Authors

  • Nsairun Léonard Yuyun (Ph.D)
    The University of Bamenda
  • Dobo Zempouang Armelle Fortunée
    Université de Yaoundé I
  • Zobo Onono Zachée
    Université de Yaoundé I

DOI:

https://doi.org/10.37547/tajssei/Volume07Issue02-07

Keywords:

Liminality living context interaction

Abstract

Liminality reflects the varied, multiple, complex and specific life contexts of people with disabilities. These contexts are marked by a succession of trials, periods of transition, initiation and social breakdown. Liminality only makes sense when referring to rituals, to the threshold moments between one life situation and another. Considered as a framework for analysing disability situations, this article takes an inclusive approach to liminality. Inclusive in the sense that it focuses on the situation of disability. The situational nature of disability requires us to assess, re-evaluate and over-evaluate, and to take into account the person's living context, their impairment(s), incapacities and activity limitations, their living environment, the quality of their social interactions and their needs. It has to be said that one of the major needs of people with disabilities is and remains inclusion, belonging to a group without distinction, being accepted and recognised as a full member in the same way as everyone else. However, this desire for full socialisation on the part of people with disabilities remains far from being achieved, not only because of personal barriers but also because of the environmental obstacles involved in the process of producing disability.


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TYPE

Original Research

PAGE NO.

45-71

DOI

10.37547/tajssei/Volume07Issue02-07



OPEN ACCESS

SUBMITED

07 December 2024

ACCEPTED

09 January 2025

PUBLISHED

12 February 2025

VOLUME

Vol.07 Issue 02 2025

CITATION

Nsairun Léonard Yuyun (Ph.D), Dobo Zempouang Armelle Fortunée, &
Zobo Onono Zachée. (2025). Socialisation inachevee de la personne en
situation de handicap: comment repenser la liminalite?. The American
Journal of Social Science and Education Innovations, 7(02), 45

71.

https://doi.org/10.37547/tajssei/Volume07Issue02-07

COPYRIGHT

© 2025 Original content from this work may be used under the terms
of the creative commons attributes 4.0 License.

Socialisation inachevee de
la personne en situation
de handicap: comment
repenser la liminalite?

Nsairun Léonard Yuyun (Ph.D)

The University of Bamenda

Dobo Zempouang Armelle Fortunée

Université de Yaoundé I

Zobo Onono Zachée

Université de Yaoundé I

Abstract:

Liminality reflects the varied, multiple,

complex and specific life contexts of people with
disabilities. These contexts are marked by a succession
of trials, periods of transition, initiation and social
breakdown. Liminality only makes sense when referring
to rituals, to the threshold moments between one life
situation and another. Considered as a framework for
analysing disability situations, this article takes an
inclusive approach to liminality. Inclusive in the sense
that it focuses on the situation of disability. The
situational nature of disability requires us to assess, re-
evaluate and over-evaluate, and to take into account
the person's living context, their impairment(s),
incapacities and activity limitations, their living
environment, the quality of their social interactions and
their needs. It has to be said that one of the major needs
of people with disabilities is and remains inclusion,
belonging to a group without distinction, being
accepted and recognised as a full member in the same
way as everyone else. However, this desire for full
socialisation on the part of people with disabilities
remains far from being achieved, not only because of
personal barriers but also because of the environmental
obstacles involved in the process of producing disability.

Keywords:

Liminality, living context, interaction,

socialisation and disability production conditions.

Introduction:

Le handicap a longtemps été un domaine

d’étude vaste. De par le monde, l’on en parle. Chaque
fois qu’on essaie d’aborder ce domaine d’étude, l’on se

rend compte que la notion ou le concept de « handicap


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» est lié à d’autres notions telles : la déficience ;

l’incapacité ; le désavantage ; l’infirmité ; stigmate /

stigmatisation/ auto stigmatisation ; norme/ hors
norme ; déviance ; vulnérabilité ; discrimination/
marginalisation ; exclusion ; pauvreté ; intégration ;
insertion ; inclusion et accessibilité/inaccessibilité pour
ne citer que celles-ci. Pourquoi ces variations de
concepts ? Tout simplement pour comprendre la
condition sociale et psychologiques des personnes
handicapées et / ou en situation du handicap (Stiker,

2017). A cause aussi, de l’évolution

du concept au sens

de l’organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2011)

dans le temps, les époques, les mentalités, les
manières de percevoir et de considérer les personnes
vivant avec un handicap, de les traiter ; leur
reconnaissance aux droits (convention relative des
droits des personnes handicapées 2005) ; à cause du
regard social à leur égard, de leur taux et stratégies

d’inclusion et d’exclusion sociale, leur adaptation, leur

participation, et la qualité des interactions sociale pour
convoquer ici le modèle québécois de développement
humain du processus de production de handicap
(Fougeyrollas ; Fougérollas et al., 1997 ; 2010 ; 2015 ;
2018).

L’on note des travaux de Winance (2016), depuis les

années 1970, les recherches sur le handicap se sont
considérablement développées dans les différentes
disciplines des sciences sociales. Tout un champ de

recherche s’est construit soit sous la forme des

mouvements et associations des personnes en

situation de handicap, soit sous la forme d’un intérêt

pour le handicap, interne à certaines disciplines soit
aux mutations anthropologiques. Ce champ de
recherche reste alors divers et hétérogène en termes
de problématiques, de cadres mobilisés et des
nouvelles approches méthodologiques.

Gardou (2017) dans « handicap et ses empreintes

culturelles », n’a hésité d’affirmer que « l’Homme vit
sous contrainte culturelle ». L’auteur fait un constat

selon lequel, au sein de toutes cultures, « tout

s’imagine, tout se justifie. Tout arrive » et que, les êtres

humains dans toutes les sociétés du monde, «
composent, transforment, manipulent les règles, les
interdictions et les interprétations. Ils mêlent, sans
distinction, le naturel et le surnaturel, mettant en

scène les aventures d’êtres «communs» et d’êtres

«handicapés», exceptionnels, mythiques, idéalisés ou
caricaturés » (p.12). Dans ces travaux, Gardou (2017)

formule qu’au sein de la société, les « normaux »
entendus ici comme personnes valides, n’aiment pas

voir sous leurs yeux des « anormaux » communément
appelés personnes handicapées et/ou en situation de

handicap parce qu’ils révèlent tout simplement, « leur
part d’ombre et quelque chose de la mort, plus

concrète et plus indéniable, qu’ils aperçoivent dans

cette étrangeté ». En effet, les personnes en situation
de handicap rencontrent des barrières ou obstacles

dans

leur

marche

d’insertion,

d’accessibilité,

d’adaptation, de scolarisation, d’inclusion sociale ou

mieux de socialisation. Ces difficultés rencontrées au

quotidien s’expliquent par : la difformité des corps, leur

cara

ctère monstrueux et stigmatisant, l’anormalité, le

regard social, les représentations sociales, les critères

de sélection, de catégorisation, d’inclusion et
d’exclusion des corps différents, maladroits, impotents,

fragiles ou vulnérables, indépendants, hors-normes, qui

attirent : regard, pitié, doute…

Ainsi, Minaire (1983), formule le concept de « handicap
de situation » montrant que le handicap est contextuel
car dépend non seulement de la déficience mais aussi
du cadre spatiotemporel et de la qualité des interactions
sociales. La question de la place ou du statut de la
personne en situation de handicap, son rôle joué en
société, et des problématiques de son inclusion et

d’exclusion sont largement abordées par de nombreux

chercheurs. Sticker et Ravaud (2002) par exemple,
montrent que les personnes en situation de handicap du

fait de leurs corps sont victimes d’une exclusion sociale

à six niveaux : abandon, élimination, discrimination,
marginalisation, ségrégation et assistance. Dans cette
logique, Korff-Sausse (2005), se demande si la personne
en situation de handicap est vraiment classée dans la
catégorie des exclus au même titre que les autres «

exclus sociaux » comme l’envisage Goffman (1975) à
l’instar des prostitués, des délinquants, des braqueurs…

La r

éponse qu’elle donne à sa propre question est

ambigüe et contradictoire : « oui », la personne en

situation de handicap mérite d’être classée dans la

catégorie des exclus et déviants sociaux ; « non » car,

elle n’entre pas toujours dans cette catégorie. Po

ur

mieux comprendre si la si la personne en situation de
handicap rentre dans la catégorie des exclus ou pas, il
faut toujours prendre en compte le contexte social. Car,
nous dit Korff-

Sausse (2005) : « l’ambiguïté de la

réponse est à la mesure de l’ambigu

ïté fondamentale de

la société à l’égard de la personne en situation de

handicap ». Pour cette auteure, « il serait erroné et

réducteur de vouloir considérer l’exclusion comme un
mouvement venant des autres, la société, et dont l’exclu

serait la victime. Difficile de nier bien sûr que la
personne en situation de handicap subit des

mouvements sociaux et intersubjectifs qui s’imposent à
elle et la mettent dans la position de l’exclu ». Mais on
ne peut faire l’économie de voir avec Sausse (2005), en

quoi la personne vivant avec un handicap elle-même est
partie prenante dans ce rejet, par le jeu des facteurs
intra-

subjectifs, d’une manière ou d’une autre, soit en

amont en provoquant le rejet, soit en aval en prenant


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sur elle ce rejet, afin de retourner une situation
passivement subie en une situation activement
maîtrisée, dans une tentative de reprise subjectivante.
Car reprend Korff-Sausse (2005), si elles « subissent de

toute évidence des procédures d’exclusion, les
personnes en situation de handicap n’entrent

pas pour

autant obligatoirement dans la catégorie beaucoup
trop générale des exclus ».

Gargiulo

(2016),

a

abordé

cette

question

d’ambivalence dans une perspective psychosociale.

Dans « handicap, figure de stigmatisation », Gargiulo
(2016) part des travaux de Goffman (1975) qui offre

l’équation psychique de ce qui se joue sur le sujet
lorsqu’il est porteur d’un stigma. Il règne : le « poids du

regard de soi sur soi, le rôle fondateur du regard de

l’autre et le rejet provenant des autres ». L’approche

de hand

icap et de l’exclusion sociale des corps

déficients que font Korff-Sausse (2005) et Gargiulo

(2016), permet de définir d’une manière ou d’une

autre la situation de liminalité. Car, si la personne en
situation de handicap vit et subit toutes forme

d’exclus

ion, de marginalisation, de discrimination,

mais n’entre pas forcément dans la catégorie de
déviant ou d’exclus, alors, cette personne est dans « un

entre-deux », « sur le seuil » et « flottant » entre deux

bornes : les victimes de l’exclusion mais sans po

ur

autant être totalement exclus de l’organisation sociale.
Il y’a donc ici une forme de socialisation de handicap
qui n’est pas tout à fait établie ou définitive.

Cette orientation trouve toute sa pertinence en sens
que, Korff-

Sausse (2005), d’une manière ou d’une

autre cherche à démontrer que les êtres humains ne
sont pas exclus ou inclus de la même manière. Les
exclus dits « normaux » ont un statut social définit bien

qu’ils aient choisi d’être en marge, d’être délinquants,

voleurs, braqueurs, prostitués. Ils constituent «

l’envers de la société, ce qui les rend visibles et

nécessaires dans la dynamique sociale ». Mais par
contre chez les personnes en situation de handicap,

même ce statut par défaut, ils ne l’ont pas. C’est

pourquoi dans les pays anglo-saxons se dessine de plus
en plus un mouvement de catégorisation, où les

handicapés s’affirment comme une minorité dans une

société multiculturelle, exprimant les idéologies de

revendications de droit, d’égalité, de reconnaissance…

La personne en situation de handicap est classée dans
la catégorie de personnes hors-

norme. C’est ainsi que

Korff-Sausse (2011) définit « le sujet handicapé » : un
sujet hors-

norme ; dépendant alors qu’il faut être

autonome ; maladroit alors qu’il faut être performant.

Les ques

tions de la « norme » et l’« anormalité » ont

été longtemps abordées. Elles traitaient de la manière
donc chaque société est structurée et la place de
chaque membre dans sa communauté. Georges

Canguilheme en 1943, a étudié l’écart qui existe entre le

« nor

mal » et l’ « anormal ». Sachant que toute société

a ses propres normes qui permettent de réguler la vie
de ces membres, Korff-

Sausse (2011) émet l’hypothèse

selon laquelle, « chaque sujet qui ne correspond pas aux
normes fait vaciller nos certitudes. Face à une telle
situation, deux conditions lui sont possibles : « soit la
personne est acceptée dans son monde, soit elle est
rejetée ». Dans cette nouvelle approche, Korff-Sausse

(2011) met l’accent sur les différentes figures que revêt

toute personne en si

tuation de handicap : l’« idiot » ; l’

« entre-deux » ; la « dépendance » et la « figure de

maladroit ou de non performance ». C’est ce statut «
d’entre

-deux » qui fait objet de la présente étude.

L’entre

-deux nous permet de comprendre en quoi et

comment la socialisation de la personne en situation de
handicap reste et demeure inachevée. Telle est le point
de vue défendu tout au loin de cette étude.

L’entre

-

deux nous permet de mesurer et voir l’écart, la

distance sociale qui existe entre le taux de participation

sociale et d’exclusion de la personne vivant avec un
handicap. Cet écart ne peut d’être compris que si l’on

étudie, observe, analyse et interprète les interactions
entre la société normative et la personne ayant les

incapacités. C’est d’ailleurs po

ur cette raison Korff-

Sausse (2011) opte pour une « déhiérarchisassion, une
déstructuration des catégories sociales établies », pour
une meilleure socialisation de la personne dite «
handicapée ». En effet, à cause leur statut et
socialisation inconfortable, plusieurs mouvements de
pensés et des phénomènes sociaux ont vu le jour en
Europe, en Amérique et en Afrique dans le but repenser

les normes et les catégories sociales établies. L’on peut

citer : les « gender studies » ; les « disability studies » ou
«

capability studies » ; l’Union of Physically Impaired

Against Segregation (UPIAS) qui défend une approche
globale des difficultés rencontrées par les personnes
handicapées et se bat pour des changements politiques
radicaux. Le Disablement Information and Advice Line

(DIAL) qui repose sur l’idée que l’information est l’une
des clés de l’indépendance et de l’autonomie ; le «

people with disabilities » qui bâtit son idéologie à partir

de l’expérience de non

-accès à la vie ordinaire et de la

question de la discrimination. Ces mouvements
permettent de comprendre les démarches optées par
les personnes en situation de handicap dans leur

marche de socialisation ou d’inclusion.

Le degré de participation, d’exclusion ou la place
qu’occupe la personne en situation han

dicap au sein de

la société a permis Castel (1994), de parler des pièges de

l’exclusion. Cet auteur laisse entendre que, l’exclusion
est un piège à éviter. L’on comprend mieux pourquoi,
que de parler d’exclusion, Castel préfère utiliser des

notions de « disqualification » ; de « désaffiliation » ou


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de « désinsertion » sociale. Car, une fois désaffiliée,
disqualifiée ou désinsérée, la personne sombre dans

l’extrême « vulnérabilité ». La socialisation de la

personne

en

situation

de

handicap

reste

problématique à cause de la stigmatisation sociale des
corps non conforme et abimés.

Gagiulo (2016) dans son expérience de psychologue
clinicienne intervenant auprès des personnes
porteuses des marques, des stigmates, des traces

d’une pathologie somatique, d’un handi

cap mais aussi

d’une souffrance psychique constate comment « le
repli sur soi, l’enfermement, voire l’auto

-exclusion

sont des mécanismes révélateurs d’un effort du sujet
pour maintenir une image et une estime de soi à l’abri
du regard d’autrui ; regard per

çu parfois comme

destructeur, blessant, étranger à l’image que la
personne peut se faire d’elle

-même ». Sa thèse est

donc que, le handicap avec le sentiment d’être amputé
du monde des « normaux » peut être l’occasion,
lorsque le sujet peut le réaliser, d’u

n travail intense de

théorisation profane. Et que, « la douleur psychique »,

lorsqu’elle est prise dans un univers symbolique, peut

être mieux supportée que celle qui reste sans
représentation

associée,

sans

logique,

sans

symbolisation possible.

La particularité de cette approche de Gargiulo (2016)

est qu’elle met en avant, les mécanismes importants

du processus de stigmatisation sociale des situations
de handicap et laisse découvrir que le handicap ou la

stigmatisation sont fruits d’une véritable « co

-

construction » qui se joue sur un triple plan : « duel »,
« groupal » et « social » et qui ne laisse pas son porteur
dans une position passive. Elle démontre en outre que,
face aux réaction sociales à leur égard, les personnes
handicapées développent les stratégies de subterfuge
qui les permettent de contourner leur handicap. Ces
stratégies de subterfuge sont connues par Winance

(2006) d’image de faux

-semblant, du comme si. Le

comme si est une nouvelle conception de la liminalité
prise en compte dans cette étude. Car, le faux-
semblant permet de voir comment la société se donne

l’impression, d’accueillir et d’inclure la personne en

situation de handicap lorsque celle-ci (la personne) à

son tour fait semblant de s’adapter dans la société

handicapante. Nous le verrons bien dans nos analyses.

