Authors

  • André-marsel Libai
    Université d'État des langues du monde de Tachkent
  • Gulasal Sabirova
    Université d'État des langues du monde de Tachkent

DOI:

https://doi.org/10.71337/inlibrary.uz.jmsi.113519

Abstract

Cet article examine la formation de l’image du père dans les cultures française et ouzbèke à travers une perspective historique, culturelle et linguistique. Il analyse la place du père en tant qu’institution sociale, sa représentation dans la littérature et la tradition orale, ainsi que l’évolution ou la persistance de cette figure dans la société contemporaine. À travers une approche comparative, les attitudes envers le rôle paternel sont étudiées selon des critères tels que l’amour, la responsabilité et la continuité des valeurs. L’article pourra intéresser les linguistes, les spécialistes en culture et les chercheurs en sciences sociales.


background image

https://ijmri.de/index.php/jmsi

volume 4, issue 4, 2025

1239

SIMILITUDES ET DIFFÉRENCES DU RÔLE DU PÈRE DANS LES CULTURES

FRANÇAISE ET OUZBÈKE

Sabirova Gulasal Babadjanovna

Enseignante du Département des sciences théoriques de la langue française,

Université d'État des langues du monde de Tachkent

André-Marsel Libai

Professeur du Département des sciences théoriques de la langue française,

Université d'État des langues du monde de Tachkent

Annotation :

Cet article examine la formation de l’image du père dans les cultures française et

ouzbèke à travers une perspective historique, culturelle et linguistique. Il analyse la place du père

en tant qu’institution sociale, sa représentation dans la littérature et la tradition orale, ainsi que

l’évolution ou la persistance de cette figure dans la société contemporaine. À travers une

approche comparative, les attitudes envers le rôle paternel sont étudiées selon des critères tels

que l’amour, la responsabilité et la continuité des valeurs. L’article pourra intéresser les

linguistes, les spécialistes en culture et les chercheurs en sciences sociales.

Mots-clés:

image du père, culture française, culture ouzbèke, valeurs nationales, rôle social,

figure littéraire, comparaison interculturelle, langue et société, patrimoine historico-culturel,

environnement familial.

Annotation:

This article examines the formation of the image of the father in French and Uzbek

cultures from a historical, cultural, and linguistic perspective. It analyzes the father's role as a

social institution, his representation in literature and oral tradition, as well as the evolution or

persistence of this figure in contemporary society. Through a comparative approach, attitudes

toward the paternal role are studied based on criteria such as love, responsibility, and the

continuity of values. The article may interest linguists, cultural specialists, and social science

researchers.

Keywords:

image of the father, French culture, Uzbek culture, national values, social role,

literary figure, intercultural comparison, language and society, historical-cultural heritage, family

environment.

Introduction

La culture de chaque peuple est l’expression harmonieuse de son expérience historique, de ses

coutumes, croyances religieuses et structures sociales. L’institution familiale et les rôles qui y

sont attribués — père, mère, enfant — en sont le reflet direct. Parmi ces rôles, celui du père

occupe une place particulière : il n’est pas seulement le soutien matériel de la famille, mais

également un pilier spirituel, éducatif et une première figure masculine pour l’enfant, garant de

stabilité et de continuité sociale.

Dans les cultures française et ouzbèke, la représentation du père s’est construite sous l’influence

de facteurs historiques, religieux, philosophiques et sociaux. Les concepts de famille, de

personne et de société dans ces deux cultures se reflètent notamment à travers la figure du père.

Parfois, ces figures partagent des similitudes universelles, mais elles présentent aussi des


background image

https://ijmri.de/index.php/jmsi

volume 4, issue 4, 2025

1240

différences notables.

Cet article propose une analyse comparative de la position du père dans les cultures française et

ouzbèke, de son rôle dans la société, de ses représentations littéraires et des approches modernes

qui s’y rattachent. L’objectif est de dévoiler non seulement l’apparence extérieure de cette figure,

mais aussi sa signification profonde, sa fonction et sa portée sociale.

Partie principale : Le rôle du père dans la culture française

Dans la culture française, l’image du père est complexe et multidimensionnelle, influencée par

des facteurs historiques, philosophiques et socioculturels. Dans le modèle traditionnel européen,

notamment en France, le père est non seulement le pilier de la famille, mais aussi un facteur

déterminant dans le développement psychologique et culturel de l’enfant.

Dans les familles françaises contemporaines, le père est perçu comme une personne qui

encourage la liberté, l’autonomie et le choix individuel chez l’enfant. Il n’est plus l’autorité qui

impose, mais un guide bienveillant, un accompagnateur, un conseiller. Les rôles entre père et

mère sont généralement équilibrés, chacun participant activement à l’éducation intellectuelle,

sociale et personnelle de l’enfant.

