004). Parentification and the Impostor Phenomenon: An Empirical Investigation. The American Journal of Family Therapy.

Kelley, M.L., French, A., Bountress, K., Gumienny, L., Heather, A., Schroeder , V., Steer , K., & Fals-Stewart, W. (2007). Parentification and family responsibility in the family of origin of adult children of alcoholics. Addictive Behaviors 32.

Arnaudeau, S. et Berdoulat, E. (2021). La parentification au sein des séparations parentales conflictuelles Le cas de Marie.

Blacioti, E. (2020). La déparentification ou l’élaboration de la parentification dans la psychothérapie. Dialogue, vol (3), N°(229).

Langevin, R. et al. (2017). Les croyances culturelles sur la santé mentale : points de vue de parents francophones migrants de l’Afrique subsaharienne. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence (2017).

Fortin, A. & Lachance, L. (2011). La parentification chez l’enfant exposé à la violence conjugale. Dans Revue internationale de l'éducation familiale, vol (1), n° (29).

Fortin, A. ( 2005). Le point de vue de l’enfant sur la violence conjugale à laquelle il est exposé.

Byng-Hall, J. (2007). Soulager le fardeau des enfants parentifiés dans les familles présentant des modes d’attachement insécurisés. Devenir Vol (3), n° ( 19).

Le Goff, J-F. (2011). La stigmatisation des familles monoparentales Thérapie familiale dans des quartiers dits « difficiles ». Éditions Érès, vol (4), (n° 194).

Savard, N. & Zaouche, G. (2011). Points de repères pour examiner le développement de l’enfant exposé aux violences conjugales. L'Harmattan vol (1), n° (29).

Doucet, M. (2006). Relation entre le point de vue de l’enfant sur la violence conjugale, la parentification et les conflits de loyauté. Mémoire de psychologie, Université de Montréal.

Wendland, J. (2017). Impact des troubles maternels bordeline et psychotiques sur les relations mère-enfant : une revue de littérature. Office de la naissance et de l’enfance, vol (1).

Michard, P. (2013). Histoires de comptes familiaux. De Boeck Supérieur, vol (2), n° (51).

Le Goff, J-F. (2012). Douleur de l’enfant et thérapies avec les familles De l’impasse à l’imaginaire familial.

Haxhe, S. (2016). Parentification and related processes : Distinction and implications for clinical practice.

Guédeney, N., Guédeney, A. & Rabouam, C. (2013). Violences conjugales et attachement des jeunes enfants.

Berdot-Talmier1, L., Aubrion, C., Pierrehumbert, B. & Zaouche Gaudron, G. (2016). Représentations d’attachement chez les enfants, âgés de 3 à 7 ans, exposés aux violences conjugales. Devenir vol (1), n°( 28).

Habets, I. ( 2014). Liens d’attachement à l’adolescence, une inscription dans le temps et dans l’espace de la famille et de la société. Cain. Info, Vol (35), N° (3).

Guédeney, N. (2011). Les racines de l’estime de soi : apports de la théorie de l’attachement. Devenir Vol (2), Vol (23).

Heck, L. & Jeanne, P. (2011). Vous avez dit « parentification » ? Revue du concept et réactualisation selon les derniers résultats empiriques. Thérapie Familiale, Vol (2), N°( 32).

Farida, B. (2016). Le dysfonctionnement de la fonction paternelle chez l’adolescent délinquant : à propos d’un cas de parentification.

Agier, M. (2012). Penser le sujet, observer la frontière ? Le décentrement de l’anthropologie.

Franzen, J. (2002). Le sujet cérébral.

Fourquet-Courbet, M-P. (2010). La communication médiatique: interactions humaines et sociales médiatisées. Mémoire de master pour l’obtention de l’Habilitation à Diriger des Recherches en Sciences de l'Information et de la Communication.

Lecorps, P . (2004). Education du patient : penser le patient comme « sujet» éducable?

Boucher, N. (2012). le sujet handicapé : évocation du lien psychique et du lien social.

Guichard, J. (2000). Cadres et formes identitaires Vicariantes et pratiques en orientation.

Poughon, J-M (2012). La personne juridique ou le complexe de Prométhée.

Bitogo, J.B. (2018). Effets des mutations sociales sur la construction identitaire. Une clinique interculturelle du sujet adolescent au Cameroun. Thèse de Doctorat en psychologie clinique, psychopathologie.

Dumaret, A-C., Donati., P., & Crost., M. (2009). Entrée dans la vie adulte d’anciens placés en village d’enfants : Fin des prises en charge et parcours d’accès à l’autonomie. Open édition, Automne, N°(8).

Claes, M. (2004). Les relations entre parents et adolescents : un bref bilan des travaux actuels.