Pourquoi parler d’une socialisation inachevée des

corps déficients ou de la personne en situation de
handicap ? En quoi et comment le statut de la
personne en situation de handicap est-il liminal ? Nous
soutenons dans cette étude que, la socialisation de la
personne en situation de handicap est inachevée tout
simplement parce que, le personne en situation de
handicap se heurte aux obstacles sociaux divers :
personnels (déficience, incapacités, âges, identité,

sexe, race..), environnementaux (escalier, climat,
temps, ) et socioculturel (préjugés, discriminations,

stigmatisation…). Ces barrières compromettent leur

pleine et effective participation sociale et la réalisation
de leurs habitudes de vie. Les personnes en situation de

handicap sont de ce fait en quête permanente d’un

statut social conforme, à la reconnaissance sociale de
leur identité, à une socialisation définitive qui reste et
demeure une réalité impossible. Car, leur position
sociale vacille entre exclusion et inclusion. Pris dans ce
sens, Winance et Ravaud (2010), mènent une recherche
sur « le handicap, positionnement politique et identité
subjective.

Ces auteurs font une approche historique de

l’émergence des mouvements de revendications des

personnes en situation de handicap aux États-Unis et en
Angleterre au tournant des années 1970-1990. Ces
mouvements

de

revendication

reposent

sur

l’objectivation du handicap (à travers une modification

de la définition du handicap) et sur la socialisation de

l’expérience du han

dicap (via une confrontation

collective). Selon Winance et Ravaud (2010) le XXe siècle
est marqué en occident part le développement de
pratiques de la réadaptions visant la normalisation des
personnes en situation de handicap en référence au
modèle de la « validité » et leur réintégration dans la
société. Ces pratiques ont conduit à un traitement à

part, une forme d’exclusion dans des structures et
établissements d’accueil pour personnes en situation de

handicap. En effet, au cours de cette période, les
attentes des personnes en situation handicap évoluent
au fils du temps. Les revendication et attentes des
personnes en situation de handicap tournent autour de
la participation effective à la vie sociale mais ce désir
tant souhaité reste vain. Ainsi, la liminalité reste et

demeure le cadre d’analyse spécifique des situations de

handicap.

Qu’est

-

ce que la liminalité ? Qu’est

-ce qui la caractérise

? Comment les personnes en situation de handicap se
retrouvent-elles en situation liminale ? La liminalité se
carac

térise par l’état de non conforme, une socialisation

inachevée, un état de suspension et de réclusion social,
de non-lieu et le nul part, un entre-

deux. D’ailleurs,

Korff-Sausse et al (2017) passent en revue toutes les
formes de la liminalité dans laquelle chaque individu
peut se retrouver : « entre normalité et anormalité » ; «
entre exclusion et inclusion »; « entre institutions
spécialisées et milieu ordinaire » ; « entre performance
et déficience » ; « entre la scène psychique interne et la
scène inte

ractive externe » ; « entre l’avant et l’après

lorsqu’il s’agit d’un handicap acquis ou d’un handicap

post-traumatique » ; « entre autonomie et dépendance

» ; « entre sourds et entendants, c’est

-à-dire entre deux

langues, langue orale et langue des signes », « entre un


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statut d’enfant et un statut d’adulte » ; « entre

individuel et collectif » ; « entre visible et invisible » ; «
entre corporel et psychique » ; « entre le familier et

l’étranger » ; « entre humain et non

-

humain »… L’une

des grandes caractéristiques de la liminalité se résume

au concept de « l’entre » pour définir cette zone

intermédiaire, de franchise, un espace limité entre le

dedans et le dehors, l’espace qui sépare, qui délimite

les frontières, une zone de barrière ou tout
simplement le seuil que nous allons aborder un peu
plus loin.

Pour avoir une place sociale confortable, reconnue et
valorisée, la personne en situation de handicap faute

de son corps différent, doit d’abord prouver son
appartenance à la race humaine. C’est dans ce sens

que Ancet dans Phénoménologie des corps
monstrueux, (cité par Joye et Benelbaz, 2020. P.15)

suggère la notion d’ « hominité » pour expliquer
l’appartenance d’une personne à une identité
perturbée, instable et méconnue à celle de l’espèce

humain. Car il pr

écise que l’être en question « ne peut

être reconnu comme humain dans son humanité »,
parce que son rapport à autrui est altéré « au sens où

n’intervient plus le corps comme indice de la relation à
l’autre ». Le handicap se superpose à l’identité, jusqu’à
l’absorber, et marque l’individu dans sa différence. Le

handicap est une altération des rapports en soi sur soi,

altération des rapports à l’autre ou aux autres et au

monde extérieur.

Les personnes en situation de handicap sont pour
Dupras (2014) en quête

d’identitaire. La notion

d’identité renvoie à la reconnaissance de ce que je suis,

par moi-

même ou par les autres. L’identité d’une

personne comprend des composantes personnelles et
collectives qui la conduisent à se définir à la fois
comme un être singulier, différent des autres, et un

être social appartenant à un groupe. Selon l’approche
interactionniste, l’identité est une relation entre
l’assignation par les autres et la définition par soi

(Goffman, 1963).

Gardou (1997) va donc catégoriser les personnes
vivant avec un handicap comme des « exilées de seuil

». c’est de cette manière qu’il définit la personne

liminale. Une catégorie de personne condamnée à
vivre et à demeurer dans un entre-deux, une sorte de
liminalité, de seuil. Son approche lui permet

d’

interroge la place particulière des personnes en

situation de handicap la société. En s'appuyant sur
l'étude des rites d'intégration en usage dans
différentes cultures, il fait apparaître l'importance de
la notion de passage. Il analyse alors l'état liminal, cet
état particulier de la personne qui est sur le seuil, à
différentes étapes de sa vie, en attente de passer d'un

groupe de société à I ‘autre, comme, par exemple, du

groupe des enfants à celui des adolescents. Il observe
que les personnes handicapées, sont pour ainsi dire en
perpétuelle situation de passage vers un groupe qui ne
les attend pas. Son approche de handicap permet de
mesurer les convergences entre la condition que

connaissent les sujets liminaux durant I ‘initiation et la

situation que vivent, à des degrés divers, les personnes
handicapées.

La situation de liminalité que connaissent les êtres
blessés met puissamment en question leur identité, la
fragmente, la brise, la fait voler en éclats (Gardou 1997).
Elle caractérise une lutte permanente de revendication

de

droit,

d’acceptation,

d’adaptation,

de

reconnaissance et d’inclusion impensable, non

-

réalisable, non-imaginable.

Selon Calvez, les représentations culturelles des

déficiences s’insèrent dans la vie sociale sur deux plans

: la situa

tion de seuil qui est structurelle et l’autre

dimension est expressive des perceptions de crainte, de
contagion, de répulsion. Le concept de liminalité est

fondé sur l’idée que, les personnes en situation de

handicap par leur déficience physique, ont perdu leur

condition humaine ordinaire, mais, qu’elles n’ont pas

pour autant gagné ou retrouvé un autre statut stabilisé

et reconnu dans l’ensemble social (Calvez, 2006).

Murphy (1990) pense alors que les personnes en
situation de handicap échappent aux classifications par

lesquelles l’ordre social d’une communauté prend

forme. Par conséquent, ces personnes ressortent de la
catégorie des êtres marginaux. Pour Gardou (1997), il en
résulte pour eux une impression de non-existence, une
angoisse fondamentale, celle

de ressembler à l‘image

que l'on se fait d'eux.

La liminalité est ainsi définie comme un point d'appui à

la compréhension de la situation de handicap. L’individu
est appelé à franchir une succession d’étape bien

ritualisées ou chaque étape est marquée par un « seuil

» : le « seuil » d’intégration pour reprendre Gennep

(1909). La notion de « seuil » est essentielle dans

l’initiation : passer le seuil signifie s'agréger à un monde

nouveau. Le Seuil représente une « zone neutre » : la
marche, le montant de la porte, la limite extérieur-
intérieur ou dehors-

dedans, le rejet ou I ‘accueil. Avec

Gennep (1909), la liminalité ne peut avoir de sens sans
« rites » ni « transition ». Il parle de « rites de passage

ou d’initiation ». Les rites de passage sont des

cérémonies systématiques à la pleine participation
sociale, une manière d'assurer la cohésion sociale. Elles
consistent à octroyer une place sociale aux initiés. De
leur faire prendre conscience de leurs racines culturelles
et de leur identité. C'est un « acte de magie sociale » qui
peut soit créer la différence ex nihilo entre les individus,
soit exploiter des différences préexistantes.


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Gennep (1909), pense que toute la vie cosmique,
repose sur « l'éternelle succession entre vie et mort,
mort et renaissance ». Les rites marquent un essentiel
point pour penser la situation de handicap ou la
condition dans laquelle vit les corps déficients en
rapport avec les comportements sociaux et les
attitudes éducatives qu'elle induit. Il s'agit d'une
introduction cérémonielle systématique à la pleine
participation sociale, une manière d'assurer la
cohésion sociale (Genep, 1909). Les rites de passage
impliquent puissamment la communauté dans la

transformation et I ‘intégration de ses membres ou

chaque groupe d'appartenance est responsable des

successions de passages allant d’un stade à un autre.

Ce membre est chargé de la régulation des entrées et
les sorties. Il a ce pouvoir de décide de « maintenir à la

marge ou d'intégrer » l’initié. Il facilite ou entrave, il

permet ou interdit le franchissement du seuil. Il joue le
rôle de Passeur en orchestrant les grands passages de

I ‘existence de I ‘un des siens, en lui donnant ou lui
refusant l’impulsion qu'il espère. Il peut donner à
l’initié des secrets pour franchir un seuil. C’es

t ce que

Gardou (1997) dit en d’une autre manière donner des

« mots de passe où se taire ».

La liminalité traduit un état de suspension sociale
transitoire des sujets à corps déficients, une sorte

d’exilées définitivement reconnues. Ainsi, les

impotents, paralytiques, quadriplégiques, les amputés,
sourds ou non entendant, les malentendants, non et
malvoyants, muets, les infirmes et toutes les autres

catégories de handicap… Sont voués au manque de

place ou de statut social et par incompréhension, peur,
abandon ou rejet, elles sont maintenues dans une
position indéterminée. « Dans un ailleurs » ; « un nulle
part », « dans une sphère sociale indéfinie où se jouent
des relations ambiguës », « un espace d'errance », « de
coupure lien », « de doute », « de désillusion » et «
dans une zone où leur acceptation et leur
reconnaissance restent équivoque » (Gardou, 1997 ;
Cavez, 2006 ; 2008 ; Korff-Sausse et al, 2017).

La liminalité est caractérisée par des phases de
transition ou périodes intermédiaires. C'est durant la
période intermédiaire que les caractéristiques de

l’initié sont ambigües. Il est le passager d'un espace

culturel

flou,

incertain,

indéfini.

Il

habite

temporairement les limbes de la société. Il est exclu,

pour un temps de I ’ordre social formel. Le suj

et est

donc en « état liminal » durant cette phase de
transition marquée entre la phase d'isolement et celle
de réagrégation sociale. La liminalité traduit donc un
état de « frontière » ; une « situation d'arrêt » ; «
d'attente » ; « de marge » ; « de suspension » ; « de
périphérique » et de « seuil » (Gardou, 1997 ; Cavez,
2006 ; 2008 ; Korff-Sausse et al, 2017 ; Murphy, 1990).

Tel est d'ailleurs le sens du latin limen (seuil). Ici, l'initié
est provisoirement maintenu dans un entre-deux. Il
n'est plus n

i ce qu'il était avant l’initiation, ni ce qu'il sera

après sa renaissance rituelle et son intégration sociale.
Il n'est plus totalement isolé, ni encore reconnu par les
membres de sa communauté d'appartenance. Il n'a pas
encore sa place. Il flotte entre deux mondes. Son statut
demeure indéfinissable. C'est la séquence cérémonielle
post liminaire qui met un terme à cet « état de danger »
(Dougla, 1989 ; Gardou, 1997).

La liminalité se caractérise par trois grande période : la
première est dite de « séparation » et implique le

détachement de l’individu par rapport à une position

qu'il occupait antérieurement dans la structure sociale,
et aussi par rapport à un état. Cette phase trouve toute
sa pertinence dans le cas des handicap acquis au cours
de la vie. Ici, dans sa vie passée, la personne était «
normale ». Avec les circonstances de la vie, elle devient
subitement classée dans la catégorie de personnes «
handicapées » et perd sa place sociale. Le recours à

l’histoire Robert Murphy (1982) alors anthropologue

et

célèbre professeur des universités amène à mieux
comprendre cette phase. Au départ, Murphy est un «
normal ». Il ne connait pas la souffrance des personnes
en situation de handicap. Puis à un certain âge, Murphy
devient subitement paraplégique. Puis, tétraplégique et
pour finir quadriplégique. Quelle histoire ?

Murphy (1982) écrit un célèbre ouvrage qui nous
permet de comprendre ce que vivent les personnes en

situation de handicap. Dans « vivre à corps perdu », l’on

constate avec Murphy que, les personne en situation de
handicap ne sont « ni totalement ignorés, ni pleinement
reconnus. Ni complètement en dehors de la
communauté humaine, ni acceptés par elle. Ni hors-jeu,
ni en jeu, mais admis sous condition. Ni tout à fait déliés
de la maison sociale, ni reliés à elle. Victimes des
discriminations que toutes les cultures organisent en
fonction d'un « plus » ou d'un « moins », ils semblent

destinés à rester de I’ autre côté de la vie. Sur le pas de

la porte. Les handicapés ne sont ni ségrégués ni intégrés,
bien que les textes législatifs le proclament. Ni étrangers
ni familiers. Ni jugés coupables ni traités comme
innocents, car gênants et fautifs de troubler la quiétude
d'une société qui rêve d'hommes et de femmes zéro-
défaut. Ni esclaves ni citoyens à part entière. Ni
totalement asservis ni libres. Mais en réclusion liminale,
tant il est vrai que le handicap, en empêchant de réaliser

et d'être ce que l’on voudrait, est toujours une atteinte

à la liberté »(Murphy, 1982).

Les études convoqués dans le cadre de cet article
permettent de comprendre la condition sociale ou la
place des personnes en situation de handicap dans la
société. Ceux de Murphy par exemple sont une critique

qu’il apporte à l’interactionnisme symbolique de l’école


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de Chicago dont les principaux représentants de ce
courant sont Becker ( 1953) dans outsiders ( traitant de
la déviance » et Goffman ( 1953-1975) avec son
stigmate. Si ces travaux interactionnistes considèrent
les personnes en situation de handicap de déviants et
de délinquants sociaux, Morphy ( 1982) par contre

s’écarte totalement de cette conception car pour lui,

les personnes en situation de handicap « ne peuvent ni
être réduites, ni assimilées aux délinquants encore

moins aux déviant ». C’est pourquoi il propose un

cadre théorique du handicap connu sous la « liminalité
» pour mieux comprendre ce que vivent les personnes
en situation de handicap.

Murphy (1985), anthropologue avant d’être en

situation de handicap (sur le plan chronologique au
moins), avait étudié Van Gennep et les rites de
passages ainsi que turner et la situation de seuil, la
situation liminale. Il trouve là le modèle qui lui permet
de rendre compte non seulement de son expérience
personnelle, une fois devenu paraplégique puis
quadriplégique, mais aussi du statut social caché des
personnes en situation handicap.

Dans la phase de seuil, l’individu perd son premier

statut et ne parvient pas à acquérir le second. La
situation liminaire est une condition essentielle et
nécessaire du passage car, en annulant les marques

d’un statut antérieur, elle rend possible l’acquisition de
l’autre statut. Ainsi, l’individu se trouve dans une

situation spéciale pendant un temps plus ou moins

long : il flotte entre deux monde. C’est cette

marginalité que recouvre la liminalité ( Murphy,1989 ;
1990 ; Calvez, 1994 ; Garou, 1997).

Murphy (1987) tout au long de son œuvre définit la

difficulté existentielle à être devant le handicap et à le

vivre. Il refuse alors l’équivalence entre sa paralysie et

toute forme de déviance. Par ce refus, Morphy

s’empare de la notion de liminalité, introduite par Van

Gennep (1909) pour qualifier la « condition sociale des
personnes handicapées physiques ». Il fait alors un

travail minutieux d’auto

-analyse des processus

externes et internes devant l’épreu

ve de sa propre

maladie et de son incapacité progressive. Il compare

l’état de liminalité aux rites de passage et d’initiation
qui ont pour but d’engager la communauté dans les
moments de passage d’une position à une autre. Il

définit ici trois étapes : isolement et instruction de

l’initié, renaissance rituelle et enfin réincorporation

dans la société avec un rôle nouveau. La situation de

liminalité se situerait entre la phase d’isolement et

celle de renaissance (Calvez,1994).

Le « seuil » caractérise les vauriens, les incapables, les
pauvres, les inutiles, et les handicapés, les ratés de la
nature, les sous-humains, les châtiés d'une faute

natale, les exilés de I’autre côté de la vie, les oubliés, les

déracinés, les déclassés, les parqués, les exclus des
grands rendez-

vous de I ’existence, un état de non

-

existence. L’entre

-deux est le lieu de la rencontre de

ceux qui vivent à genoux dans une permanente
humiliation (Gardou, 1997).

La deuxième phase qui caractérise la liminalité

transitoire que l’on a déjà a

bordé. Et enfin la phase de «

réintégration » ou de conformisme à la norme sociale

établie qui confirme que I ’individu a dorénavant de

nouveaux droits et devoirs envers dans sa communauté

d’appartenance. Il est appelé à se conformer aux

normes et règles éthiques s'imposant à tous ceux dont

la position sociale est reconnue. C’est dans ce sens que

Winance

(2004)

formule

le

« handicap et

positionnement à la norme ».