La littérature française reflète ces représentations multiples. Dans Les Misérables de Victor

Hugo, Jean Valjean incarne l’image idéale du père : bien qu’il ne soit pas le père biologique de

Cosette, il la protège, la soutient moralement et matériellement, illustrant le modèle d’un père

aimant et éthique. À l’inverse, dans L’Étranger d’Albert Camus, la figure du père est vague,

distante, reflétant l’éloignement émotionnel entre les générations dans la société moderne. Ces

exemples montrent que la littérature française offre à la fois des interprétations idéalisées et

existentielles de la paternité.

Aujourd’hui, en France, la paternité évolue : congé paternité, implication dans les crèches et

écoles, formations parentales… Ces changements montrent que le rôle du père ne se limite plus à

l’aspect économique, mais inclut des fonctions émotionnelles et sociales croissantes. Le père est

ainsi redéfini comme un acteur engagé dans le développement affectif et psychologique de

l’enfant.

« La Gloire de mon père », œuvre autobiographique de Marcel Pagnol, occupe une place

essentielle dans la littérature française. À travers ses souvenirs d’enfance, l’auteur y dépeint avec

tendresse sa famille, en mettant en lumière les valeurs d’éducation, d’amour de la nature et de

transmission. Au cœur du récit se trouve la figure du père — Joseph Pagnol — dont le rôle

spirituel et éducatif est central. Il apparaît non seulement comme le soutien matériel de la famille,

mais aussi comme son fondement moral et spirituel.

Joseph Pagnol, bien qu’il soit un simple instituteur, se révèle un véritable guide spirituel pour ses

enfants. Il incarne l’exemple du père aimant, travailleur et profondément attaché aux valeurs

morales. Pour lui, le bonheur réside non pas dans la richesse matérielle, mais dans l’honnêteté, la

connaissance et le respect des autres. À travers son comportement et son enseignement, il

façonne la vision du monde de ses enfants, leur transmettant l’amour du travail bien fait et le

sens de la responsabilité.

Dans le récit, les nombreuses sorties dans la nature, notamment dans les collines de Provence,

symbolisent un lien fort entre le père et ses enfants. Ces escapades permettent à Joseph de leur

transmettre un amour profond pour le monde naturel, un sens de l’émerveillement et de

l’observation. La nature devient un espace de découverte, de liberté et d’éducation informelle.

Par ailleurs, Joseph Pagnol insuffle à ses enfants une véritable passion pour l’apprentissage.

Enseignant de profession, il incarne l’importance de l’instruction dans la construction de

l’individu. Sa rigueur, sa dévotion à son métier et sa foi dans le progrès par l’éducation

influencent fortement Marcel, qui deviendra lui-même un grand intellectuel et écrivain.

Le père comme guide moral et spirituel

Joseph Pagnol ne se limite pas à soutenir sa famille matériellement. Il veille aussi à son équilibre

intérieur, à son harmonie morale. Il enseigne à ses enfants les vertus de la justice, du respect de

soi, de la sincérité et de la persévérance. Grâce à son exemple, ses enfants apprennent à choisir la

bonne voie, à trouver leur place dans le monde et à reconnaître la beauté de la vie.


background image

https://ijmri.de/index.php/jmsi

volume 4, issue 4, 2025

1241

Dans cette perspective, la figure paternelle devient le pilier moral de la famille, une source

constante d’inspiration et de stabilité. Joseph représente ainsi une figure universelle du père

éducateur, juste et profondément humain.

« La Gloire de mon père » de Marcel Pagnol est un roman autobiographique basé sur les

souvenirs d’enfance de l’auteur, où la famille, l’éducation, la nature et les valeurs humaines sont

les thèmes principaux. L’auteur décrit son père Joseph comme un instituteur dévoué et honnête,

sa mère Augustine comme une mère affectueuse et attentionnée, et son grand-père comme un

artisan habile. On découvre aussi l’oncle Jules, qui aide à comprendre la complexité du monde

des adultes.

L’histoire se déroule dans la magnifique région de Provence. Le style est simple, chaleureux et

émotionnel, et à travers de petits événements d’enfance, Pagnol montre l’essence de la vie, du

travail, de l’environnement familial et de l’éducation. Le roman transmet le respect des parents,

l’amour du travail et de la nature, ainsi que des valeurs humaines.

Un extrait touchant de La Gloire de mon père où Marcel assiste, émerveillé, à un moment de

gloire de son père, Joseph, lors d'une partie de chasse. C’est une scène clé qui donne son titre au

roman :

« Ce fut alors qu’il arriva ce qui devait donner son nom à ce livre.

Mon père épaula, tira… et le second perdreau tomba à côté du premier.

— Deux ! cria l’oncle Jules. Deux d’un coup !

Mon père dit simplement :

— J’ai visé celui de droite, l’autre est passé au travers.