Barbot, B. (2008). Structures identitaires et expression créative à l’adolescence.

Capponi, I. & Horbacz, C. (2007). Femmes en transition vers la maternité : sur qui comptent-elles ?

D’Amore, S. (2015). Le deuil du deuil : transitions critiques, pertes et nouvelles identités du familial. Dans Thérapie Familiale, Vol (1), N°( 36).

Martin, C. & Leloup, X. (2020). La parentalisation du social.

De Boeck, J. (2021). Étude exploratoire des manifestations et de la perception du processus de parentification chez un jeune adulte en couple. Mémoire de l’obtention du grade de Master en sciences psychologiques, à finalité clinique.

Artaud, G. (1982). La crise d’identité de l’adulte et ses incidences éducatives. Vol (8), N° (3).

Bédard, R. (2983). Crise et transition chez l’adulte dans les recherches de Daniel Levinson et de Bernice Neugarten. Vol (9), N°(1).

Flavigny, H. (2011). Urgences psychiatriques et/ou centres de crise? Dans Adolescence Vol (3), N°(3).

Delille, E. (2017). Crise d’originalité juvénile ou psychose débutante ? Les représentations de l’adolescence « à risque » après-guerre en France et en Allemagne.

Tavoillot, P-H. (2013). Âges de la vie. La crise de l’âge adulte.

Hugon, P. (2010). La crise va-t-elle conduire à un nouveau paradigme du développement ?

De becker, E. (2007). Les «psys» face aux maltraitances à enfants.

Besnard, T., Verlaane, P., Capuano, F., Poulin, F, Vitaro, F. (2009). Les pratiques parentales des pères et des mères et les difficultés de comportement des enfants d’âge préscolaire : différences et similitudes. Vol (38), N° (1).

Mayaux, F-X., Viode, C. & Derivois, D. (2016). La dynamique relationnelle entre l’éducateur et l’enfant en contexte de placement familial. Elsevier Masson.

Boutanquoi,M. (2023). Faire dire ou faire advenir une parole: quelques réflexions sur l’entretien de recherche. Fall, Vol (42), N° (2).

Most read articles by the same author(s)

Nsairun Leonard Yuyun, Kongnyuy Patrick Wanyu, Asangha Ngufor Muki, DISTRIBUTIVE JUSTICE AND PSYCHOLOGICAL WELL-BEING AMONG TEACHERS OF CATHOLIC SCHOOLS IN THE ARCHDIOCESE OF BAMENDA, NORTH WEST REGION OF CAMEROON , The American Journal of Social Science and Education Innovations: Vol. 5 No. 07 (2023): Volume 05 Issue 07

Nsairun Léonard Yuyun (Ph.D), Dobo Zempouang Armelle Fortunée, Zobo Onono Zachée, Socialisation inachevee de la personne en situation de handicap: comment repenser la liminalite? , The American Journal of Social Science and Education Innovations: Vol. 7 No. 02 (2025): Volume 07 Issue 02

Nsairun Leonard Yuyun, PROCEDURAL JUSTICE AND THE PSYCHOLOGICAL WELL-BEING OF THE TEACHERS OF THE ARCHDIOCESE OF BAMENDA, NOTH WEST REGION OF CAMEROON , The American Journal of Social Science and Education Innovations: Vol. 6 No. 03 (2024): Volume 06 Issue 03

Nsairun Léonard Yuyun, Zobo Onono Zachée, LE CORPS. ELEMENT SUBJECTIF DU PROCESSUS DE PRODUCTION DE HANDICAP , The American Journal of Social Science and Education Innovations: Vol. 6 No. 11 (2024): Volume 06 Issue 11

Nsairun Léonard Yuyun , Yana Mevo, STRATEGIES D’ACCOMPAGNEMENTS ET REDUCTION DU TAUX D'INSECURITE ALIMENTAIRE CHEZ LES POPULATIONS DEPLACEES VICTIMES DES CONFLITS ARMES DANS L’ARRONDISSEMENT DE MORA, L'EXTREME NORD - CAMEROUN , The American Journal of Social Science and Education Innovations: Vol. 7 No. 02 (2025): Volume 07 Issue 02

NSAIRUN YUYUN Léonard, ZOBO ONONO Zachée, YANA MEVO Pierre, JUMFON JENUMIANG Hilary, DOBO ZEMPOUANG, ARMELLE FORTUNEE, Decision Sur-Mesure, Suspension Des Inscriptions En Premiere Annee De These Dans Les Universites D’état Du Cameroun Et Repercussions Psychosociales Des Nouveaux Aspirants. , The American Journal of Social Science and Education Innovations: Vol. 7 No. 8 (2025)