Murphy, nous le notons, dans les services auxquels il est
hospitalisé, dans les associations des personnes des
personnes en situation de handicap, aussi bien que dans
les situations de la vie ordinaire, est à la fois sujet
impliqué et témoin observateur de la « construction
sociale des handicap » (Calvez, 1994). Témoin et acteur

par ce qu’il vit,

partage, observe, interroge, et analyse

les différentes manières donc sont traitées les
personnes en situation de handicap. On comprend

pourquoi Calvez (1994), dit que, son récit n’est

réductible à une analyse distanciée ; elle porte la voix de
ceux que les « hasards de la vie et le préjugé social ont
rendu silencieux en leur assignant un statut liminaire ».

C’est dans ce contexte de revendication d’une

reconnaissance sociale que Murphy(1990), rejette

l’analyse du handicap comme une « sous

- catégorie » de

l

a déviance, de même qu’une perspective fonctionnelle

qui trouverait dans la « dynamique du système social »

les raison de l’exclusion (Calvez, 1994).

Selon Calvez, les représentations culturelles des

déficiences s’insèrent dans la vie sociale sur deux pla

ns

: la situation de seuil qui est structurelle et l’autre

dimension est expressive des perceptions de crainte, de
contagion, de répulsion. La conception de liminalité est

fondée sur l’idée que, les personnes en situation de

handicap par leur déficience physique (nous faisons ici
référence aux apparences corps) ont perdu leur

condition humaine ordinaire, mais, qu’elles n’ont pas

pour autant gagné ou retrouvé un autre statut stabilisé

et reconnu dans l’ensemble social. Murphy (1990)

pense alors que les personnes en situation de handicap

échappent aux classifications par lesquelles l’ordre
social d’une communauté prend forme. Par conséquent,

ces personnes ressortent de la catégorie des êtres
marginaux. Pour Gardou (1997), il en résulte pour eux
une impression de non-existence, une angoisse

fondamentale, celle de ressembler à l’image que l'on se

fait d'eux.


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La liminalité est le lot du déficient. Elle permet de
désigner la configuration sociale spécifique qui
caractérise le handicap (Calvez, 1994, Blanc, 2006). Au
sens de Gardou (2000, ; cité par Blanc, 2006), les
personnes en situation de handicap sont placées en
situation de « suspension sociale » et de « réclusion

liminale » tant il est vrai qu’elles ne peuvent sortir de

la place qui leur est réservée ; en po

sition « d’insécurité

ontologique », elles sont définitivement « des gens du
seuil, isolées et comme immobiles dans un entre-deux
définitif, jamais incluses mais jamais tout à fait en
dehors, sur le pas de la porte » (Zobo, 2023). Pour cet
auteur, les PSH sont des exilées de seuil. Elles sont
condamnées à demeurer dans le seuil. La liminalité

caractérise un itinéraire d’intégration inachevée. Au

sens de Blanc( 2008), la liminalité , serait un fait de «
nature résultant de la déficience, définie comme une
altération du corps, et un fait de culture initié par
autrui qui, même en compatissant, tient en lisière la

PSH. Elle est le résultat le plus probant d’une gestion

sociale des corps dans laquelle interviendraient
usages, représentation et relation sociale » (Blanc,
2008 ; 2006).

Confrontées à un statut identitaire mal défini,

soumises au regard intrusif ou fuyant de l’autre,

subissant des attitudes stigmatisantes, les PSH
cherchent une place, dans la famille, les institutions et

la société, qu’elles ont bien

du mal à trouver. Tantôt

cette place leur est refusée, tantôt au contraire elle
leur est assignée, mais selon des critères qui ne leur
conviennent pas forcément.

METHODOLOGIE

Notre recherche a pour but de saisir en quoi et
comment la liminalité est un cadr

e d’analyse

spécifique de handicap et par conséquent statut

intermédiaire entre l’inclusion et l’exclusion de la

personne

vivant

de

multiples

situations

handicapantes. Cet état de non-lieu et de nulle part qui
compromet la socialisation totale des corps déficients.

Elle met davantage l’accent sur la notion de situation
de handicap en ce sens qu’elle se veut une approche
inclusive qui prend compte l’individu porteur de

déficience, ses besoins ainsi que les caractéristiques du
mieux. Le handicap est abordé ici comme un
phénomène social, une production sociale, un

processus c’est

-à-dire ce type de handicap produit et

construit par la société. Nous nous référons de ce fait
aux recherches de Oliver (1993) qui prévoient que « le
handicap ne peut être envisagé en d

ehors de l’univers

social qui le produit ». Dans ce même sens, Stiker
(1997), pense que la déficience est une réalité qui se
situe à la frontière du biologique et du social. Que sa
lecture théorique oscille entre le déterminisme
individuel et le déterminis

me de l’organisation sociale.

Ainsi pour Boucher, (2003) : « La déficience est

inhérente à l’expérience humaine et présente au sein de

toutes les sociétés » ( cité par Zobo, 2023).

L’étude démontre que, ce l’on nomme handicap, n’est
rien d’autre qu’une co

-construction sociale qui se joue

sur le théâtre des interactions entre la personne et son

environnement. L’originalité de cette étude est qu’elle
s’appuie sur la théorie de la liminalité pour expliquer la
situation de handicap. Elle se décline de l’usage

commune de « personne handicapée » concept qui
stigmatise, exclut, discrimine et rend vulnérable la

personne porteuse d’une déficience pour s’adaptée au
paradigme de l’inclusion. Cette nouvelle conception

permet de dépasser la conception biomédicale et
sociale de handicap pour une approche strictement

inclusive qui met l’accent sur les éléments de contexte.

Ainsi comme le note Gardou (2011), certaines
approches, concevant le handicap comme seul attribut
de la personne, amènent à les indexer, classer,
étiqueter, à partir du diagnostic initial, niant la
singularité de chacun et ses besoins spécifiques. La
situation de handicap prend en compte les besoins de la
personne et les caractéristiques de son milieu. Cette
conception marque donc le déplacement ou le handicap

n’est plus un écart à la norme sociale prédéfinie mais le

résultat des interactions réciproques entre les facteurs
environnementaux (architecturaux, culturels et sociaux)
distingués en facteurs macro, méso, chrono et micro et
des facteurs personnels.

L’approche du handicap

comme situationnelle permet d’évaluer les contextes de

vie de la personne, de comprendre quels sont ses

difficultés, ses besoins et comment l’amener à sortir de

cette situation (Zobo, 2023., p.23). La situation de
handicap permet de voir les différentes façons

d’interagir avec autrui et d’être en lien avec
l’environnement. Comme le note Ancet (2011), cette

notion indique la possibilité toujours ouverte de faire

varier cette situation, de permettre à l’individu de

développer

ses

facultés

physique,

psychique,

intellectuelles. Ainsi, « ce n’est plus le désavantage

engendré par un traumatisme, une maladie ou un
problème de santé, qui fonde le handicap, mais le

processus

de

discrimination

qu’engendre

la

méconnaissance des besoins et des attentes des

personnes,

matérialisé

par

l’inactivité

sociale,

l’inaccessibilité physique, la ségrégation psychologique,

la ségrégation scolaire, professionnelle et sociale, la
dépendance économique et civique » (Ebersold, 2002

cité par Zobo, 2023). L’une des

spécificités de l’approche

situationnelle de handicap est qu’elle permet de

prendre en compte les interactions personnes-
environnement. Mieux cerner alors en quoi et comment
la socialisation de la personne en situation de handicap
est et demeure inachevée

, l’approche interactionniste


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développée notamment par Fougeyrollas (2010) nous
invite de prendre en compte la manière dont différents
éléments sociétaux interagissent avec des singularités
individuelles pour créer le handicap. Dans cette
perspective, le h

andicap n’est plus une caractéristique

individuelle : il est situationnel et entrave le
développement

humain

dans

son

acception

individuelle et sociale. La « situation de handicap » est

la volonté d’inclusion.

Nous avons mené une recherche qualitative auprès de
cinq participants tous adultes en situation de handicap
moteur acquis entre 10 et 18 ans. À travers la méthode
clinique de recherche, les entretiens semi directifs et

l’utilisation d’un guide d’entretien thématique ont été

utilisés pour collecter les données auprès des
participants. Cet outil a permis non seulement de
recueillir de manière aisée une masse importante

d’informations utiles à l’étude, mais aussi a donné aux
participants la possibilité de s’exprimer de manière

libre et sans contrainte. Le

s méthodes d’entretien se

distinguent par la mise en œuvre des processus
fondamentaux de communication et d’interaction

humaine. Comme le souligne Campenhoudt et Quivy

(2011 ; 2006), ces processus, lorsqu’ils sont

correctement mis en valeur, permettent au chercheur
de retirer de ses entretiens des informations et des
éléments de réflexion très riches et nuancés. Nous
avons fait deux entretiens par cas, donc dix entretiens
au total. Chaque entretien a duré en moyenne une
heure. Afin de garantir le respect de la confidentialité

à l’étude, les pseudonymes ( Koppo, Kappo, Thomson,

Toussaint et Ketsop) ont été attribués aux participants
ainsi que la soumission des fiches de consentement
éclairé. Les entretiens ont été enregistrés grâce au
magnétophone

puis

retranscrits

de

manière

manuscrite et saisis ensuite dans un ordinateur à l’aide
d’un logiciel pour mieux servir d’éléments d’analyse.

ANALYSE DES DONNEES

1.

Des maux d’une socialisation de qualité :

Stigmate/Auto-stigmatisation, Etiquettes, Préjugés et
stéréotypes tous confondus.

La stigmatisation et l’auto

-stigmatisation sont parmi

des grandes catégories d’analyse de la liminalité.
D’autres expressions se greffent à cette liste :

étiquettes,

stéréotypes,

préjugés,

attributs,

discrimination… pour compren

dre comment la

personne en situation de handicap flotte dans des
limbes sociaux. La condition liminale étant caractérisée
comme un défaut de socialisation total, un état de

frontière, de seuil… Le stigmate et l’auto

-

stigmatisation sont les grands vecteurs

d’exclusion

sociale des personnes vivant avec un handicap. En
effet, dans son rapport avec la société, la personne en

situation de handicap fait face aux stéréotypes,
étiquetés, préjugés, attributs ou catégories sociales et

d’autres formes d’exclusion mult

iples. Lorsque ces

vecteurs d’exclusion ne sont pas supportés, la personne

se retrouve en marge de la société. Les personnes vivant
avec un handicap sont généralement perçues comme
des monstres car leur apparence et leur comportement

s’écartent des normes

en vigueur de la société (Dupras,

2014). L’on ne saurait parler de stigmate sans mesurer

la qualité des interactions qui se nouent, se jouent et se
développent entre le stigmatisé et la société
stigmatisante. Dans la conception de Goffman (1963 ;
1975), telle que convoquée par Winance (2004), pour
mieux analyser le handicap, il faut prendre en
considération que, la stigmatisation et la normalité ne
constituent pas des catégories fixes et substantives,

mais représentent plutôt le fruit de l’interaction socia

le

en constante transformation ; ces figures « ne sont donc
pas des personnes mais des points de vue ». Ainsi, la
différence entre la personne « normale » et la personne
« stigmatisée », réside au fond, sur la superposition ou

non entre l’identité sociale virtuelle et l’identité sociale

réelle dans la « mise en scène de la vie quotidienne »
(Goffman, 1975).

Gardou (1997) formule que, malgré des avancées
significatives,

des

études

sociologiques,

dites

autorisées, se contentent encore aujourd’hui de

proposer un cadre général dans lequel se trouvent
inclus indistinctement tous ceux qui ne sont pas comme

les autres. C’est

-à-dire, ceux qui ont une certaine

différence

au

niveau

des

caractères,

des

comportements et attitudes, de la corporéité, des
manières de faire

, de penser et d’agir… il s’agit alors

pour lui : « des handicapés, les délinquants, les
débauchés, les individus délibérément asociaux ou

marginaux, tous les… dissidents, ou parasites de la
norme et de I ’ordre social dominant, tous les non

-

conformes. Toutes ces catégories de personnes sont

connues pour Becker (1963) de « Outsider » c’est

-à-dire

des déviants sociaux. Une déviance renvoie à ce qui
diffère de ce qui est le plus commun. La différence nous
le soulignons, caractérise le point de départ des
situations de vie handicapantes et stigmatisantes à
partir des indices de référence comme : le corps, ou les
apparences physiques, les écarts de comportements, les
aptitude et habitudes de vie, le statut social, le pouvoir,

les marquages sociodémographique… Il

y’a handicap,

lorsqu’un individu va la rencontre de l’autre différent de

lui. La déviance caractérise un défaut d'obéissance aux
normes du groupe dominant.

La personne en situation de handicap est donc aux yeux
de la société une personne déviante. La déviance elle-
même étant perçue comme l'écart par rapport à la
norme majoritairement admise. Dit autrement, est


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déviant toute personne qui s'écarte des normes
socialement établies. Les sujets handicapés et/ou en
situation de handicap sont déviants puisque les êtres
humains sont au sens de Gardou majoritairement «
normaux ». La déviance est essentiellement
pathologique, révélatrice de la présence d'un « mal »,
produit d'une maladie, d'un état de désordre et de
dysfonctionnement. Le handicap est lui aussi une
maladie puisque le bon fonctionnement du corps, des

sens, de I ’esprit représente la norme sociale. Les «

handicapés sont déviants parce que dysfonctionnant ».

Nos entretiens avec Thomson, reconfirment cette
situation de de mal-être, de dysfonctionnement
biopsychosocial des corps hors norme, démodés,

dérèglés, diminués, défectueux, abimés, d’où ses
propos : « je suis handicapé parce que je n’ai pas de
mains, je n’ai pas de pied… Je suis handicap physique,

je suis handicapé moteur, je ne suis pas normal, je ne
suis pas comme vous, je demeure assis dans un fauteuil
roulant, je ne peux pas me tenir débout comme toi et

voir plus loin comme toi… ». En dehors de la nature de

sa situation de handicap, du sens et des

caractéristiques qu’il soulève, Thomson nous amè

ne

comprendre le sens d’ « exil de seuil » que formulait

Gardou (1997) pour parler du statut ou de la place
sociale des personne vivant avec un handicap. En

déclarant qu’il demeure dans son « fauteuil roulant »,
nous déduisons avec lui qu’il est condamné à

vivre et à

demeurer dans une sorte de liminalité.

Thomson fait de son fauteuil roulant, une sorte d’exil

ou il est parqué et demeurant assis. Il ne rêve plus
jamais se tenir debout comme tout homme car son
handicap, sa paralysie des membres inférieurs lui
donnent un nouveau statut, une nouvelle place, une
nouvelle identité sociale et une nouvelle dénomination
sociale : personne en fauteuil roulant. Il est donc une

personne qui a perdu quelque chose d’important à la

survenu de son handicap qui fait de lui une « personne
à part », « pas comme tout le monde », « pas comme

les autres », « une personne différente » qu’on

assimile, identifie et réduit à un simple objet : le

fauteuil roulant. Thomson s’écarte alors de la norme
sociale puisqu’il ne peut plus aller

à deux pieds comme

tout être humain normal. Son fauteuil lui sert
désormais de « pieds » pour se déplacer. Il en dépend
de ce fauteuil or, Korrf-Sausse (2011) définit déjà le «
sujet handicapé » comme un sujet dépendant et hors-
norme. Thomson en déclarant

qu’il n’est pas comme «

nous » (« je ne suis pas comme vous » le « vous » ici
renvoie à la société) qui avons toutes « nos » organes
physiques ou toutes nos parties du corps intactes, veut

tout simplement dire qu’il est et demeure différent des
autres. L’

absence totale de pieds caractérise cette

différence.

Comment stigmatise-t-on ? Les attributs, les tars de
caractère, les stéréotypes, étiquettes, préjugés, la
discrimination, la marginalisation et les désignations de
handicap sont autant de références clés non seulement
du processus de stigmatisation mais aussi de production
de handicap et de retraits social. En effet, les mots et
expressions utilisés pour désigner les personnes en
situation de handicap sont stigmatisant, discriminant,
marginalisant et même infantilisant. Gardou (1997), a

d’ailleurs mis l’accent sur l’impact ou les répercussions

psychologiques des désignations de handicap et
propose la « litanie des mots » qu'utilisent les valides
pour désigner les personnes en situation de handicap.

On les nomme : « arriéré, déshérité, désavantagé,
inadapté, hors circuit, démuni, marginal, hors du
commun, pas-comme-tout-le-monde, anormal, mais
aussi raté, mal fichu, attardé, tordu, mutilé, bancal,
légume, ou encore bigleux, sourdingue, taré, attardé »,
... ces mots reflètent aussi des pensées et une

philosophie. Ces mots, lorsqu’on les utilise en présence

de la personne en situation de handicap sont choquants,
blessant, réducteurs à leur handicap. Durant notre
collecte de données, nous avons posé la question
suivante à tous nos participants en référence à ce que
dit Gardou à propos des désignations de handicap. La
question était de savoir si la personne est situation de

handicap se sent dérangée, choquée, lorsqu’on l’appelle

communément « personne handicapée » ? Et si tel est
le cas, quelles seraient les raisons ?