Mais moi, je me jetai à son cou, en criant :

— Papa ! Papa ! C’est merveilleux ! Deux à la fois ! Tu es le plus fort du monde !

Il devint tout rouge, et dit à Jules, d’un air gêné :

— Il ne faut pas exagérer…

Mais je voyais bien qu’il était très heureux. »

Dans cette scène, Marcel ressent une fierté immense pour son père. Joseph, modeste instituteur,

devient pour un instant un héros aux yeux de son fils. Ce passage incarne la tendresse et

l’admiration filiale qui traversent tout le récit.

Le rôle du père dans la culture ouzbèke

Dans la culture ouzbèke, le père est le chef de famille, un pilier moral, un lien spirituel entre les

générations. Il incarne l’autorité, la discipline, le respect et la responsabilité. Le père est perçu

comme une figure exemplaire, ses paroles et actes ayant une influence directe sur la vision du

monde de l’enfant. Il est le gardien des traditions et joue un rôle central dans la transmission des

valeurs ancestrales.

Dans le roman « O‘tgan kunlar » (Les Jours passés), Abdulla Qodiriy dépeint la figure paternelle

à travers le personnage de Yusufbek hoji, qui incarne la responsabilité sociale, la sagesse morale

et la fidélité aux traditions ouzbèkes. Yusufbek hoji est présenté non seulement comme un chef

de famille mais aussi comme un pilier de la société traditionnelle, garantissant la stabilité de son

foyer et le respect des normes sociales.

Son rôle dépasse le cadre strictement familial : il est le guide moral dont les conseils et décisions

influencent non seulement ses proches, mais aussi la communauté environnante. À travers ce

personnage, Qodiriy met en lumière les valeurs fondamentales de la société ouzbèke : patience,

sacrifice, foi, honneur et respect.

Par exemple, dans une scène marquante du roman, Yusufbek hoji, face aux difficultés financières

et aux tensions familiales, reste calme et serein, démontrant sa patience inébranlable. Son silence,

lourd de sagesse, est une forme d’enseignement pour ses enfants, qui apprennent ainsi à affronter

les épreuves avec dignité et courage.

L’amour paternel dans « O‘tgan kunlar » est souvent implicite. Yusufbek hoji n’exprime pas

ouvertement ses sentiments, mais ses actions témoignent d’un attachement profond. Il veille au


background image

https://ijmri.de/index.php/jmsi

volume 4, issue 4, 2025

1242

bien-être de sa famille par le travail, l’éducation et la transmission des valeurs spirituelles. Son

autorité est fondée sur le respect mutuel plutôt que sur la peur ou la contrainte.

Ce modèle de père, à la fois guide spirituel et garant des traditions, souligne l’importance d’une

éducation morale et éthique, essentielle à la formation des individus et au maintien de l’ordre

social. Le père ouzbek, à travers ce portrait, apparaît ainsi comme un homme de principes, un

exemple de sagesse et de dévouement.

Il est bien reconnu que dans la littérature ouzbèke, la figure maternelle occupe une place

prépondérante. Cela est clairement illustré, par exemple, dans la nouvelle « Les Affaires du

monde » (Dunyoning ishlari) d’O‘tkir Hoshimov, où l’image de la mère est élevée à un niveau

quasi sacré. Néanmoins, la littérature ouzbèke offre également des œuvres centrées sur la figure

du père, révélant toute la richesse spirituelle et éducative de ce rôle.

Dans le roman « Le Père » (Ota) d’Ulug‘bek Hamdam, une image profonde du père ouzbek est

présentée, marquée par une forte dimension morale. Le roman s’ouvre sur la dédicace : « À tous

les pères », ce qui annonce d’emblée l’intention de valoriser la paternité. On y découvre un père

engagé, dont la responsabilité, la dignité et le dévouement envers ses enfants sont décrits avec

émotion.

Dans le roman « La Vie ou la Mort » (Hayot-mamot) d’Oybek, le personnage d’Azizbek incarne

également cette figure paternelle responsable. Sa relation affectueuse et soucieuse de l’avenir de

ses enfants illustre l’importance morale et éducative du père dans la famille.

Même si Tchinguiz Aïtmatov est un auteur kirghize, sa nouvelle « Le Vaisseau blanc » (Oq

kema) a trouvé un écho chez les lecteurs ouzbeks. À travers le personnage du beau-père O‘rozqul,

l’auteur explore les responsabilités et les défaillances paternelles. Le récit met en lumière les

deux faces de la paternité : la protection et la cruauté.

Dans la pièce « Oygul et Baxtiyor » de Hamid Olimjon, bien que l’héroïne soit Oygul, son

courage et son aspiration à la liberté sont directement liés à l’éducation reçue de son père. Ce

dernier, figure brave et rebelle, lutte pour la liberté de son peuple et meurt tragiquement, ce qui

forge la détermination de sa fille à poursuivre son combat.