Notre objectif était de comprendre le sentiment interne

que la personne en situation de handicap a lorsqu’elle

est traitée et désignée de « handicapée » et son attitude
vis-à-vis de cette expression en prévenant la manière
dont elle peut réagirait. Alors pour Thomson par
exemple, : « ce mot handicapé que vous utilisez pour

nous appeler m’énervent. Les mots pour parler de
personnes handicapées sont choquant « is not good, is’t

very bad » ! je détes

te ce mot. Je ne sais pas d’où sa

provient et qui s’est permis de l’inscrire pour désigner la

personne ayant des incapacités ». Kopo de même ne
reste pas indifférent aux désignations de handicap. Il est
lui aussi touché par ces mots. Il dit à ce sujet : « Avant

ça me gênait et même jusqu’à présent. Même si ce n’est
pas de moi, qu’on appelle, mais dès qu’on parle de
personne handicapé, je vais d’abord m’arrêter si je
passais. Qu’on ne vous mante pas, toute personne se
sentira gênée. C’est une manière de mont

rer

indirectement qu’on est différents des autres. Si on dit
maintenant personne handicap, vous, vous n’allez pas
prêter votre attention puis que vous n’êtes pas indexés
mais moi, je vais d’abord tendre l’oreille pour
comprendre ce qu’on a encore fait. Pou

r vous dire que

ça me touche du plus profond de moi ». Les désignations

de handicap sont donc au cœur de la stigmatisation.


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La société s’appuie généralement sur des aspects

corporels, les marques, les symboles, les éléments les
plus détaillés pour indexer indirectement les

personnes vivant avec un handicap. L’approche du
stigmate est une conception de l’interactionnisme
symbolique, liée « à la situation de l’individu que
quelque chose disqualifie et empêche d’être

pleinement accepté par la société » (Goffman,
1963/1975). En désignant une personne de «

handicapée », l’on montre automatiquement la

différence qui sépare cette personne dite « anormale
» de la « société valide ». Cela a donc des conséquences

énormes pour le porteur. L’une de ces conséquences

maj

eures est l’anticipation de cette étiquette qui lui

sera collée une fois devenue en situation de handicap.

Link et Phélan (2001) dans leur théorie de l’étiquetage
modifié ou théorie de l’analyse stigmatique encore

connue de théorie de la réaction sociale mettent avant

la dimension de « l’auto » pour expliquer cette

anticipation de la manière de nommer les stigmatisés.

L’auto

-

stigmatisation,

l’auto

-

étiquetage,

l’auto

-

handicap et l’auto

-

identification, l’auto

-exclusion sont

ces manières d’internaliser son nou

veau statut.

C’est pour cette raison que Thomson déclare : « Je me
représentais, j’anticipais déjà moi

-même ce nom. Je

savais que les gens vont m’appeler handicapé ; déjà,
même à l’hôpital les médecins disent parfois « travaillé
avec les handicapés là n’est pas facile. J’entendais et je
passais sous silence. J’intégrais dans mes pensées ce

nom, cette place, ce nouveau statut de personne
différente des autres. Je sombrais petit à petit ». Cette
phrase de Thomson englobe stigmatisation et auto-
stigmatisation. Elle est non seulement un élément

d’appuis de la pensé formulée par Gardou sur les

désignations de handicap et ses conséquences
psychosociales du porteur mais aussi, par cette phrase,
Thomson éclaire comment la personne une fois
devenue en situation de handicap, anticipe les
éléments stéréotypés, son nouveau statut de personne
« handicapée », et toutes les autres formes de

discrimination de handicap qui pourront l’accueillir

dans son rapport avec la société.

Piérart et Arneton (2021) dans leur approche
d

’interculturalité des situations de handicap prennent

en compte l’évolution allant de la désignation à la

reconnaissance des situations de handicap. Ils partent
des travaux de Gardou (2010) et ceux de

Poizat

(2009) qui conçoivent que les acceptions de ce qui est
« différent », « hors-norme

» ou « souffrant

»

chez l’individu varient fortement d’un référentiel
culturel à l’autre et que le handicap, dans son

acception large, articule ces trois éléments et
constitue, dans cette perspective, une construction
culturelle. Dans cette même tendance, Rohmer et

Louvet (2011), en s’appuyant sur les modèles récents de

la bi-dimensionnalité du jugement social donc les
fondateurs sont Dubois et Beauvois (2008) ; Fiske et al
(2002), analysent le stéréotype associé aux différents
sous-groupes de personnes en situation de handicap. Ils
constatent en se basant des travaux de Stone et Colella

(1996) que les attitudes et comportements à l’égard des

personnes en situation de handicap peuvent varient
considérablement selon la nature de la déficience.

La discrimination se réfère à des comportements de

mise à l’écart d’un individu sur la base de son

appartenance à un groupe social. Cette discrimination
repose sur des préjugés, qui sont généralement
considérés comme des évaluations négatives à

l’encontre

de certains individus en raison de leur

appartenance catégorielle. Les préjugés sont eux-
mêmes à mettre en relation avec les stéréotypes en tant
que croyances socialement partagées concernant les

caractéristiques attribuées aux membres d’une

catégorie sociale.

Le jugement social et les stéréotypes reposent sur deux
dimensions

fondamentales

plus

ou

moins

indépendantes.

La

première

dimension

est

opérationnalisée par des traits liés à la sociabilité et à la
moralité. La seconde comporte des traits liés à la
compétence et au pouvoir (Rohmer et Louvet, 2011).
Les personnes en situation de handicap à cause de leurs
caractéristiques physiques, des difformités des corps,
leurs caractères monstrueux, et toute sorte de
bombardements

corporels

deviennent

«

la

quintess

ence de l'étrangeté, de l‘impuissance et de

l’infériorité » Gardou (1997).

Les différentes catégorisations de handicap connues par

les grandes nomenclatures comme l’OMS, la DSM, CIF,
CIDIRH… à savoir : le handicap physique, handicap

mental, psychique, pol

yhandicap… sont autant de

références qui situent déjà certaines personnes et les

permettent de s’identifier entre elles. Ainsi pour

Keckson « Quand on parle de personnes handicapées je

sais qu’on s’adresse à moi. On parle de ce qui ne marche
pas ou d’autre

s qui ont des troubles mentaux.

Généralement, le handicap c’est nous. On parle des

personnes en difficulté motrice, mentale et
psychologique, on est mélangé donc on parle de nous.

Je sais qu’il s’agit de nous personnes à besoin,

dépendante, diminuée, fragile, vulnérables, personne

anormale ». L’on voit à quel point ces mots, expressions
et catégorisation sociales sont un frein à l’inclusion de la
personne. La personne peut avoir ce grand désir d’être

un membre à part entière de la société, mais la façon de
les appeler ou les nommer est une réelle difficulté à leur
intégration par conséquent à leur socialisation. Cette
catégorisation consiste à les exclure indirectement de la
société. Elle consiste à établir une différence, à montrer


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qu’elles ne sont pas tout

à fait normales, qu’elles ont

un manque et sont en situation de déséquilibre.

Fougeyrollas et al (1997) énumère un ensemble de mot
que la société ne doit pas faire usage pour désigner
certaines personnes. Pour lui, les expressions
méprisantes et émotives, comme « cinglé », « débile
mental », « aliéné », « fou à lier », « sénile », ou les
expressions dépassées, comme « dément », «
lunatique », « arriéré mental », « éclopé », « estropié

», « boiteux », sont source de discrimination à l’égard

des personnes en situation de handicap. Même chose
pour les termes suscitant la gêne, comme « invalide»,
«infirme», «mongol», «idiot» ou «déficient mental »,
les mots anticipant la peur, comme « fou » ou «
névrosé », ou amenant la pitié, comme « faible d'esprit
». Quant aux mots ou expressions qui réduisent la
personne à une seule de ses caractéristiques, comme
« souffre de », «est atteint de», «est porteur de» ou
«est frappé de», ils sont aussi à éviter lorsqu'on veut
privilégier un langage neutre. Plusieurs de ces mots
font d'ailleurs référence à une douleur constante, à un

état permanent de désespoir et de souffrance. C’est la

même thèse que défend Tomasella (2010, p.5) en
affirmant : les mots sont « si durs, si violents, si
répétitifs, si choquant » pour la personne qui préfère «
encore des coups que de les entendre ».

Pour Stafford et Scott, toute qualité individuelle ou
«tribale» peut devenir un stigmate : la vieillesse, la

paralysie, la toxicomanie, la folie, l’alcoolisme,
l’obésité, l’illettrisme, le handicap physi

que, la

nationalité, la « race » ou la religion. Toutefois le
stigmate est par nature ambigu car il peut varier et

entraîner des conséquences différentes d’une culture
à l’autre. En ce sens, il n’est pas réellement la propriété
d’un individu, il exprime le

s attributs personnels que la

société désigne comme indésirables à un moment
donné. Chaque collectivité établit donc une hiérarchie
des qualités invalidantes et, de ce fait, régule le
processus de stigmatisation.

C’est d’ailleurs pourquoi Stiker (1989) mon

tre

comment la « catégorie-handicapés » est créée,
entretenue et comment cette catégorisation devient

une barrière à l’intégration des corps déficients. Elle «

Pèse sur eux une double contrainte : ils sont désignés,
montrés du doigt, mais doivent se comporter comme

si de rien n’était… L’étiquette générale qu’ils portent

se divise encore en nomenclatures ramifiées : les

lourds, les légers. L’intégration des uns habilite à
déclarer les autres inadaptables… Nommer, désigner,
montrer, c’est faire exister… Ce ph

énomène de

l’étiquetage n’est point folklorique, il est au centre de
la question…. La catégorie est si installée qu’on ne peut
plus parler, aujourd’hui, d’une atteinte quelconque
sans utiliser l’étiquette handicap ». Pour comprendre

le poids des étiquettes, des stéréotypes, des préjugés,
catégorisation, et de la stigmatisation de manière

générale, il faut vérifier l’existence d’un de ces éléments
à l’égard des personnes en situation de handicap. Il faut
essayer de comparer le « jugement à l’égard des

person

nes handicapées à celui à l’égard des personnes

sans handicap ». L’on comprend pourquoi Goffman

définit les porteurs de stigmate comme des personnes
qui possèdent un attribut profondément discréditant
qui les conduit à ne pas être considérés comme des
humains

à

part

entière.

En

connotant

la

désapprobation, le dénigrement moral et l’ostracisme,

cette définition rejoint la notion grecque de stigma qui

était un signe destiné à attirer l’attention sur quelqu’un

(esclave, traître, criminel) de façon à éviter sa
compagnie.

Les préjugés et les stéréotypes sont les deux principales
composantes du processus de catégorisation qui
consiste « globalement à schématiser la réalité sociale,

c’est

-à-dire à la découper par catégories distinctes »

(Fischer, 2010., p.117). Les préjugés sont les attitudes
qui comportent une dimension évaluative et beaucoup

plus négative à l’égard de la personne vivant avec un
handicap. Il s’agit comme le souligne Fischer (2010)
d’une « disposition acquise dont le but est d’établir une

différenci

ation sociale ». Il est donc le « fruit d’une

combinaison entre une croyance et une valeur » au sens
de Rosenberg et Abelson (1960 cité par Fischer, 2010) et

s’acquière au cours de la socialisation en rapport avec

les conduites humaines. Or, les stéréotypes sont décrits
par Lippmann (1922 cité par Fischer, 2010 ; Schadron,
2006) comme une manière de penser par clichés. Il

s’agit d’«une attitude de l’individu comportant une
dimension éducative, souvent négative, à l’égard des

types de personnes ou de groupes, en fonction de sa
propre appartenance sociale». Les clichés désignant les
catégories descriptives simplifiées basées sur les
croyances par lesquelles la société a tendance à qualifier

ses membres et groupes différents. Il s’agit d’un

ensemble de catégories dans lesquelles nous plaçons les
autres (Fischer, 2010.,p.118).

La personne en situation de handicap n’échappe pas à

cette catégorisation. Déjà, les différentes formes et
manières de les classer en catégories de handicap
(physique,

mental,

sensoriel,

intellectuel,

polyhandicap…), et les différentes manières de les

nommer ( IMC, TEDAH, Autisme, Trisomie, Amputé,

Sourd, aveugles, Muets…Mongoles) sont assez de

preuves pour voir comment la société se représente,

s’aperçoit

cette

catégorie

de

personne.

La

catégorisation est un processus essentiel qui écarte

l’angoisse engendrée par la confusion. Cette opération

de classification repose sur la différence. Or, celle-ci
peut être considérée de façon négative, positive ou


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neutre. Le préjugé renvoie aux « caractéristiques
personnelles ». Il fait parti des « énigmes de la
construction de la réalité sociale ». Il est angoissant.

Pour reprendre Dericquebourg (2009), c’est « un

diviseur », une source potentielle de conflit collectif qui

menace l’aspiration à l’harmonie

sociale. On considère

généralement que Le préjugé se renforce par la
discrimination. Les stéréotypes limitent la qualité des
rapports sociaux, les interactions et les fréquentations
entre les groupes. Pour Becker (1985) la désignation,
l'étiquetage,

la

reconnaissance

constituent

l'officialisation du basculement. Le fait de désigner
sanctionne un processus ( Blanc, 2008).

L'étiquette n'est pas une opération banalement
technique : à l'inverse, elle « réorganise l'ensemble de
l'économie statutaire ». C'est-à-dire infecte toutes les

autres possibilités d’entrer en contact avec le monde.
L'étiquette s’interpose entre le déviant et le monde et

devient le support principal de contact entre eux. Le
déviant doit donc s'adapter à ce nouveau statut et le
confirmer par des pratiques idoines. Pour le déviant, le
fait d'être étiqueté a comme conséquence qu'« il lui
devient plus difficile de poursuivre les activités
ordinaires de sa vie quotidienne, et ces difficultés
mêmes l'incitent à des actions anormales » (Becker,
1985). Les déficients deviennent prisonniers du statut
qui leur est imposé de l'extérieur. L'étiquette contribue
à organiser des itinéraires (Blanc, 2008).

Les stéréotype présentent un contenu et indique que
la cible du jugement appartient à un groupe dont on
sait qu'il a une « essence propre, quelque chose qui
rend ce groupe particulier et qui explique ses
spécificités ». Goffman (1975) parle de « marque

spécifique », « d’attribut », de « tars de caractères ».

La société va juger une personne stéréotypée à travers

un « contenu » inadapté à l’ordre social tel est donc le

cas de handicap. Le stigmate rejoint le préjugé, la

discrimination, l’image de soi et la représentation

sociale. Il est un des marqueurs de la différence et de

l’altérité. Il s’impose comme un

des paramètres de

l’échange entre les hommes ( Dericquebourg, 2009).

L’individu n’est pas un réceptacle passif en situation de

stigmatisation nous disent Cavayas et al (2012). La
manière dont une personne réagit à sa propre
stigmatisation est éminemment hétérogène et

l’impact s’étend à ses proches (MacRae, 1999 ;
Gargiula, 2016). Dans ce sens l’auto

-stigmatisation

représente l’impact de l’internalisation du stigmate

public (Corrigan, 2002). Les facteurs individuels du
processus de stigmatisation permetten

t d’interroger

enfin ce que Link et Phélan (2002), appellent l’auto

-

étiquetage

ou

ce

que

les

théoriciens

de

l’interactionnisme symbolique appellent l’auto

-

stigmatisation qui est le processus d’intériorisation des

préjugés. Une personne qui s’auto stigmatis

e plaque les

croyances discriminantes sur sa propre personne, la

menant ainsi à se dévaloriser et à perdre l’estime d’elle

-

même (Cavayas et al., 2012).

L’auto stigmatisation est la source du sentiment
d’infériorité. Elle n’est généralement de la honte.

Barraux (2016) conçoit la honte comme un sentiment de
gêne paralysant par pudeur ou scrupule, traité comme

un affect banal. Il s’agit d’un sentiment que l’individu
développe quand il se trouve incapable d’impressionner

la société. La honte est une dimension d

’auto

-

stigmatisation. C’est un ressenti qui s’accompagne par
les désirs d’être vu et ne plus pouvoir être regarder par
les autres. C’est un éprouvé qui disloque le sentiment
d’existence. La personne en situation de handicap à

peur de se confronter aux autr

es car elle s’imagine déjà

autant de choses négative en lien avec son corps, sa
déficience, sa situation de handicap. La personne met
en lien ses relation passé et la situation actuelle
handicapante. Ce lien suscite le sentiment de doute. Le
doute qui nait en soi provoque alors des interrogations

fortes contre soi, à l’autre qui est comme nous et

différent de nous et la société.

C’est ce qui ressort des propos de Toussaint quand il

déclare : « Je revivais toujours mon passé et ses
meilleurs moments : les compétitions avec les amis, les

sorties, l’école, les blagues. Je me demandais toujours

quand je vais sortir de ce centre, comment ils vont me
voir ? Serons-nous toujours amis ou ils vont me fuir par
ce que je suis devenu handicapé ? Comment les gens
vont

me regarder moi, qui hier j’étais comme eux et

subitement on est différent ? ». L’auto

-stigmatisation

débute chez le sujet lorsqu’il commence à établir les

liens psychologiques une fois devenue en situation de
handicap. La réalité ou la spécificité de la dimensions

d’auto dans l’inclusion ou l’exclusion est que, la

personne qui vit le handicap commence à se
représenter comment elle sera vue ? est-ce que la

société va pouvoir l’accepter malgré son handicap ?
Comment les gens vont désormais l’appeler ?

L’on

s’approprie alors une part négative du traitement

social. C’est justement ce que nous relevons des propos
de Kappo lorsqu’il déclare : « Ensuite vient le désordre
du handicap proprement dit… là c’est une épreuve
vraiment fatale. Il y a d’abord les représe

ntations

personnelles liées au handicap. Ça commence par le

pourquoi, le comment, le qui ?... j’avais peur d’affronte
le handicap. Je ne savais pas par où j’allais commencer
? j’entrais donc dans l’angoisse, l’anxiété, à la négation

de moi-même et de mon propre corps, à son rejet, son

abandon... ». Ces propos de Kappo mettent l’accent sur
les représentations de handicap, l’auto

-exclusion, et la

négation de soi, de son image du corps et de son estime.

Les représentations de handicap si l’on se réfère à Blanc


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(2008) bien qu’il utilise le vocable « désordres des

apparences » se déroulent entre deux acteurs : le corps
déficient et la société.

Kappo nous amènent à découvrir comment et en quoi

l’auto et la stigmatisation sociale sont les bases de la

liminalité. Pour lui, le handicap est un traumatisme à la

fois individuel et social ou relationnel lorsqu’il
convoque des notion d’angoisse, de la peur, de
l’embarra, du rejet de son propre corps et des
difficultés qu’il rencontrait pour faire face au trauma,

la peur

d’être rejet. On peut l’entendre dire : « le

handicap

provoque…Traumatisme

social

et

relationnelle : la peur et la honte, le jugement
personnel, le dégout de son propre corps, peuvent

conduire à l’isolement social et à l’abandon des

relations. Quand je suis devenu handicapé, je ne

voulais pas sortir de la maison, je ne voulais pas qu’on

me rende visite surtout mes amis car je me présentais

à leurs yeux comme un étranger puisqu’ils ne cessaient
de ma regarder, de me consoler, de vouloir m’aider. Je

me demandais comment je vais pouvoir marcher avec
eux, si je serai encore considéré dans la société comme
avant, je me disais que je serai toujours source de

mépris et objet de moqueries, d’insultes, de rejets ».

La personne qui présente toute ses difficultés ne peut

en aucun cas, se socialiser normalement. Déjà, l’on a

une perception négative de soi et une conception plus
négative de ce que nous réserve la société. On voit
donc que, le handicap vient biaiser le processus

d’inclusion, d’adaptation, d’insertion, d’a

cceptation et

de participation sociale. Par conséquent, l’on ne

saurait avoir une place confortable dans la société.
Dans son psychisme, le handicap est vu comme le dit

Kopo comme une fatalité. D’où ses propos : « la

majorité des personnes devenues handicapées

conçoivent le handicap comme une fatalité… Les gens
se disent que tout est fini, qu’il ne leurs reste plus rien
à faire ». Dans le même sens d’idée, Kétsop énonce que

: « En ce qui concerne la façon dont je considère mon
corps dans son état actuel de handicap, je veux vous

assurer que c’est une situation affreuse ».

Le sentiment de désespoir est un aspect de l’auto

stigmatisation. A la survenue de handicap, la personne
perd toute sorte de confiance en elle car, elle se dit

qu’elle ne peut plus rien f

aire dans sa vie. Il nait ici, un

sentiment d’inutilité et de dégout de vivre. Elle n’est

plus motivée, se sent totalement incompétente et

anéantie, fragilisée, n’a aucune représentation

positive. Ne fournit aucun effort pour réaliser une
tache car, en vo

ulant oser, elle se dit qu’on va se

moquer d’elle si jamais elle n’arrive pas à effectuer

normalement sa tâche. Elle devient dépendante de la

société, du voisin, de l’ami, d’un frère… Elle devient ce
que Kopo déclare d’éternelle assisté d’où la phrase qui

suit : « Au Cameroun, les personnes handicapées sont

des éternelles assistées… Pourtant, chacun peut se
battre seul et devenir indépendant ». Au lieu d’être
autonome, elles sont dépendantes. C’est d’ailleurs la

thèse que soutenait Korrf-Sausse (2011) laquelle nous

nous trouvons dans l’obligation de ré

-annoncer en

définissant le « sujet handicapé comme hors norme.

Dépendant alors qu’il faut être autonome ; maladroit
alors qu’il faut être performant ». Cette double situation

traduit bien une forme de liminalité qui se situe entre
dépendance et autonomie ; inclusion/exclusion ;
égalité/inégalité

Kopo attire encore notre attention sur un point

vraiment capital lorsqu’il déclare : « Mais ce que
j’aimerai souligner c’est que, le handicap ne se

manifeste de la mêm

e façon. C’est un choc qu’on doit

surmonter. Il dépend du traitement social, de sa

survenue, de la personne, du niveau d’amputation, de

sa prise en charge psychologique et de la qualité des
relations sociales et aussi du milieu. Vous verrez donc
que le han

dicap c’est une question de mentalité ». De

ces propos, il ressort que non seulement le handicap
dépend de sa nature, sa survenue et du sujet y compris
son âge, le handicap reste et demeure également une
question de mentalité. La personne en situation de
handicap en contexte camerounais fait face aux
attitudes

négatives,

aux

comportements

discriminatoires, aux réactions sociales de violence, à

l’inaccessibilité. Sauf que, malgré que tout ceci ait lieu,

la personne doit pouvoir développer les stratégies de
résilience pour y faire face aux comportements sociaux
barbares et antisociaux à son égard. La personne
stigmatisée souffre d'un discrédit qui sera de différents
niveaux et importances au regard de plusieurs critères :
la visibilité de la déficience, la notoriété, l'importunité et
le foyer apparent. Ainsi, l'identité du stigmatisé en passe
donc par ces « signes patents qui jouent le rôle de porte-
identité » (Goffman, 1975) et à partir desquels se fait
une idée. Goffman distingue trois types de stigmate : les
monstruosités du corps, les difformités ; les tares du
caractère. Les populations stigmatisées présentent
toutes un décalage entre d'une part leur désir et ce
qu'elles veulent et peuvent faire et d'autre part nos
désirs et nos attentes. L'incertitude de leur situation
produit ce que Goffman appelle une « interaction
flottante et angoissante » (Goffman, 1975).

La société semble donc être handicapante au même
titre que la personne en situation de handicap elle-
même. Plus la société est accessible, davantage

l’individu s’inclut et mois cette société est handicapante
plus elle s’oppose à l’adaptation de l’individu et à son
autonomie. C’est ce qu’affirme Kappo en ses mots : «
Moi j’ai été bien entourer par ma famille et des proches.
J’étais donc différents de ce

lui qui est abandonné par les


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siens. Ce qui est plus difficile pour la personne

handicapée c’est de gérer l’ignorance sociale. Les

personnes handicapées sont abandonnées par elles-
mêmes surtout dans les zones rurales ».

Dans cette logique, Fougeyrollas et Roy (1996)
proposent que la déviance se définit habituellement à

l’intérieur des paramètres où figurent les notions de «
légalité et de moralité » et comme un écart d’une

normalité définie par le social. Dans cette optique, les
notions de différence, de m

arginalité et d’écart par

rapport à la norme fonctionnelle et sociétale

permettent d’insérer dans le domaine d’étude propre

à la déviance la compréhension des déterminants de la
participation sociale ou plus spécifiquement des rôles
sociaux des personnes qui présentent ces différences.

La question de la mentalité ou des mentalités est l’un

des paramètres importants à prendre en compte dans

le processus d’inclusion et d’exclusion sociale. La

mentalité est une question des époques, du temps de
handicap, et de

l’évolution humaine, de culture et de

l’espace, des habitudes et comportements vis

-à-vis de

handicap.

Les mentalités sont au cœur du processus de

stigmatisation et de handicap. Elles sont fonction des
idéologies et courants de pensée (nous faisons ici
référence aux différentes théorisations ou approche

de handicap). L’on ne saurait donc penser le handicap
sans société car, s’il faut reprendre Ancet (2011), un
individu quel qu’il soit se construit au sein d’une

société. Sa vie sera donc différente en fonction de

l’aide qu’il recevra durant ses apprentissages de son
milieu socioculturel et ses possibilités telles qu’elles se

sont développées dans cet environnement social. La

stigmatisation en fonction de mentalités puisqu’elle

est un produit social et dépend de représentations et
du traitement que la société réserve à ses membres
différents. Ce qui crée chez certains sujets un

sentiments d’abandon. Or, Tomasella (2010) dans ces
travaux prévoit déjà qu’il existe certains moments
spécifiques auxquels l’on peut

se sentir abandonné :

temps difficiles, situation critiques et déroutantes,

inattendues que « l’on soit seul ou bien entouré ».

Pourquoi nous nous comportons différemment envers

certains membres du groupe au point qu’ils se sentent

abandonnés en eux-mêmes? Quelle explication
donnons-nous envers cet écart de comportement ?
Schadron (2006) répond de la manière suivante : parce

que, « Nous valons mieux qu’eux. D’ailleurs, si nous
nous comportons ainsi avec eux, c’est que nous ne

pouvons pas faire autrement, é

tant donné ce qu’ils

sont. Et puis, ils ont ce qu’ils méritent ». Dans ces
propos, l’on peut sans aucun effort constater que, la
société a tendance à croire qu’elle a plus de valeur,
d’importance par rapport aux autres. L’expression «

étant donné ce qu’ils

sont » connote que les groupes

stigmatisés sont : des handicapés, des anormaux, des
monstres, des sauvage et barbares, des inutiles de la
société, les vaux riens, les imbéciles, des démons,
sorciers, charlatans, marabouts, des vampires, des
moindre rien,

inutiles, sans classe, , … les personnes en

situation de handicap sont pour ainsi dire tout ce que la
société ne voudrait pas. Par conséquent, elles méritent
la mort car donnent une mauvaise image de leur

communauté. D’ailleurs Toussaint déclare en analys

ant

la situation de sa famille et son état actuel de handicap
: « les gens me regarde dans ma famille et se demande

qu’est

-ce que je fais encore en vie ? Certains ne se

retiennent même pas quand par exemple il y a tension
ou échange de mots violents entre eux et moi car ils

disent qu’il fallait que je meurs une fois que de les

déranger ». En effet, les représentations que chaque
groupe se fait des autres groupes manifestent deux
tendances : la dimension favorable et la qualité de lien
ou de relation entre le groupe le plus favorisé et celui le
moins favorisé. Dans le premier cas de figure, chaque

groupe a tendance à se voir sous un œil plus favorable
qu’il ne voit les autres. La seconde tendance consiste à

adapter sa représentation des autres groupes au type

de relations que l’on entretient avec eux ou d’une façon
qui permet de justifier le sort qu’ils subissent.

2.

Faut semblant et du non acceptation de soi et

de l’autre

Le corps est le support des interactions (Goffman,
1975). Le corps de la personne en situation de handicap

est un corps phénoménal. Le corps phénoménal, c’est le
corps du vécu, le corps de l’expérience, le corps des

interactions (Ponty, 1944 ; 1966 ; Richard, 2012 ; Ancet,
2009 ; Zobo, 2023), le corps du rapport à soi et au
monde, le corps des échanges et de communication. La

liminalité étant un cadre d’analyse de handicap, cette

approche nous invite à étudier la qualité de relation,

d’interaction qui s’établie, se développe dans le

processus de socialisation des corps déficients. Winance
(2004 ; 2007) analyse les interactions qui se jouent entre
la personne, sa ou ses déficiences, ses incapacités et son
environnement.

Il pense qu’ente cette personne et la société, il se joue

un petit jeu qui relève de la dimension psychologique
des acteurs. En effet, la personne en situation de

handicap dans sa quête d’inclusion, de socialisation,
d’acceptation en société développe des « stratégies de

subterfuge » qui sont les moyens de contournement

pour s’adaptée en société alors que la société pour sa

pa

rt, fait également semblant de l’inclure. Il conclut

donc qu’entre la personne et la société, il y a une «

image du faux-semblant », qui traduit le « comme si »
car la personne en situation de handicap fait « comme
si » elle était normale et la société fait à son tour «


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comme si » elle l’accueillait à bras ouverts.

Ce faux-

semble a donc comme conséquence qu’il pèse

sur eux une double contrainte : ils sont désignés,
montrés du doigt, mais doivent se comporter « comme

si de rien n’était ». C’est pourquoi Gof

fman (1975) va

concevoir que, le stigmatisé, pour offrir sa
collaboration à l'interaction, « usera cette image du
faux-semblants et de couvertures visant à dissimuler sa
tare ». Prenant en compte les contraintes de
l'interaction, le stigmatisé est en position ambivalente
: soit se soumettre et se nier, ou au contraire affirmer
son identité et prendre le risque de ne pas profiter des
relations sociales dont il a besoin pour se sentir et
affirmer son existence. Il lui revient d'être placé dans
une position liminale.

Ainsi le faux-

semblant et le défaut d’acceptation

sociale de la personne en situation sont parmi les
indices qui définissent, caractérisent et structurent le
statut liminal. Ces entités sont à prendre en compte
pour analyser les interactions qui permettent de mieux
comprendre la condition handicapée. Lors des
entretiens, Ketsop, souligne le caractère égoïste, du

mépris, des réactions sociales d’assujettissement, des

habitudes et comportements stigmatisant qui
caractérisent cette image du faux-semblant des
camerounais (noramux) en son égard.

Il déclare : « le vrai problème de handicap au

Cameroun est l’égoïsme. Le camerounais a déjà une

manière de voir la personne handicapée. On sait que

l’homme handicapé est mendiant or ce n’est pas

toujours le cas. Quand par exemple, je pars rendre
visite à un ami qui a les moyens, il se dit directement
que je suis parti pour un problème. Sa première

réaction est qu’il se précipite en mettant sa main dans
la poche pour tirer de l’argent et te tendre. Pourtant,

tu

n’es même pas là pour ça, tu as un autre problème

moi je ne suis pas habitué à de tels comportements. Ce

geste consiste à insulter, m’insulter par ce que toi le

riche tu te dis ce pauvre handicapé est encore là, je

dois vite me débarrasser de lui c’est pou

rquoi il te

donne son argent ».

Cette illustration de Ketsop sous-entend que, lorsque

celui qu’il considère comme ami, celui avec qui il peut
se libérer lorsqu’il vit des moments de solitudes,
d’angoisse, cet ami qui est sensé mieux le comprendre

plus que quiconque, celui avec qui il doit partager ses

peines, ses douleurs et qui est sensé l’accompagner, le
soutenir pour de l’amener à réaliser que le handicap
n’est pas une fatalité mène avec lui une relation miroir,
une amitié non sincère. C’est pourquoi, en
l’apercevant de loin, la premiè

re intention, la première

idée qu’il a de lui est qu’il se demande : « encore lui,

encore cet handicapé qui est venu pour se plaindre,

pour quémander de l’argent, qu’est

-

ce qu’il faut faire

pour vite s’en débarrasser de lui » ? Parce qu’en réalité,

la présence de Ketsop, chez son ami, les considérations

que son ami a de lui, l’image mentale qu’il a ou se fait
de lui est que, Ketsop n’est rien d’autre qu’un « pauvre
petit mendiant ». C’est cette image la mendicité, de la
pitié, de la pauvreté qu’il faut voit

ici et qui est au cœur

du « comme si », du faux-semblant et qui définit la
socialisation inachevée de la personne en situation de
handicap et par conséquent son statut liminal.

Le faux-semblant est une forme voilée des
représentations et considérations q

u’on a des uns

envers des autres. Un revers caché des rapports sociaux.

Mentalement, Ketsop est une source d’ennui, de honte,

une saleté pour son ami. Ketsop est insupportable aux

yeux de celui qu’il considère comme ami. L’argent ici,

étant ce qui caractér

ise et permet d’évaluer ce « faux

-

semblant » dans la relation amicale entre Ketsop et son

ami. L’argent est au cœur de leur rapport. C’est ce qui

biaise la socialisation et ce qui régule le rejet. Car le seul
moyen que son ami utilise pour se « débarrasser » de

Ketsop, l’envoyer très loin de ses yeux, à l’enfer pour le
dire ainsi, là où il y’a sa vraie catégorie d’individu (les
mendiants, les handicapés, les pauvres, les démunis…)
c’est ce bien matériel : l’argent. Sauf que, le réel amour,

le vrai soutien,

l’attention conjointe, l’empathie, la

solidarité,

l’accompagnement

psychologique,

émotionnel, le dialogue, l’attachement, la présence, le
partage d’émotions, la disponibilité, l’écoute et toutes

formes comportements positifs dont a besoin Ketsop
dans ses rapports avec son ami sont quasi inexistants.

C’est ce qui explique que, lorsque son ami l’aperçoit de
prêt ou de loin, il n’a pas son un temps. Dit autrement il
s’en fou de lui et n’éprouve aucune gêne. Il le minimise,

le néglige. Car, Ketsop ne représente

rien pour lui. Il n’a

aucune considération envers lui.