Ainsi, bien que les œuvres mettant en avant la figure du père soient moins nombreuses dans la

littérature ouzbèke, elles n’en sont pas moins profondes, porteuses de valeurs éducatives fortes et

riches de sens spirituel. Ces figures paternelles illustrent les valeurs familiales, la responsabilité

parentale et le rôle social de l’homme dans la société.

Similitudes et différences

Les deux cultures reconnaissent au père un rôle fondamental : protecteur, éducateur, leader moral.

Il forme l’enfant à la vie, influence ses valeurs, sa vision du monde, et assure la transmission des

principes sociaux. En ce sens, le père est le garant de la stabilité familiale et des continuités

culturelles.

Mais les différences sont aussi marquées :

En France, le père est souvent un guide vers l’autonomie et la liberté individuelle, tandis qu’en

Ouzbékistan, il est le dépositaire des traditions et de l’ordre familial.

Le modèle français valorise l’égalité entre père et mère dans l’éducation, tandis que le modèle

ouzbek donne au père une autorité patriarcale plus marquée.

En France, l’amour paternel est souvent exprimé verbalement et affectivement ; en Ouzbékistan,

il est discret, souvent montré par des actes.

Les évolutions sociétales jouent aussi un rôle : les pères français deviennent plus impliqués

émotionnellement dans la vie de leurs enfants, alors que les pères ouzbeks commencent,

progressivement, à adopter des approches plus ouvertes et empathiques.

Dans les cultures française et ouzbèke, la figure du père occupe une place centrale et symbolique,

mais elle se décline selon des contextes historiques, sociaux et religieux spécifiques qui

façonnent son rôle et son image. En France, à travers des œuvres comme « La Gloire de mon

père » de Marcel Pagnol, le père apparaît comme un guide vers la liberté, l’épanouissement

personnel et l’affirmation de l’individualité. En Ouzbékistan, illustré par « O‘tgan


background image

https://ijmri.de/index.php/jmsi

volume 4, issue 4, 2025

1243

kunlar » d’Abdulla Qodiriy, il incarne avant tout les racines culturelles, la fidélité aux traditions

et le sacrifice silencieux pour le bien de la famille.

Ainsi, deux visions complémentaires émergent : l’une valorisant l’autonomie et l’éveil personnel,

l’autre soulignant l’importance des valeurs ancestrales et de la continuité sociale. Pourtant,

malgré ces différences apparentes, elles convergent vers une même essence universelle : celle de

l’amour profond, du dévouement inconditionnel et de la responsabilité paternelle envers l’enfant.

Le père, dans ces deux cultures, est ce phare intérieur, toujours présent même en son absence, qui

éclaire le chemin de la vie et forge l’identité. Il reste le pilier invisible qui soutient, guide et

inspire, ancrant chaque individu dans son histoire tout en l’encourageant à tracer sa propre voie.

Bibliographie

1.Hugo, V. (1862).

Les Misérables

. Paris : Pagnerre.

2. Camus, A. (1942).

L’Étranger

. Paris : Gallimard.

3. Ali, M. (2002).

Ota

. Tachkent : Éditions Littérature et Art.

4. Qodiriy, A. (1925).

O‘tgan kunlar

. Tachkent : Sharq.

5. Bourdieu, P. (1993).

La domination masculine

. Paris : Seuil.

6. Saidov, A. (2004).

Les valeurs traditionnelles de la famille ouzbèke

. Tachkent : Fan.

7. Aïtmatov, Tch. (1980).

Le Premier Maître

. Paris : L’Harmattan.

8. Ernaux, A. (2008).

Les Années

. Paris : Gallimard.

9. G‘ulom, G‘. (1960).

Sog‘inish

. Tachkent : G‘afur G‘ulom.

10.Qosimov, B. (1998).

Figures sociales dans la littérature ouzbèke

. Tachkent : Université.

References

Hugo, V. (1862). Les Misérables. Paris : Pagnerre.

Camus, A. (1942). L’Étranger. Paris : Gallimard.

Ali, M. (2002). Ota. Tachkent : Éditions Littérature et Art.

Qodiriy, A. (1925). O‘tgan kunlar. Tachkent : Sharq.

Bourdieu, P. (1993). La domination masculine. Paris : Seuil.

Saidov, A. (2004). Les valeurs traditionnelles de la famille ouzbèke. Tachkent : Fan.

Aïtmatov, Tch. (1980). Le Premier Maître. Paris : L’Harmattan.

Ernaux, A. (2008). Les Années. Paris : Gallimard.

G‘ulom, G‘. (1960). Sog‘inish. Tachkent : G‘afur G‘ulom.

Qosimov, B. (1998). Figures sociales dans la littérature ouzbèke. Tachkent : Université.