Dans son esprit, Ketsop est un « handicapé » et l’on sait
avec Blanc (2008) qu’un « handicapé est vraiment un
handicapé ». Cette tautologie est d’ailleurs reprise par

Thomson lors de nos entretiens. Car, en nous relatant
son vécu traumatique de handicap, il dit : « avec ce

handicap, j’ai compris que les personnes handicap sont

vraiment handicapés ». Cette tautologie révèle
plusieurs sens cachés. Mais en contexte culturel
camerounais le « handicap » est généralement réduite

à l’aliénation mental, à la folie. Ketsop est donc réduit à
l’image d’un « fou » aux yeux de son ami. Il vaut donc
mieux calmer sa crise en lui donnant de l’argent. Cette

conception est fondée dans un adage africain qui dit : «
chaq

ue fois qu’on est face à un fou, donne

-lui toujours

une banane ». La banane étant ici, ce qui peut
facilement calmer la colère du fou quand il a faim. Car,

le fou est prêt à tout lorsque lorsqu’il éprouve ce besoin

de base. La « banane » symbolise la nourriture. Cet


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adage revient donc à dire : « donnes à manger à celui

qui a faim ». Le fou c’est celui qui a faim. Par

conséquent, il faut satisfaire son besoin primaire.

N’est

-il pas évident de comprendre pourquoi chaque

fois que Ketsop s’en va rendre visite à

son ami ce

dernier lui donne de l’argent ?

Cette évidence est claire. Son ami s’alourdit des poches
avec de l’argent pour se débarrasser de Ketsop. Or, l’on
sait qu’on ne se débarrasse pas d’une personne, mais
des ordures, d’un objet banal, d’une saleté,

d’un virus,

d’une gangrène qui nous pourris la vie. Ketsop est donc
réduit à cet objet ou cette ordure qu’il faut à tout prix
s’en débarrasser. Il est pour tout dire un « déchet ».

Sauf que son ami ne peut pas le lui dire de manière
directe. Il préfère poser des actes négatifs pour que
Ketsop prenne conscience de lui-même. Il fait donc

semblant d’être son ami mais au fond de lui, il a honte

de la présence de Ketsop. Quelle analyse fait Ketsop de
la réaction de son ami à son égard ?

Ketsop en revanche, lui aussi a une manière

d’interpréter ce geste, cet acte, cette manière de réagir
et de le traiter : « c’est une sorte d’insulte,
d’humiliation, de mépris, de l’infantilisé, le réduit non

pas à un être humain, mais à un simple petit matériel
de très peu de val

eur : l’argent ». Il n’est donc pas aussi

« fou » comme le pense son ami. Il réfléchit, analyse et
interprète tout acte posé à son égard. Il a entièrement

conscience de l’acte que pose son ami et du message
qui veut lui transmettre. Sauf qu’il ne veut pas

lui aussi

montrer à son ami qu’il a déjà compris le message. Il

préfère se taire et garder ça comme secret pour lui-

même. C’est pourquoi il dit : « Ce geste consiste à
insulter, m’insulter par ce que toi le riche tu te dis ce

pauvre handicapé est encore là, je dois vite me

débarrasser de lui c’est pourquoi il te donne son argent

». Ketsop et son ami font tous deux semblant de se

contenir en faisant « comme si» de rien n’était. Ils

maintiennent leur relation dans ce « comme si ».

D’ailleurs, Ketsop n’a pas hésité à affirmer que : « J’ai

compris que même la société est complexée, et
maintenant toi la personne en situation de handicap tu
dois te mettre en valeur. Ne reste pas là surplace en
disant que tu ne marches pas, tu es handicapé, par
conséquent tu ne dois rien faire ». La relation qui lie

Ketsop et son ami est fondée sur l’incompréhension et
l’isolement relationnel. Or, l’on sait bien avec
Tomasella (2010) que l’incompréhension et l’isolement

relationnelle provoquent une rage folle (p.33). Il y a
donc ce

tte rage folle qui nait chez Ketsop et qu’il ne

parvient pas à exprimer. Car, il se sent abandonné.

C’est ce sentiment d’abandon désigne un ressenti
d’impuissance, plus ou moins douloureux et

handicapants. Se caractérisant comme une sensation
de solitude insupportable, insurmontable et vécue

comme une injustice ou une trahison. C’est une forme
de désarroi qui peut s’accompagner par des fortes

angoisses, de colères irrépressible ou de tristesse

inconsolable ainsi qu’une sorte d’insécurité. Ce sentir

abandon

est l’expression d’une souffrance dans la

relation à soi-même et aux autres.

Le faux semble reflète l’image de deux bandits de grands

chemins qui se maîtrisent parfaitement sans pour

autant se négliger l’un de l’autre. Car celui qui néglige
l’autre se fa

it renverser. Le faux-self résulte dans

l’ambivalence de relation entre le stigmatisé et la

société. Car, la société a tendance de montrer à la

personne en situation de handicap qu’elle est normale

comme tout le monde et nier en même temps son
humanité.

Ainsi pour Goffman (1975) cela amène le stigmatisé à se
retrouver dans l'incapacité de pouvoir s'identifier à
autrui différent et qui le récuse mais ne souhaitant pas
obligatoirement renforcer son identité de stigmatisé en
adhérent à un groupe de pairs, il sollicite des relations
sociales comme productrices d'un self mais qu'il ne peut
pleinement réaliser. L'ambivalence est son aliénation : «
au moment même où l'on affirme à l'individu stigmatisé
qu'il est un être humain comme tous les autres, on
l'avertit qu'il serait peu sage de sa part de faire semblant
et d'abandonner son groupe. Bref on lui dit qu'il est
comme tout le monde et qu'il ne l'est pas [...]. Cette
contradiction, cette farce, c'est son sort et son destin ».
Le faux-semblant et la liminalité sont deux condition
d'acceptabilité, de sociabilité, jamais définitivement
acquise. Toussaint dans ces rapports avec la société, en

a déjà testé toute sorte d’expérience. Il a des histoires à
raconter depuis qu’il est subitement devenu en

situation de handicap. Que ce soit dans ces voyages, au
quartier ou ailleurs. Il dit à cet effet : « depuis que je suis

handicapé, j’en ai déjà vu. Même pour prendre un taxi
avec mon fauteuil, ce n’est pas chose facile. La majorité

de chauffeurs de taxi les « drivers » quand je les stoppe,

font l’effort de ne pas regarder de mon côté... Tu te dis
qu’il ne travaille mais juste devant toi, il s’arrête pour

prendre un autre passager ».

Toussaint en affirmant que les chauffeurs font « l’effort

de ne pas le regarder », il veut tout simplement déclarer

qu’ils font « comme s’il était invisible » aux yeux de ces

transporteurs. Ce faux-semblant est donc pour

Toussaint une injustice sociale. C’est pour cette raison
qu’il ne manque pas de rebondir en disant : « Il y a donc

à cet effet, de

l’injustice sociale à l’égard de la personne

vivant avec un handicap. Cette injustice est aussi due au
fait que, moi par exemple, je veux emprunter le taxi, non
seulement je souffre pour avoir ce taxi, mais aussi je

paye le double tu tarif. Et quand j’ai la chance d’avoir ce

taxi, les passagers ne veulent pas que nos vêtements de
touchent pire nos corps. Ce quotidien est difficile pour


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moi, mais je m’en passe. Je ne peux pas compter le
nombre de fois que j’ai été humilié par les filles, les

hommes en tenus. La personne handicapée est un sous
homme ».

Calvez (1994), souligne que la personne stigmatisée
peut avoir recours à des stratégies de dissimulation qui
rappellent le faux-semblant. La personne se voit ainsi
contrainte de créer des subterfuges pour éviter que

l’un de ses attributs soit visible pour les autres. Ces

stratégies de dissimulation, avec la part inconsciente

de déni qu’elles comportent, peuvent être au service
d’une non

-acceptation de la réalité que le handicap

impose. Selon Calvez, le faux-semblant et la
dissimulation requièrent des compétences de

l’individu à contrôler l’information qu’il donne dans les
situations d’interactions. Dans les interactions, le

handicap produit le stigmate. Il perturbe l'interaction
car il introduit pour les acteurs, une incertitude sur
l'identité de la personne et un malaise quant à la

manière d’agir. La notion de « déguisement de

compétence » désigne ces manières de faire et ces

tactiques que l’individu utilise pour masquer en vain

son incompétence, mais qui lui permettent au sens de
Calvez (1994), de « maintenir une estime de soi ».

Le « comme si » maintient et renforce également la
distance qui existe entre le normal et le stigmatisé.
Parce qu'elle possède un attribut considéré comme
discréditant, la personne af

fligée d’un stigmate ne

peut jamais être considérée comme « tout à fait
normale ». À l'image du stigmate, la déficience
organise et perpétue la bipartition du monde : « eux et
nous ». faisant Partis de la catégorie des stigmatisés,
les déficients font l'expérience de la discréditation.
Leurs traits spécifiques et la reconnaissance qui leur
est octroyée les disqualifient, parfois même à leurs
yeux, et de ce fait les engagent à essayer de produire
une identité nouvelle qui constituera un éventuel
moyen d'affiliation.

Kappo nous donne une belle illustration pour mieux
comprendre ce que Calvez (1994) appelle «
déguisement de compétence » ou « stratégies de

dissimilation ». Puisqu’il a eu à développer ses

techniques et moyens de contournement de handicap
pour mi

eux réussir à l’école et s’adapter dans certaines

situations sociales. D’où ces propos :

J’étais déterminé, il me fallait surmonter le regard des

autres. Je voulais fréquenter même comme, quand je

me retrouvais parmi mes camarades valide, j’étais

comme un

démon, qui s’est introduit parmi les anges.

Je ne voulais pas mettre dans ma tête que j’étais un

handicapé et je devrais rester là surplace, sans rien
faire. Je veux toujours faire comme une personne qui a

ses deux pieds pour éviter d’être triste, pour ne

pas

l’envier, ou le vouloir. Je voulais être plus fort à l’école,

toujours premier pour me faire des amis. Je veux être

fort pour éviter le regard négatif d’autres, je travaille
dur pour m’imposer, m’affirmer. C’est comme ça que je

me fais des amis, quand ils voient que je suis parmi les
meilleurs, ils viennent vers moi en cas de problème, ils
ne me prennent plus comme un handicapé qui ne sait

rien faire. Quand j’ai un problème, ils viennent vite
m’aider, me secourir. Mais avant, même quand je suis

arrivé

à l’université, c’était comme si mes camarades

n’avaient jamais vu un handicapé, un jeune sans pied,

tout semble nouveau à leurs yeux. Voilà ce que je vis, ce

qu’on me fait vivre depuis que je suis handicapé ».

Une citation de Jeanne (2007) vient résumer ces propos
de Koppo pour ce qui est du faux-semblant ou du
comme si : « la rencontre avec le handicap nous rappelle

notre finitude et nous n’aimons pas cela. Nous tentons

de vivre comme si la souffrance ne faisait pas partie de
notre humanité, comme si la mort elle-

même n’était pas

là. Alors il est de bon ton de montrer la volonté de vivre,

le désir de « s’éclater » des personnes handicapées et
d’être très discrets sur leur souffrance, et elles

-mêmes

sont prises, me semble-t-il, dans ce dilemme. Tout cela

n’est qu’illusion, faux

-semblant ». Le faux-semblant

peut se caractériser par ce que Tomasella (2010. p.21)
appelle le parasitage affectif. Il nait lorsque la peur

d’être exclu, rejeté ou abandonné est fortement

ressentie par la personne. Elle se sent alors obligée de

s’accrocher à une personne autre qui lui sert de « rocher
», de « rempart », « d’intermédiaire », de « protecteur
». Il peut s’agir d’un ami, d’un frère, d’un collègue, toute

personne proche de nous qui à cette capacité

d’empathie. Cet autre qui

sert de facilitateur entre la

personne en situation de handicap et la société doit
toujours justifier sa présence à tout temps car, si ce

support de médiation n’est pas là, la personne en
situation de handicap n’existe presque pas.

Le parasitage est un moyen de camoufler le handicap. Il
est une réponse aux angoisses et aux menaces

d’effondrement provoquées par la disparition de soi ou
de l’autre. Il s’agit d’une forme de dépendance

relationnelle due à cette tendance « frénétique » de
vouloir à tout pris l

es « béances de l’autre ou de lui

demander impérieusement de combler les siennes. Le

parasitage nait par la peur qu’on d’être rejeté ou

abandonné. En réalité, la personne croit que le seul

moyen pour elle d’être acceptée et donc d’exister, c’est

se « fondr

e entièrement dans l’autre, de faire ce qu’il

veut et de renoncer à sa propre détermination »
(Tomasella, 2010. p. 23). Par conséquent, cherche la
fusion à tout prix. La personne en situation de handicap
développe ces stratégies dans le but de se conformer ou
se positionner à la norme. Le comme si peut également
être vue et assimilé à une sorte de dépression masque


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ou souriante. Ou le sourire cache un terrible mal-être.
Elle cache derrière une façade de bonheur, de bien-
être, des sentiments de désespoir et de tristesse. Les
individus souffrant de cette pathologie cherchent à
maintenir une vie sociale normale et en cachant dans
leur propre intérieur, une souffrance profonde. Ce
masque du bonheur dissimule un désespoir réel,
difficile à détecter, à accepter et

à traiter. D’où ces

propos de Thomson lorsque le médecin annonce son
amputation de la jambe droite infectée par une tumeur

et la réalisation de cette opération : « … Je parlais seul,
je riais sans le savoir. Quand il m’arrivait de rire, c’était

après une séance de question : moi handicap ? Non !

non !non ! quand je riais ce n’était pas de simple

amusements ou blagues. Je riais parce que je me

doutais de mon nouveau statut de handicapé. Je n’y
comprenais rien, je faisais semblant d’être là parmi les

gens mais mon esprit était ailleurs. Je revivais toujours
mon passé et ses meilleurs moments : les compétitions

avec les amis, les sorties, l’école, les blagues ». La

liminalité doit être analyser comme un vecteur

d’inacceptation et par conséquent un défaut de

socialisation.

3.

Pour parler du défaut d’acceptation des corps

différents.

Le défaut d’acceptation et l’image du faut semblant
peut se mesurer par l’écart qui sépare la personne en

situation de handicap et la société. La liminalité

s’explique donc cet é

cart, celui qui permet de

comprendre la distance entre « eux et nous ». La
personne vivant avec un handicap est rejetée car
porteuse de déficience. Son corps difforme renseigne

le monstre, l’étrangeté (Freud, 1923 ; Korff

-Sausse,

2007), le diable en person

ne. D’ailleurs, pour Elias

(1994 ; 2005), les Personnes en Situation de Handicap

(PSH) sont les « out siders » c’est

-à-dire, des déviants

menaçant la société que leur handicap soit visible ou
non. Cette menace pour lui, provoque « une réaction
de la société qui met en place des stratégies

d’exclusion des personnes vivant avec un handicap qui

peuvent être comprise comme des processus de

production de handicap ». C’est parce que leur corps

est démodé, non conforme, hors-temps que la société
développe les mécanismes de défense et du
refoulement car, ce sont des êtres anormaux, bizarres.
Toussaint en décrivant son expérience sociale de
handicap dit « Déjà, depuis que je suis handicapé, ce

n’est pas facile pour que quelqu’un m’aborde pour

partager avec moi cette expérience. Les gens qui me

voient disent que je suis un sorcier d’office. Or j’ai
envie d’en parler avec certains, cette expérience ». La
distance qui sépare Toussaint de la société s’évalue ici
par son handicap et l’image du pur sorcier qu’il

présente. S

on corps est source de rejet et d’évitement.

Blanc (2008) nous relate une scène dont il a été lui-

même témoin alors qu’il dispensait un cours. Il est

confronté à une situation selon laquelle en son arrive en

classe, Blanc s’installe au bureau face à un am

phithéâtre

quasi vide. Juste après un moment donné l’amphi se

remplit d'étudiants. Et « parmi les premiers arrivés se
trouvait une jeune fille en fauteuil roulant et sous
assistance respiratoire ». Les tables étaient toutes à
deux places, y compris celle où la jeune fille en situation
de handicap s'était installée. Au fur et à mesure de leur
entrée, les nouveaux arrivants étaient confrontés au

choix de leur emplacement : où se mettre où s’asseoir ?
Mais curieusement, Blanc constate qu’aucun étudiant

ne prit l'option de venir s'asseoir à côté de cette fille
handicapée alors que la salle est totalement pleine. Au
final, toutes les places furent occupées sauf celle

jouxtant la jeune fille handicapée alors qu’à côté d’elle,

il y avait une chaise libre. Dans cette histoire, Blanc
cherche à démontrer la distance qui sépare « les

normaux des handicapés ». L’on peut se demander
pourquoi les étudiants évitent la de s’asseoir à coté de
cette fille en situation de handicap ? N’est

-elle pas un

être humain comme eux ? pourquoi les étudiant

préfèrent se tenir débout alors qu’il y a une place libre ?

Pour Blanc, l’état de la jeune fille en fauteuil roulant et

sous assistance respiratoire suscite : méfiance, gêne,
discrétion, attention, tact, en même temps respect.

C’est cet ensemble d’éléments qui fait que personne ne

voulut de cette « proximité ». Cette situation embarrant

que vit Blanc l’amène à comprendre que : « les

personnes handicapées sont des personnes qui sont
handicapées ». Car pour lui, si la « déficience ne nie pas
l'humanité des personnes handicapées, elle en altère
toutefois les caractéristiques les plus évidentes, pour soi
et pour autrui : la forme, la fonctionnalité et l'usage des
corps, les capacités d'être sont autant d'aspects sur
lesquels les sociétés posent aussi leur empreinte. La
déficience est nature et culture mêlées. De ce constat, il
énonce que la déficience, est une expérience si
particulière, qui situe non seulement son possesseur
mais aussi ses proches, quoique de façon différente au
sein d'un espace qui n'est ni celui de l'exclusion
irrévocable ni celui d'une intégration pleine et entière »
(Blanc, 2008).

Le handicap visible crée un effet de « miroir brisé » qui

renvoie à nos questions d’identité, à nos angoisses de

castration, à nos propres peurs de la dépendance, à

notre pouvoir limité dans le monde… Cette image brisée
est automatiquement source de rejet. C’est justement à

partir de là que plusieurs réactions sont possibles. La
première est la plus simple : le « valide» rejette la
personne vivan

t avec un handicap pour ne pas voir qu’il

lui ressemble.

Pour Jeanne (2007) la rencontre avec le handicap est


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violente, elle bouscule « notre narcissisme », l’idée de

ce que « nous voulons être », de ce que « nous sommes

», elle n’est jamais indifférente.

Cette rencontre

rappelle sans cesse le miroir brisé. Et pour s’en

protéger, la société va créer des statuts spéciaux « de

l’entre

-deux ». Car, elle ne peut pas accepter que les

personnes en situation de handicap soient « trop
proches », cela semble « trop inquiétant ». De même,
cette même société ne peut non plus « expulser » ces
personnes non conformes, les « tuer ou les mettre à

part » car nous avons aujourd’hui passé un cap
d’humanité qui nous l’interdit notamment avec des

approches

inclusives.

Alors

on

reste

dans

l’ambivalence, dans l’ambiguïté en construisant des «

systèmes législatifs mixtes entre le rejet et

l’acceptation, entre l’éloignement et le rapprochement
». L’acceptation et l’exclusion sociale dépendent de

plusieurs facteurs et des conditions sociales.

La rencontre avec le handicap est double dans ce cas

figure : c’est une rencontre de tolérance et de

stigmatisation. En effet, la personne est « acceptée »
mais doit demeurer dans son rôle. Elle a le droit de
mendier, à condition de rester dans la catégorie à part

des « handicapés dépendants» ; elle a le droit d’être

soignée, à condition de rester dans un établissement

spécialisé. C’est d’ailleurs une des grandes

problématiques que Goffmann (1975) a abordé qui
caractérise la situation liminale chez Morphy (1985 ;

1990). C’est ce qui fait écrire à Maurice Ringler : « On

ne nait pas handicaper, on le devient ». Il y a une

véritable production du handicap, c’est un construit

social dont la fonction est de focaliser toutes les
disgrâces et tous les

signes d’infériorité, participant

ainsi à la définition la normalité.

Se basant du modèle interactionniste, Piérart et

Arneton (2021) pensent que l’environnement offre à la
personne porteuse d’une déficience des opportunités

de participation sociales ou à

l’inverse, il la place dans

des situations de handicap par la non reconnaissance
de son altérité. Le handicap est ainsi envisagé dans
cette perspective non pas comme un état, mais comme

un processus d’inadaptation de l’environnement à la

diversité des individus. Cette perspective invite au sens

de Piérart et Arneton (2021) à s’interroger sur la
dimension « inter » du processus en tant qu’il renvoie

au fait de pouvoir être à la fois dans et en dehors du

groupe d’appartenance et de socialisation.

La socialisation inachevée de la personne en situation
de handicap se fait ressentit chez certaines personnes
quand il faut par exemple trouver une chambre, un
studio ou un appartement à louer. La personne en

situation de handicap se trouve discriminée puisqu’elle

r

encontre d’énormes difficultés avec leurs bailleurs et

l’entourage. La société s’appuie sur les préjugés, les

stéréotypes tels la malhonnêteté, les sorciers, manque
de revenu, par conséquent, ce qui fait que, ces bailleurs
par référence à tout ce qui concoure, est dit et définit la
personne en situation de handicap qui désire la

chambre ou l’appartement, trouvent raison de dire que

cette appartement est réservé ou ils augmentent le prix
du loyer. Si la chambre à louer est de 5000f, elle monte
à 15000f. Le b

ut ici c’est se débarrasser de ce pauvre

handicapé. C’est ce que dit en d’autres Toussaint en

affirmant :

« Il est difficile pour la personne à mobilité réduite de se
déplacer normalement où, soit, elle trouver où rester,
louer une chambre je ne vais pas

parler d’un

appartement. Par ce que la société se dit que la

personne handicapée est malhonnête, il n’a pas
d’argent, c’est un sorcier si on l’accepte, il va mettre
tout le secteur mal à l’aise (…) Ce que les bailleurs font

quand sa chambre est en location

et que c’est la

personne handicapée qui la veut il augmente le prix ou

il te dit que c’est déjà occupé ou réservée »

Cette déclaration que fait Toussaint nous amène à voir
non seulement le faux-semblant mais aussi ce défaut

d’acceptation sociale et cette

distance ou écart sociale

qui sépare la personne anormale de celle valide. Pour le
premier cas de figure, les bailleurs ne peuvent pas

directement dire à Toussaint qu’il n’est pas à la hauteur
de louer la chambre, car il n’a pas des suffisamment de
l’argent ou que, par son handicap, il n’est pas le

bienvenu. Un autre aspect à prendre en compte est que,

ces bailleurs ne peuvent pas lui dire ouvertement qu’ils

ne veulent pas des locataires en situation handicap ou «
handicapés » comme on a coutume de les appeler dans

leurs cités au risque de le frustré. Le mieux à faire c’est

de proposer un prix aussi élevé que celui normal pour le

décourager. A défaut d’augmenter le prix des chambres

ou des appartements, les bailleurs préfèrent lui dire

qu’il n’y a pas de cha

mbre à louer, ou que la chambre

est déjà réservée par une autre personne même si cela

n’est pas le cas. Les bailleurs font donc semblant d’être

polis envers la personne en situation de handicap. Ils

font semblant de l’accepter en montrant qu’il n’y a plus

de chambre ou que la seule qui reste est déjà prise. En
même temps, ces mêmes bailleurs font semblant en

refusant de l’accepter car c’est un handicapé. Que
d’inclure la personne en situation de handicap, la
société l’exclue par manière. Il y’a donc ce défa

ut

d’acceptation et de socialisation des corps déficients.

Ce défaut d’acceptation se fait également ressentit

quand la personne en situation de handicap veut par
exemple voyager. Il faut nécessairement emprunter un

véhicule sauf que, c’est une équation presqu’impossible
pour cette personne surtout quand elle n’est pas
accompagnée d’un proche. La difficulté ici est double :
d’abord trouver ce taxi ensuit le comportement des


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passagers quand la personne arrive à avoir un taxi

pouvant l’amené à destination. V

oici par exemple ce

révèle Thomson : « Depuis que je suis handicapé, j’en

ai déjà vu. Même pour prendre un taxi avec mon

fauteuil, ce n’est pas chose facile. La majorité de

chauffeurs de taxi les « drivers quand je les stoppe,

font l’effort de ne pas regar

der de mon côté. Tu te dis

qu’il ne travaille mais juste devant il s’arrête ».

Mais pourquoi ces transporteurs en commun, surtout
ceux que la société nomme généralement « transport

de ramassage ou clendo » n’acceptent pas de porter

dans leur passage les personnes handicapées et
généralement ceux qui sont en fauteuil roulant ? Tout

simplement parce qu’ils ne sont pas patients. Porter la
personne en fauteuil roulant par exemple lorsqu’elle
n’est pas accompagnée, demande au chauffeur de

descendre de son véhi

cule pour pouvoir l’aider. Ces

chauffeurs n’ont donc pas une minute à perdre pour

ces types de personne. Ils préfèrent partir à vide sans
passagers. Koppo dira alors : « moi par exemple, je
veux emprunter le taxi, non seulement je souffre pour
avoir ce taxi, mais aussi je paye le double tu tarif. Et

quand j’ai la chance d’avoir ce taxi, les passagers ne

veulent pas que nos vêtements se touchent pire mon

corps. Ce quotidien est difficile pour moi, mais je m’en

passe. Je ne peux pas compter le nombre de fois que

j’ai été humilié par les filles, les hommes en tenus. La

personne handicapée est un sous homme ». Koppo a

donc raison de parler d’injustice sociale à l’égard des
personnes « handicapées ». Car, à chaque fois qu’il faut

emprunter un taxi, il faut payer le double du tarif. Or,
Boucher et al (2019) soutenaient que les déplacements
sont au centre de la plupart des activités ordinaires de
la très grande majorité des personnes : éducation,
travail, loisirs, activités familiales, utilisation des
services et des soins de santé. Certes, mais il constate
que, certains groupes de personnes sont défavorisés
sur ce plan, notamment celles qui présentent des
incapacités importantes et persistantes, limitant leur
participation sociale et le développement de leur
capacit

é d’agir, d’être et d’interagir.

On remarque ici que, la personne en situation de

handicap est une personne qui n’a pas de valeur ou

alors son statut est très moindre. Elle est une personne
à part, un étranger, il est hors-norme, une personne à
la basse classe ou pour reprendre les propos de
Toussaint « un sous homme ». La personne vit dans la
société mais, son existe est figée. Elle est acceptée

mais cette acceptation sociale n’est pas tout à fait
totale car, sa vie en société est source d’humiliation.

Koppo jusqu’à présent, pense encore

au différentes

sources d’humiliation qu’il a subi depuis qu’il est

devenu différent des autres. « Je me souviens étant au
lycée, on nous avait imposé une épreuve qui devrait

passer mercredi alors que nous étions lundi, personne

ne s’y attendait. Tout le m

onde se plaignait de cette

affaire. Mon senseur m’avait dit : « tu es même un

handicapé et tu as le droit de me parler » juste par ce

que je lui avais porté critique. C’était choquant, j’ai eu
honte, j’étais blessé du font de mon cœur ». Ces propos

de Koppo en lien avec la réaction de son senseur

montrent que, la personne en situation de handicap n’a

aucunement pas droit à la parole. Elle ne doit pas
revendiquer quoique ce soit, pour être accepté dans la

société, elle a le droit de se taire, d’observer les

« valides

» faire entre eux, elle a le droit obéir seulement.

Thomson dira pour sa part que « je me souviens d’une
fille quand nous étions en terminale, qui m’avait dit que
même si j’utilise les écorces, pour la draguer, elle ne
pourra pas m’accepter comm

e copain...Cette fille a fait

que je comprenne que, quand tu es handicapé, ça vaut
dire que tu es vraiment handicapé. Entre handicapé et

la personne normale c’est deux mondes différents ». La

fille refuse les avances Thomson tout simplement parce

qu’il est

différent. Il n’est pas quelqu’un qui inspire la

confiance mais plutôt la méfiance. Pour Kappo, cette
situation est aussi complexe. Une fois en classe, le jeune
élève de Terminal se faisait chasser comme un petit

chien inutile, sans classe, pas d’importance d’aucune
sorte. « Partout où je pouvais m’asseoir on me chassait.

Certain disaient : mouf qui sur ma place, vas avec ta
malchance là-

bas ». J’étais oublier d’aller me trouver

une place au Chabat donc au font de la salle. Même
étant là-bas, tout le monde me regardais comme un

monstre. En classe, je ne parvenais pas à m’exprimer dès
qu’on m’interrogeait, tout le monde se mettait à rire ».

Ce qui est à retenir ici est que, la personne en situation
de handicap fait face à la non reconnaissance de son
humani

té. Elle doit d’abord prouver son appartenance à

la race humaine.

4.

Regard social, source d’aliénation et réclusion

Le regard reporté sur le handicap est un élément non
négligeable pour traduire ou expliquer le statut non

conforme, l’état de socialisatio

n inachevée, de non-

lieux, de nul part, ou tout simplement de la liminalité. Le
regard social des corps déficients est porteur
signification. Ce regard, lorsque le sujet se sent

concerné, s’accompagne de la honte. Cette honte nait
d’une différence qui s’i

nstalle entre les individus

normaux et la personne à « corps perdu » comme le
formulait Murphy (1985) dans son ouvrage. La honte ici
doit être perçue à deux niveau : la honte sociale et la
honte ressentie par le porteur de stigmate. La différence
entre des

corps étant l’indice d’évaluation d’une

socialisation normale et de l’exclusion. Dit autrement, la
différence pourrait traduire la liminalité car, c’est grâce
à cette différence que s’installe entre les humain (
différence de peau, de race, d’appartenance

ethnique,


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religieuse, de sexe, les écart d’âge…) le phénomène de

catégorisation sociale : on est enfant, adolescent,
adulte, personne âgée, handicapé ou non handicapé,

albinos, malvoyant, sourd, … on est pour tout dire
différent de l’autre. Durant nos ent

retiens avec Kapo,

nous avons constaté qu’à chaque fois qu’une question

lui est posée, Kapo utilisait toujours des expressions
comme : « handicapé, mon handicap, pourtant avant

ce handicap j’étais moi normal, je ne suis pas né

comme ça, je ne suis pas né h

andicapé…).

Alors, par curiosité, nous lui posons la question de

savoir : Kapo ! qu’est

-ce qui te fait croire que tu es «

handicapé » ? ça réponse est la suivant : « je suis

handicapé parce je n’ai pas de pied, je n’ai pas de main,

je suis handicapé physique, je suis handicapé moteur
et les gens me considèrent comme tel. Je suis assis sur
un fauteuil roulant et je demeure là, incapable de me
tenir débout comme vous. Je ne peux pas me tenir
débout. Je suis handicapé parce que je suis différent
des autres ». Dans sa déclaration, nous observons que,

l’absence ou le manque d’objet (main, pieds), la

catégorisation (handicap physique et moteur), les
considérations et perceptions sociales de handicap,

l’incapacité, la différence corporelle sont des éléments

qui expliquent la situation de handicap dans laquelle se

trouve Kapo et par conséquent son état d’inconfort et

de suspensions social. Dans sa déclaration, rage,
colère, frustration, déception, envie, désire et volonté

d’être comme l’autre normal, angoisse, crain

te,

embarra, stress, détresse et tristesse, accompagnent
ces propos et traduisent son défaut de socialisation et
sa situation vulnérable.

Les propos de Keptsop vont aussi dans le même sens

alors qu’il répond à la même question posée à Kapo.

Ketsop fait

comprendre qu’il est « handicapé » parce

qu’il est différent des autres, il n’est plus ce qu’il était
avant qu’il ne devienne unijambiste, à cause des

changements brusques de son corps, les modifications
de son image du corps et les représentations mentales

qu’il a de lui

-

même, il n’est pas comme tout le monde,

incapable de se déplacer, manque d’efficacité
physique, il est un homme à part. Voici d’ailleurs ces

affirmations à ce sujet : « Je suis handicapé par ce que
je suis tout simplement différent des autres. Je suis
plus la même personne plus que je ne suis pas né sans

pied. Je ne suis plus la personne que j’étais par le passé.

Tout a changé en moi, tout est nouveau. Je suis
handicapé par ce que je suis diminué, je manque mes
jambes. Je ressens leurs absences physiquement,
mentalement et psychologique. Je ne vois plus mes
pieds. Je suis handicapé moteur à chaise roulante au

lieux d’être comme tout le monde, moi je manque de

pieds. Au lieu de marcher à deux pied comme les
autres, moi je me déplace en fauteuil. Tout est

contraire maintenant, rien n’est plus comme avant où je
pouvais courir, sauter, aller plus vite avec l’efficacité de

mes jambes. Maintenant il faut pousser un fauteuil,

pour mes déplacements ou quelqu’un devrait m’aider à

le pousser. Il me f

aut du temps et de l’énergie. Je suis

handicapé par ce que je suis différent de vous. Vous
pouvez décider de vous lever mais moi non, je suis
condamné à vivre assis. Je suis handicapé, je suis à part,
pas comme les autres ».

La différence est perçue dans

cette partie comme l’unité

de mesure de l’écart de ce qui est dit « normal » et à «

normal ». La honte sociale est un sentiment que la

société peut avoir lorsqu’un de ses membres est en

situation de handicap. Le regard social des corps
déficients

peut

être

aliénant,

discriminant,

marginalisant, stigmatisant de même que ce regard
peut traduire la sympathie, la pitié, la déception, le
regret social, la compassion à la douleur et souffrance

de l’autre. Le regard social peut donc avoir deux

signification : un aspect négatif et un aspect positif. Le

regard social, lorsqu’il négatif, s’accompagne par la
honte. Descartes disait : « j’ai honte de moi tel que
j’apparait à autrui ».

C’est pourquoi Scelle (2019) invite à changer notre

regard vis-à-vis des personne situation de handicap. Le

regard social fait partit des « normes d’acceptabilité » et

de non acceptabilité lesquelles sont toujours «
culturellement et historiquement construites ». Le
regard social pour Scelle (2019), « ne doit pas être
inquisiteur » ni « jugeant », mais contenant et
empathique. La société pour mieux les socialiser, doit

développer la capacité d’écoutées et soutenir les

personnes vivant avec un handicap. Ce qui suppose pour

Scelle d’identifier avec elles leurs difficultés, leurs

ressources, l

es liens qu’elles entretiennent avec leur

entourage, susceptibles de faciliter ou d’entraver leur

sociabilité. Mais aussi de prendre en compte la
complexité de leur vie intrapsychique et intersubjective.

Sauf qu’au quotidien, l’on constate que le regard so

cial

est plutôt sélectif, méprisant et réducteur à la simple
situation dans laquelle vit la personne : la condition
handicapée. Le handicap est donc une question de

représentation qu’on a ou qu’on se fait de l’autre. Une

sorte de représentation de mentale

qu’on a de lui. On

parlera de schéma mental, d’image, de carte, de

figuration.

Le schéma corporel est défini comme une
représentation permanente du sujet, relative à la
position spatiale du corps et de ses objets. Il correspond
au modèle psychique interne reposant sur la neurologie

qui permet de situer le corps dans l’espace. Le corps, en
tant qu’image, témoigne de la structuration du sujet. La
notion d’image du corps implique de prendre en compte

différentes composantes : biologique, libidinale et


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sociale

. Il s’agit, selon Schilder (1968), d’une

configuration globale. L’« image du corps humain, c’est
l’image de notre propre corps que nous formons dans

notre esprit, autrement dit, la façon dont nous
apparaissons à nous-

mêmes ( Schilder , 2017). L’image

se construit et se reconstruit suite au vécu, aux

expériences et au développement. L’image que l’on a

de son propre corps est imaginaire, construite à partir
des fantasmes infantiles ainsi que par ceux des
expériences de la vie (Zobo, 2O23). Elle reflète la
st

ructure du corps. C’est cette structure du corps, la

manière de voir se corps et de le vivre que Ketsop et
Kapo essaie de décrire dans leurs propos.

Gargiulo (2016), dans une étude, amène à voir
comment le regard porté sur le handicap est source

d’exclusi

on et de discrimination. Elle constate combien

le repli sur soi, l’enfermement, voire l’auto

-exclusion

sont des mécanismes révélateurs d’un effort du sujet
pour maintenir une image et une estime de soi à l’abri
du regard d’autrui ; regard perçu parfois com

me

destructeur, blessant, étranger à l’image que la
personne en situation de handicap peut se faire d’elle

-

même. Gargiulo (2016), dans son étude présente à

titre d’exemple une femme de 38 ans, atteinte d’une
maladie neurogénétique, l’ataxie cérébelleuse, q

ui

expliquait que sa maladie, dans son évolution, lui
infligeait une démarche ébrieuse. Progressivement,
elle restait recluse chez elle pour éviter les regards, les

commentaires des personnes qui pensaient qu’elle

avait bu. Chaque sortie dans la rue représentait pour

elle une exposition aux regards qu’elle qualifiait
d’insultants. Sa fille âgée de 7 ans lui demanda un jour
de ne plus venir la chercher à la sortie de l’école car ses

camarades lui disaient et rappelaient sans cesse que sa

mère avait bu, qu’elle était bizarre et qu’elle devait

sûrement être une prostituée.

Zobo (2023) trouve que cet exemple permet de
comprendre à quel point le regard social sur le
handicap est aliénant, discriminant, stigmatisant,
marginalisant. Pour lui, les relations qui lient la
personne vivant avec un handicap et la société sont

faites d’inégalités, qui s’expliquent par la distance,
l’écart, les limites ou zones de barrière. Ces relations

sont conflictuelles et aliénante. Reprenant Sartres
(1943) qui analyse les relations avec autrui en
soutenant que, : « par son regard, autrui aliène et
chosifie ». Il porte des jugements de valeur comme la

pitié, honte, … Il conclut en disant : par le regard
d’autrui, l’on se sent comme figé au monde.

La société porte un regard objectif sur le sujet du fait
de son handicap, ses incapacités ou son infirmité. Le
regard enferme ou condamne le porteur dans une
identité réduite. La personne en situation de handicap
aux yeux de la société est réduite à un banal objet.

Lamy (2018), pense que « c ‘e

st par autrui et avec lui

qu’on possède telle ou telle caractéristique ». Le regard

social du handicap est subjectif, il ruine les possibilités

d’existence et se réduit à une image pétrifiée. Ce regard
spolie le pouvoir d’agir et la liberté. Par son regard

, la

société exerce un pouvoir sur la personne en situation
de handicap.

Thomson lors de nos entretiens ne manque pas de dire

: « Quand j’étais par exemple à l’hôpital, il arrivait que

les gens me toisent longuement sur le pied amputé ou

l’autre paralysé.

Cette manière de regarder mes parties

du corps touchés me dérangeais automatiquement.

J’analysais ce regard. Je comprenais que le handicap
c’est quelque chose que je vais pouvoir vivre avec à vie.
Quand on te regard, la personne t’analyse des pieds au

che

veux et même à l’intérieur de toi. Si c’est à la maison,

il m’arrivait souvent de vouloir mettre ces personnes

dehors. Puis que, les gens me regardent en insistant sur
les parties que je ne veux pas moi-même voir. Lorsque
certains constatent que je ne parviens pas à bouger le

pied paralysé ou que l’autres est amputé, on m’admire
comme si j’étais un miroir. Ce simple regard persistant,

profond active des réactions de suicide en moi. Je me dis

qu’ils ont en même temps honte et pitié de moi. Moi

-

même j’ai honte, par ce handicap, j’ai compris que le
regard d’autrui tue ».

Pour Goffman (1975) le handicap physique est ce qu’on
voit. D’où ses propos : « la part du visuel est au cœur de
la notion de stigma puisque, à l’origine, le stigmate

désigne des marques corporelles destinées à exposer ce

qu’il y avait d’inhabituel et de détestable dans le statut

moral de la personne ainsi signalée ». Le regard que la
société porte sur le handicap blesse du fond intérieur. Il
est insupportable pour le porteur de handicap. Puis

qu’il

s’accompagne toujours de la honte. Cette honte crée

des réactions suicidaires chez le sujet. Le regard social
est porteur de signification. Dans son approche de
représentation sociales et culturelles de handicap,

Mbassa (2015) l’a démontré en se basa

nt de la thèse

défendue par le journaliste congolais Tshibwabwa Mua
Bay (2008). Pour lui, dans les sociétés africaines
traditionnelles, la différence, la maladie, et tout ce qui

sort de la norme et qui ne s’explique pas de manière

cartésienne et scientifique de la culture occidentale

s’interprète.

Les cultures africaines sont pour ce journaliste
sémantiques au sens strict du terme car pour lui, tout
est signe, tout est signifiant et tout est signifié. Dit
autrement, tout ce qui est, même le plus anodin, a un
sens caché, une signification. Le handicap est don

révélateur de sens cachés, de significations. C’est

pourquoi il attire du regard et expose son porteur. Il est
donc source des interprétations multiples, de peurs,

d’ambivalence, de préjugés, de violence et d’exclusion.


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Les gens qui me regarde n’ayant plus mes capacités,
n’ayant plus mes membres du corps me considèrent

comme un incapable. Mes amis avant venait me dire

que tout est finis pour moi, que rien n’était plus à

espérer nous dit Toussaint. Les intentions sociales sont
stigmatisantes. Le regard social de handicap exprime

les représentations mentales que l’on se fait, les
intentions que l’on a, les idées qu’on se fait, les

sentiments, les émotions, affects et toutes formes de

réaction sociale qu’on peut avoir lorsqu’on voit l’autre

en souffrance.

DISCUSSION

La liminalité est un cadre de référence de handicap
formulé par Murphy pour exprimer la place spécifique

qu’occupe la personne en situation de handicap au
sein de la société. Il s’agit d’un statu

t social caché,

ambigu, mitigé, flou, pas trop visible encore moins clair
mais existent dans le jeu des rapports, des relation,

d’interaction et d’influence réciproque entre les corps

déficients et la société. Partant des travaux de Murphy

(1982), d’autres

chercheurs à l’instar Gardou (1997) ;

Calvez (1994) ; Stiker (2007), Blanc (2006 ; 2008) Korff-

Sausse et al (2017) vont s’intéresser dans ce champ de
recherche qui caractérise l’état de non conforme de la

personne en situation de handicap. Sauf que, les
travaux de Stiker nous permettent de mieux
comprendre le rapport corps déficients/société pour
redéfinir ce statut en cascade de la personne en

situation de handicap dans sa quête d’inclusion et de

socialisation totale.

Il redéfinit la liminalité dans une nouvelle perspective
de handicap : le « double » en faisant recourt à

l’expérience du moi et du non

-

moi. C’est cette double

liminalité qui traduit le rapport corps en situation de
handicap et société. Pour formuler sa théorie de la
double liminalité, il part des travaux de Rank (1939
;1973) qui passe en revue la série presque complète,
des figures du Double : le double dans les fictions
littéraires, le dédoublement de la personnalité chez les

écrivains et artistes, l’ombre comme représentation de
l’âme dan

s certaines croyances, le narcissisme, la

gémellité, la survivance dans l’au

-delà. Rang (1939)

situe les premières manifestations de ce thème dans le
champ littéraire, aux temps reculés du folklore, de la
superstition ou de la naissance des religions (p.6).

Le double découle d'un sentiment profondément
ancré dans l'âme humaine, à savoir : les relations de
l'individu avec son propre Moi et la menace de sa
destruction complète par la mort, que l'homme essaye
d'annihiler par une série de Mythes basés sur la
croyance en son immortalité que la religion, l'art et la
philosophie lui offrent pour le consoler. Rank distingue
trois formes de double : Au début le double est un «

Moi identique » (ombre, reflet) ; Plus tard il représente
aussi un « Moi antérieur » conte

nant avec le passé l’état

ou la situation de l’individu qu’il ne veut plus

abandonner mais au contraire conserver ou regagner. Il

s’agit ici du contexte des évènements antérieurs

propres au sujet. Cette deuxième phase se conçoit
mieux avec le handicap acquis. Lorsque le handicap

survient au cours de la vie, il arrive parfois que l’on

cherche à se réapproprier son histoire. Il revit son temps

passé, ses relations antérieures. Il rêve redevenir ce qu’il

était par son passé (personne normal). Enfin le double
d

evient un « Moi opposé » qui, tel qu’il apparaît sous la

forme du Diable, représente la partie périssable et
mortelle détachée de la personnalité présente actuelle
qui la répudie » (p. 73/74). Ce qui se rapporte au présent
de handicap. Le moment même de la souffrance, du
traumatisme.

Stiker constate donc que, de toute ces formes de

double, seule l’ « infirmité » ne figure pas dans la série
d’Otto Rang. Pourtant, il existe maints arguments pour

aller dans ce sens comme la variété des mises en scène
du double ; la fascination/répulsion pour des spectacles

de monstres ou l’exhibition des corps bizarres… Il
observe que, le « double », dans la plupart des œuvres
évoquées, est un semblable, une réplique à l’identique
de soi. Il renseigne l’ombre, l’âme, l’esprit,

des états

mentaux. Il va alors s’approprier de cette expression et
l’appliquer à l’infirmité.

En quoi le handicap ou l’infirmité est un double ? Le
handicap est une figure du double car touche l’individu

dans son corps et biaise ses relations sociales. L

’on est

donc limité par son corps et dans ses rapports avec la
société. Le handicap met en évidence la relation qui unit

le corps au monde, car l’absence ou la détérioration des

capacités physiques, intellectuelles bouleverse comme
le dit Richard (2012) « ce lien » tant au niveau spatial

qu’au niveau temporel. Il y’a donc cette ambivalence de

rapports entre le corps abimé et la société qui se trouve

obligée de l’inclure. Les travaux Merleau

-Ponty

démontrent bien cette double liminalité avec le cas de
la

personne devenue amputée d’un membre supérieur

en liant son rapport au passé et sa situation actuelle de
handicap. Il souligne : « Au moment même où mon
monde coutumier élevait en moi des intentions
habituelles, je ne puis plus, si je suis amputé, me joindre
effectivement à lui, les objets maniables, justement en

tant qu’ils se présentent comme maniable, interrogent
une main que je n’ai plus. Ainsi se délimitent, dans
l’ensemble de mon corps, des régions de silences »

(Merleau-

Ponty, 1945). Notre corps qu’i

l soit en

situation de handicap ou non, est notre propre « ombre

». Ancet dans cette perspective évoque la notion d’«

ombre du corps monstrueux ». Ce corps qui suit son
porteur partout et en tout lieu. Il est le reflet de ce que


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nous sommes, notre image, notre représentation. En
effet, nul ne peut se séparer de son corps. Il est et
demeure notre compagnon le plus fidèle, jamais

inséparable. L’on ne saurait nier encore moins se

débarrasser de son handicap. Se débarrasser de son
corps en situation de handicap

c’est faire qu’il ne

puisse plus exister ou tout simplement se donner la
mort. Pour reprendre les termes de Sticker (2007), « on

se défait de son double qu’en se supprimant soi

-même

car le moi et l’autre moi sont en finale indissociables,

sous peine de mort ».

Le handicap est un mixte de l’unité et du contradictoire
: sa présence est le signe patent d’un va

-et-vient

permanent entre la norme et le hors-

norme, l’équilibre

et le déséquilibre, la santé et la maladie. Il bouscule les
références mimétiques, les visions normosées et les
certitudes préétablies (Stiker, 1982). Celui qui en est

atteint représente l’autre par excellence, l’autre trop

radicalement différent : « il est cette déchirure de
notre être qui ouvre sur son inachèvement, son
incomplétude, sa précarité ». Dans une étude récente
Zobo et Nsairun (2024) montrent comment le corps
reconnu comme une des entités subjectives ou
personnelle est le premier élément important du
processus de production de handicap. Cette

orientation qu’ils donnent à leur étu

de montrait déjà

d’une manière ou d’une autre, cette double liminalité.
Car, la liminalité est d’abord corporelle en ce sens que
l’on est limité, réduit, divisé, fragmenté, morcelé,

fragilisé par son propre corps et elle est également
sociale (rejet, regard, stigmatisation, problème

d’inaccessibilité et d’acceptabilité).

Blanc (2008) n’a pas lui aussi hésité de formuler que «

la déficience est altération du corps, elle est, par
contrecoup, altération des relations sociales,
modification de leurs flux et de leurs formes. Elle
permet de vérifier, mais a contrario, à quel point le
corps constitue un support des échanges. Dès qu'il est
malmené, ces derniers sont perturbés, parfois réduits
à leur plus simple expression, voire dans l'impossibilité
d'exister. Le corps déficient ébranle les relations
sociales, les biaise, les distordent ». Selon Goffman
(1975), les personnes normales ne considèrent et ne
reconnaissent pas la personne stigmatisée comme tout
à fait normale : « une acceptation fantôme est à la base

d’u

ne normalité fantôme ». Partant de ces

affirmations, il ne reste à Zobo et Nsairun (2024) de

conclure que le taux de participation ou d’exclusion

sociale de la personne en situation de handicap
dépend des facteurs personnel (corps, déficience,

l’âge, l’identité, le sexe…) mis en interaction avec les

mécanismes sociaux du processus de production de

handicap. C’est cet écart qui vacille en participation et

exclusion qui détermine la liminalité.

CONCLUSION

Doit-

on

penser

l’existence

de

l’homme

indépendamment des autres ou de la société ? Nous

pensons non. L’être humain a toujours besoin de l’autre,

de son prochain ou son alter ego pour communiquer,
interagir avec lui, pour être aimé, se socialiser, être
éduquer, confirmer son appartenance au groupe, se
protége

r, s’entraider. L’on a besoin d’autrui, de la

société et de son environnement pour se développer.

L’homme est un être social. Toutefois, la présence de

cet autre peut également compromettre notre

socialisation et nous met en marge de l’organisation de

la couche sociétale, nier notre existence et notre

humanité. C’est la présence de l’autre qui détermine
notre l’appartenance à un groupe ou non. Comme nous
l’avons mentionné plus haut, il y’a handicap que par la
rencontre de l’autre semblable de nous et différ

ent de

nous.

Selon l’approche de l’éthique du care, le point commun
de tous les êtres humains est qu’à un moment ou l’autre

de leur existence, ils ont besoin pour vivre du soin (du

care) des autres. Tout être humain est d’abord un bébé

dépendant de ses parents pour vivre, et chacun, au
cours de son existence, peut à tout moment, retrouver
cet état de dépendance, de vulnérabilité vis-à-vis des
autres. La personne en situation de handicap fait alors
partit de cette catégorie de personnes indépendantes,
vulné

rables et traitée même d’antisociale (Blanc, 2008).

Car, dit-

on, qu’elle résiste à la socialisation. En ce sens

que la société développe toutes les stratégies de
socialisation possible mais la personne ne parvient pas

à se conformer ou s’adapter aux normes

sociale établies

à cause de ses multiples déficiences, sources

d’incapacités qui génèrent des désavantages sociaux.
Mais dans cet article, cette thèse n’est pas forcément
épousée. Car, la vulnérabilité, l’état de dépendance, la

socialisation, la participa

tion sociale, l’inclusion ou

exclusion ne sont possibles que par le jeu d’interaction.
C’est la qualité des interactions qui nous permet de
mesurer, de voir l’écart ou la distance sociale qui sépare

la personne en situation de handicap et son milieu de
vie. De cet écart, découlent les moments de seuil,

d’entre

-deux et de liminalité. La liminalité permet alors

de comprendre en quoi, comment et pourquoi la
personne en situation de handicap résiste à la

socialisation. C’est

-à-dire pourquoi est-elle antisociale,

hors-norme et hors-temps ? La liminalité est considérée

ici comme l’indice de mesure d’une socialisation

inachevée de la personne en situation de handicap. Cet

indice n’a de sens que dans des contextes et moments

de vie variés.


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The American Journal of Social Science and Education Innovations

REFERENCE

Geneviève Piérart et Mélissa Arneton (2021).
Interculturalité des situations de handicap : de la
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2, 2021

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passé, questions pour l’avenir. Apports et limi

tes du

modèle social, de la sociologie des sciences et des

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2007

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0). De l’ajustement entre les

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correct

lorsque

vous

parlez

des

personnes

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sur le seuil.

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